Le monde de la Nikkatsu Action : sans frontières, sans limites

Non, Mark Schilling n’aura pas à se trancher la première phalange du petit doigt. La déception provoquée par la piètre qualité de la sélection japonaise d’Udine party seven aura largement été compensée par les bijoux que M. Schillling a réussi faire sortir des stocks de la Nikkatsu.

Souvent avec des films que personne ou presque n’a eu le loisir de voir, la légende est plus intéressante que la vérité. Or heureuse surprise, ce n’est pas ici le cas. Les films, du moins l’échantillon (6 sur 16) que j’ai vu a été largement à la hauteur de mes attentes. Tous ne sont cependant pas du même acabit. N’oublions pas que la ligne de production de la Nikkatsu devait dépoter plus de 100 films par an pour alimenter le double programme de sa chaîne de distribution.

Le Far East Film Festival d’Udine nous a présenté un panorama de cette production, avec des films de série, plus ou moins réussis, des films très bons tout simplement, mais également de véritables OVNI. A l’image du déjà très célébré Seijun Suzuki, certains réalisateurs arrivaient à créer des films très réussis et très personnels.

Au pays où le clou qui dépasse doit être enfoncé, ces films célèbrent le rebelle par excellence, celui qui ne se satisfait pas de l’ordre social, fut-il celui des gangsters, s’il s’oppose à sa conception de la vie, de l’honneur. Il n’hésite pas à défier les organisations criminelles, auxquelles souvent il appartient ou a appartenu, et qui malgré leurs activités illicites jouent un rôle social en les contenant dans des limites acceptables.

Les principales influences extérieures de ces films proviennent du pays où l’individualisme est roi : les Etats-Unis. Certaines situations évoquées dans les films rappellent, et sont même pour certaines, des copies conformes de celles rencontrées dans des western et des films noirs. Même les Yakuza s’affrontent dans des duels au pistolet. Mais les références sont plus larges, elles passent de Pepe Le Moko de Julien Duvivier, dont un remake a été projeté, à la nouvelle vague française.

Un hommage particulier, en sa présence, a été rendu à Joe Shishido. Entré à la Nikkatsu en 1954, Joe Shishido fera partie des stars du studio à partir du début de l’année 1961. Avec ses bajoues de hamster (pour paraître plus beau selon ses dires), le public occidental le connaît principalement pour ses rôles dans les films de Seijun Suzuki. Les spectateurs d’Udine ont pu le voir dans des rôles plus variés, du cow-boy au manager cycliste. Shishido a souvent joué des “bad guys” qui ont leur propre morale et n’hésitent pas s’ils le faut à se retourner contre leurs anciens patrons. Une des caractéristiques de ses personnages est également d’être “cool”, tueurs oui, mais avec un sourire au coin.

Sans frontières, sans limites, ses deux qualificatifs s’appliquent parfaitement aux deux films présentés de Kurahara Koreyoshi : The Hot Season et Glass Johnny. Ces deux films mettent en scène des personnages principaux plus proches de l’animal que de l’homme. La spécialisation ultérieure du réalisateur dans les films “animaliers” prend dans ces conditions tout son sens. Particulièrement impressionnant, le premier démarre sur un rythme et un montage frénétiques sur fond de musique jazzy. Une entrée en matière qui frappe encore par sa modernité. Kurahara nous entraîne sur les pas d’un jeune voyou nommé Kawachi qui vit au jour le jour et assouvit ses pulsions. La notion de morale lui est totalement inconnue. Seul le jazz parvient à le calmer et le fait parfois entrer en transe.

Le deuxième puise son inspiration de la Strada de Fellini et n’appartient à aucun genre. Il conte l’errance d’une jeune femme à l’esprit perturbé à la recherche d’un dénommé Johnny qui devrait lui apporter le bonheur. C’est du moins ce qu’un poète lui a dit avant de se suicider peu après. A l’opposée du personnage de The Hot Season, la pulsion primaire qui l’habite la pousse à faire le bien, mais aussi à devenir une victime. Joe Shishido joue dans ce film le rôle d’un manager de coureur cycliste !

Quick Draw Ryu est un film de série convenable. Western urbain, le film ouvre sur un duel dans une gare avec le héros du film. Celui-ci est réputé pour sa capacité à dégainer rapidement, blessant mais ne tuant jamais son adversaire. Joe Shishido est de la partie dans un rôle de tueur, qui prend son pied à tuer. Sa seule éthique est de se battre à la loyale lors de ses duels, afin de montrer qu’il est le plus fort. L’histoire est agrémentée d’une histoire d’amour impossible.

Plains Wanderer, pale copie nippone d’un western, est le cinquième d’une série de neuf. Tout est fait pour mettre en valeur le jeune et beau héros du film, joué par Kobayashi Akira, caparaçonné dans son blouson en cuir et guitare en bandoulière. Il pousse la chansonnette de temps en temps (les chansons de l’acteur auront du succès) et arrive toujours à point nommé. Il s’agit d’un scénario des plus classiques pour un western. Un promoteur veut s’emparer de la terre des indigènes, ici les ainus (seul véritable intérêt et particularité du film) ont remplacé les indiens, pour implanter un complexe hôtelier, et il est prêt à tout pour parvenir à ses fin.

Un autre hommage était rendu à Udine à Masuda Toshio en sa présence avec la projection de plusieurs de ses films. Je n’ai malheureusement pu en voir que deux, mais si le reste est à l’avenant...

Red Handkerchief est un film de yakuza de première classe. Forcé d’abattre un vieil homme, dont il était amoureux de la fille, lors d’une enquête sur un trafic de drogue, un enquêteur (Ishihara Yujiro) quitte la police et devient ouvrier. Dans le cadre de son histoire policière, Red Handkerchief fait quelques incursions dans le monde ouvrier des années 60 au Japon, dans le milieu de la construction et des pêcheurs. Le mouchoir n’est peut être pas le seul à être “rouge”. Le policier prolétaire revient en effet affronter son ancien coéquipier qui est devenu un des membres éminents du Japan Inc de la distribution. Ce film se distingue également par la qualité de sa lumière et de bonnes idées de cadrage.

Quant à Gangster VIP, il est du calibre (plutôt un 45 qu’un 38) du Cimetière de la Morale de Fukasaku, aussi noir, mais pas aussi nihiliste. Il est également d’une facture plus classique, mais comme on a pu le voir récemment avec Million Dollars Baby, le classicisme a parfois du bon. Autre atout du film, la présence de Watari Tetsuya qui apporte à ce film et à celui de Fukasaku sa présence magnétique.

Les personnages observent des codes de conduite bien japonais, mais au final ils se comportent comme les héros de la tragédie classique occidentale. Confrontés à une force qui les dépasse : le destin, ils n’hésitent pas à lui faire face même si la mort est au bout du chemin. La différence est que peut-être au Japon, cela ne constitue pas une tragédie.

Il ne reste plus qu’à espérer que ces films et d’autres qui restent à découvrir fassent l’objet d’une diffusion plus large et plus digne de leur qualité.

Remerciement à l’ensemble de l’équipe du Far East Film Festival d’Udine pour la qualité de son accueil et de la programmation.

A propos de la rétrospective "The World of Nikkatsu Action : No borders, No limits" du 7ème Far East Film Festival d’Udine.
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