Le monde de Nemo

C’est maintenant au rythme presque régulier d’une production par an que le studio Pixar, en association avec Disney, nous livre un nouveau film d’animation familial haut en couleurs. Le grand souci du film familial est de s’adresser à un public large et donc d’avoir l’occasion de décevoir plusieurs publics à la fois si le mélange ne prend pas ; il court le risque de finir par avoir le goût d’une espèce de bouillie fade et complaisante s’adressant à des Q.I. désespérément... hum, différents. Le grand souci du film d’animation en synthèse est qu’il sera techniquement complètement obsolète dans les quelques années (mois ?) à venir.

A chaque nouveau long métrage, le studio Pixar doit donc relever ces deux défis ; à chaque nouveau long métrage ils livrent une petite merveille qui ravit les yeux, réchauffe les cœurs et explose les box-offices, comme si ça n’était rien de spécial... Avec Le Monde de Nemo, Pixar signe à nouveau un petit bijou qui donne ses lettres de noblesse au film familial, tout en nous offrant une œuvre qui résistera sans aucun problème au passage du temps. Alors que le film n’est même pas encore sorti en France, il est déjà pour les américains le plus gros succès jamais enregistré pour un film d’animation, et le 6ème plus gros succès cinématographique de tous les temps. Tout ça avec une histoire de petits poissons... y’a pas à dire, ils sont forts ces californiens.

Jamais sans mon fish...

Marlin (Albert Brooks) est un poisson clown pas très marrant, c’est en effet un père veuf qui sur-protège son unique et jeune fils Nemo (Alexander Gould). Le fiston ne rêve évidemment que de découvrir l’océan et son immense diversité. Lors de son premier jour d’école, Nemo, qui veut prouver qu’il peut se débrouiller sans l’aide de son père, est capturé par des plongeurs alors qu’il s’était aventuré trop près d’un bateau. Il se retrouve donc à Sydney, plongé dans l’aquarium d’un dentiste qui compte rapidement l’offrir à sa cruelle petite fille ; une fin atroce assurée pour le jeune poisson. Tandis que Marlin se lance dans une quête titanesque pour retrouver son fils, ce dernier, pour qui le temps presse, va apprendre à connaître les autres occupants de son aquarium, dont Gill (Willem Dafoe) qui grâce à un plan nécessitant l’aide du petit, pense pouvoir les faire retourner tous à l’océan.

Dès le début de sa recherche, Marlin va, tant bien que mal, faire équipe avec Dory (un poisson chirurgien bleu, souffrant de pertes de mémoire courte) pour suivre la piste des plongeurs qui ont capturé le petit. Bien décidé à remuer hum... beaucoup de flotte pour retrouver son fils, Marlin ne va cesser de croiser des personnages aquatiques tantôt insolites tantôt terrifiants : allant du banc de méduses dangereusement silencieuses aux tortues aux accents de surfeurs australiens en passant par des requins assez peu carnassiers, formant un groupe type Alcooliques Anonymes qui chantonnent "Les poissons sont des amis, pas de la nourriture" - du grand art quoi...

Brochette océane.

Vous l’aurez compris avec ce synopsis, les deux histoires menées en parallèle dans le film sont des histoires de rencontres, des rencontres qui vont bien évidemment changer l’attitude et la vie de nos petits poissons clowns, père et fils. On part donc sur une trame simple mais fortement fédératrice, la séparation parentale. Comme tout le monde peut s’en douter avec le titre anglais (bien plus évocateur que le français), l’histoire réunira à nouveau nos deux personnages, on sait donc très bien où l’on va. Que personne ne reproche à ce film son scénario prévisible (oui Jeanne d’Arc finit toujours par brûler et le Titanic finit toujours par sombrer), l’intérêt est, bien sûr, tout ailleurs. Ce film est une suite de portraits, de performances conjuguées de voix d’acteurs et du travail des meilleurs animateurs au monde (je m’emporte à peine). Je ne révèlerais pas ici les personnalités qui composent le métrage, mais on reconnaît rapidement la patte de Pixar quand il s’agit de créer des personnages aux caractères très colorés, intégrés à des concepts familiers : des poissons, des jouets, des insectes, des monstres pelucheux. Martin et Dory forment un duo génial et tout le monde pourra trouver un personnage favori dans la brochette de personnalités qui nous sont dépeintes. Les connaisseurs apprécieront même les nombreuses références glissées de ci de là, à des films comme Les Oiseaux, The Shining, Terminator 2, Psychose.

Techniques d’immersion.

À propos des productions Pixar, vous trouverez toujours quelqu’un à l’esprit assez confus pour vous dire, "Mouais, c’est pas mal mais ça fait pas vrai, surtout les humains". Clairement si vous réagissez ainsi, vous n’avez simplement rien compris. Il est facile de reprocher à ces animateurs de ne pas chercher à faire dans l’ultime photo-réalisme, à cela je laisserais John Lasseter, producteur exécutif du film, répondre : "Notre objectif n’est pas de présenter des univers réalistes, mais crédibles. En stylisant l’aspect des choses, en épurant les géométries et en renforçant les couleurs, nous avons créé un univers naturel pour nos personnages." Et je vous garantis qu’après une minute de visionnage, vous ne vous poserez même pas la question du réalisme de ce monde aquatique. La prouesse de Pixar est de faire que cela paraisse aussi naturel que possible alors même que leurs poissons ont des bouches articulées avec des dents, un nez et des mouvements de sourcils... Jusqu’alors personne ne s’était attaqué aussi sérieusement à reproduire en images de synthèses les propriétés physiques d’un monde aquatique : la lumière, la densité de l’eau, les courants, les saletés flottantes, les différentes techniques de nage d’un poisson, tout est là... et c’est si réussi qu’on en vient à penser que les ordinateurs ont tout fait tous seuls. La qualité technique est telle que vous ne serez jamais distraits par une quelconque erreur visuelle ou dans l’animation. Vous pourrez parfaitement apprécier le déroulement de l’histoire et finalement être émus par ces petits milliards de polygones qui dansent allègrement devant vos yeux.

Poissons et merveilles.

A mon sens, Le Monde de Nemo est la plus grande réussite de Pixar. Andrew Stanton nous livre un film simple et touchant sans jamais tomber dans la mièvrerie. Je garderais un attachement particulier à certains des autres titres de la firme, mais je dois reconnaître que celui-ci est supérieur aux productions précédentes car il combine une technique exceptionnelle avec une histoire qui touchera autant les parents que les enfants, et tout cela sans jouer sur des ficelles nostalgiques qui ramènent facilement le public adulte en enfance. C’est un grand film familial car c’est avant tout une belle histoire de famille. Eh oui... les personnages évoluent et se dépassent dans ce film, eh oui... on aura droit à un happy end remémorant tout le chemin parcouru ; mais il faudrait être sérieusement cynique pour ne pas se laisser toucher par ce conte sur la relation parent-enfant qui deviendra, j’en suis sûr un classique du genre.

Rendez-vous est maintenant pris pour les prochains films, pour les prochains défis : des super-héros has been en 2004 et des voitures en 2005. Patience les amis car il me semble que cette jeune société (à peine 20 ans) est sur le point de changer de cap et diriger leurs compétences vers des sujets entièrement nouveaux, The Incredibles sera leur premier film mettant entièrement en scène des humains... ohhhhh... d’ici là on retient son souffle.

Kyllian | 13.11.2003 | Hors-Asie, Animation

Disponible en DVD zone 1. Sortie à la Vente en VHS et DVD zone 2 le 26 Mai 2004. Sortie en salles le 12 Novembre 2003 (exclu Grand Rex), sortie nationale le 26 novembre.

aka Finding Nemo | USA | 2003 | Un film de Andrew Stanton et Lee Unkrich | Avec les voix de Albert Brooks / Franck Dubosc, Ellen Degeneres / Celine Monsarrat, Alexander Gould / Kevin Sommier, Willem Dafoe / Dominique Collignon-Maurin
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