Le Pouvoir de la province de Kangwon

Une jeune femme debout dans un compartiment bondé, ses deux amies affalées dans un coin de la voiture. Un homme filmé de dos, demande au vendeur ambulant s’il vend des bières. Le second film de Hong Sang-soo, après Le jour où le cochon est tombé dans le puits, s’ouvre sur cette scène qui est également le pivot du film.

Ji-sook et ses deux amies Misun et Eunkyoung, toutes trois étudiantes, s’offrent un week-end à Kangwon. Au cours de ces quelques jours de vacances, elles vont faire la connaissance d’un policier fort serviable. Bien que ce dernier soit marié, il va s’éprendre de Ji-sook, qui tente de se remettre d’une rupture avec un enseignant, lui aussi marié et père d’un enfant. Nous suivons également cet enseignant, Sang-kwon, qui ne détient par encore le titre de professeur et semble peu désireux de l’obtenir. Au même moment que Ji-sook, il prend quelques jours de repos à Kangwon en compagnie d’un collègue.

Dans cette seconde partie des années 90, Hong Sang-soo est en bonne compagnie aux côtés d’Atom Egoyan, Wong Kar-wai et consorts, réalisateurs émergeants qui ne veulent plus se contenter du bon vieux récit linéaire. Ainsi cette histoire est-elle découpée en deux parties, à l’instar des deux principaux protagonistes du film qui se sont séparées. C’est donc le récit de leur évolution après leur rupture, que nous livre le réalisateur, sans qu’il nous la raconte pour autant. Si ces deux parties nous sont présentées l’une après l’autre, elles sont pourtant contemporaines. La scène d’ouverture qui est reprise plus tard au cours du film, nous le fera comprendre. La seconde partie du film vient d’ailleurs éclairer plusieurs éléments du récit de la première. Ainsi, lorsque Ji-sook quitte Kangwon pour la seconde fois après avoir revu le policier, elle pleure dans le car qui la ramène. On ne comprendra que plus tard qu’elle vient de réaliser qu’elle n’a pas encore digéré sa précédente rupture. Une structure qui ne facilite pas l’accès du film au spectateur, lui demandant un vrai effort d’attention.

L’alcool prend une place importante dans les épisodes de sociabilité du film (je suis de plus en plus convaincu que les bretons et les asiatiques ont de nombreux points communs !). Ce sont les rares moments où les personnages se livrent corps et âmes. En effet, si le vin est gai, le sexe est triste. Ici on ne fait pas l’amour - du moins selon le sens clintonien du terme - à moins qu’il ne soit tarifé, ou de manière désincarné. Les personnages se contentent le plus souvent de certaines pratiques sexuelles.

Si la structure du récit est alambiquée, en revanche le dispositif visuel est très dépouillé. La caméra de Hong Sang-soo demeure immobile, soulignant ainsi sa qualité d’observateur. Une position dans laquelle se trouve également le spectateur. Un style zen qu’il partage avec une large tranche des nouveaux réalisateurs d’Asie appréciés par les critiques occidentaux.

Le Pouvoir de la province de Kangwon a pourtant le défaut de ses qualités. Si la structure est attrayante d’un point de vue intellectuel, elle permet difficilement au spectateur de s’attacher au personnage. Et cela d’autant plus que le style visuel du réalisateur l’éloigne également du personnage - un comble pour un réalisateur qui s’attache à dépeindre la difficulté des relations humaines. Ou alors, si tel était son objectif, c’est parfaitement réussi !

On sort finalement de la projection avec un goût de plaisir inachevé...

Le Pouvoir de la province de Kangwon est sorti sur les écrans français le 26 février 2003. Il est par ailleurs disponible en DVD coréen sous-titré anglais chez Spectrum.

aka The Power of Kangwon Province - The Power of Kang-Won Province | Corée du Sud | 1998 | Un film de Hong Sang-Su (Hong Sang-Soo, Hong Sangsoo) | Avec Baek Jong-Hak, Oh Yun-Hong (Oh Younhong), Kim Yu-Seok (Kim Yoosuk), Chun Jaehyun, Park Hyunyoung Park
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