Le Samouraï et le Shôgun

L’heure est grave, oui très grave, excessivement grave, grave à donf...

L’heure n’est plus à la pseudo critique, ou l’analyse ennuyeuse, ou encore aux introductions scandaleusement pourries (d’ailleurs je m’en excuse). Je disais donc que l’heure était grave. Grave (ça fait 6 fois) car mon objectif n’est plus de vous donner envie de voir ses œuvres. Mais plutôt de vous convaincre. De vous ouvrir les yeux, sur le fait que depuis des années, des décennies, vous (et nous aussi !!) regardiez dans la mauvaise direction. Car s’il est un cinéaste prolifiquement génial, qui depuis 1961 nous a constitué une filmographie des plus maîtrisée scénaristiquement et visuellement, c’est bien Kinji Fukasaku. Aussi je pense ne plus avoir le droit de parler de cette personne, de peur de me noyer dans un océan de mots, d’éloges.

Au programme de cette super-production : complot, trahison, parricide et fratricide, massacres. Le Shôgun du royaume vient de mourir. Pour lui succéder, deux choix s’offrent au peuple. Le premier est le Prince Ionétsu ; laid et bégayeur, il ne possède pas les suffrages de son jeune frère le Prince Tadanaga. Yagyu, maître d’armes du Shôgun et précepteur du Prince Ionétsu, découvre que son seigneur a été empoisonné. Ionétsu ne tarde pas à découvrir que les instigateurs de l’assassinat ne sont autres que les membres de son entourage. A son tour deux alternatives s’offrent à lui : soit il dénonce Yagyu et sa suite, soit il se tait et devient Shôgun. Dès lors, les deux frères vont tenter par tous les moyens de gagner les faveurs de l’Empereur et des seigneurs puissants du pays.

Il m’arrive souvent de plus trop savoir comment expliquer ce que j’ai ressenti pendant/après la projection d’un film ; surtout d’un Fukasaku. Pourtant Yagyu ichizoku no inbo me pousse, ou plutôt ne me laisse guère le choix. C’est pourquoi je me vois dans l’obligation de continuer. Mais de continuer dans un tout autre esprit. Un esprit plus léger et moins théorique.

Au bout du huitième article sur ce fabriquant de chefs-d’œuvre, on commence à le connaître un peu mieux et on se rend compte que ses films, malgré leurs énormes différences, s’imbriquent les uns dans les autres ; et traitent, outre des théories émises dans les précédents articles de la rédaction, d’un fléau typiquement humain : la guerre intestine. Ce conflit censé être interne et qui a toujours des répercussions démesurées sur les personnages de Kinji. Elle est présente sous la forme de guerre fraternelle dans ce film ; mais aussi dans Okami to Buta to Ningen (Hommes, porcs et loups /1964). Elle existe sous forme politique dans le présent film. Et aussi sous maintes et maintes formes dans toute son œuvre. A quoi tout cela sert-il me direz-vous ? Pour ma part, je pense que Kinji Fukasaku souhaite nous faire comprendre une chose primordiale. En fait, il cherche une nouvelle réponse à cette question : Dans quel but l’Homme agit-il de la sorte ? A quoi servent toutes ces guerres ? Nous rendent-elles meilleures ? Aident-elles l’herbe à pousser ? Pour quelle raison l’Homme continue-t-il à se faire tant de mal ? C’est à toutes ces questions que Fukasaku tente de répondre, tout en nous laissant le choix entre être d’accord avec lui et se faire sa propre opinion sur le sujet.

Le film fait 2h10. C’est long mais c’est aussi très bon. Le film est conçu en alternant scènes de violence/massacre et longueurs narratives qui permettent à Fukasaku de recentrer le débat sur le personnage de Yagyu (Kinnosuke Yorozuya). Yagyu qui fomente l’assassinat de son Shôgun. Yagyu qui incite son protégé, le prince Ionétsu, à combattre son propre frère, désavouer sa mère, à se parjurer en toutes occasions. Mais le plus incroyable, c’est que Yagyu n’est en rien un manipulateur de génie. Il parvient simplement à exhorter tout son entourage, de manière à ce que celui-ci en récolte les fruits (surtout en ce qui concerne Ionétsu). Et à travers lui, Fukasaku parvient, à son tour, à nous exhorter ; nous réveiller à grand coup de massacres.

De formidables acteurs viennent prêter main forte à Kinji Fukasaku. Kinnosuke Yorozuya joue Yagyu, le maître d’armes, déclencheur de toute l’histoire. Tôshiro Mifune, seigneur voisin, est le médiateur abusé par Yagyu.

Je prie nos lecteurs de bien vouloir m’excuser ; je n’ai pas tenu la promesse faite plus haut. Ma passion a pris le dessus et j’ai sans doute manqué de clarté dans mes propos, à plusieurs reprises. Aussi je vous demande une indulgence toute particulière.

Takeuchi | 4.03.2002 | Japon

Film diffusé à la Maison de la Culture du Japon, dans les mêmes conditions que Kamata Kôshinkyoku, sauf que la copie était plus correcte (sensiblement).

Les photos illustrant cet article (hors affiche) viennent du site calorifix.net.

aka Yagyu ichizoku no inbo - Shogun’s Samurai | Japon | 1978 | Un film de Kinji Fukasaku | Avec Kinnosuke Yorozuya, Shinichi Chiba, Toshirô Mifune, Etsuko Shihomi
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
The Bodyguard
Kung Fu Hustle
Shaun of the Dead
The Uprising
Hell’s Ground
Merantau
The Sword Identity
Dream Home
Gun Crazy Episode 3 : The Big Gundown
Shôrinji kenpô
A Family
Hero Interview
La Légende De Zatôichi : Voyage En Enfer
Udon
Gun Crazy Episode 1 : A Woman from Nowhere
La Sirène rouge
I.K.U.
Save the Green Planet
Lucio Fulci : L’Aldila
Spanking the Monkey
Let the Wind Blow
Blood
Space Travelers
Fruit Chan
Claustrophobia