Le secret des poignards volants

Profitant une fois encore du regain d’intérêt pour le film d’arts martiaux traditionnel, Zhang Yimou remet le couvert après son Hero avec une ambition décuplée. Budget colossal, stars internationales (ce qui se fait de mieux respectivement à Hong Kong, au Japon et en Chine) et chorégraphies audacieuses d’un maître du genre, tout semblait réuni pour offrir aux spectateurs un modèle de Wu Xia Pian. Il manque un ingrédient, cependant, que le réalisateur semble allégrement minimiser dans ses dernières productions. Ce détail donne sa cohérence à l’oeuvre, sublime les personnages, alimente la tension des combats et l’émotion des romances, crédibilise le mélodrame. Ce détail, c’est le scénario, la sève du film.

Jin et Leo, deux officiers de l’armée impériale, voient dans le démantèlement du redoutable clan des poignards volants l’occasion de briller aux yeux de leurs supérieurs. Apprenant que Mei, la fille du défunt chef des rebelles se cache peut-être dans une maison close de la ville, ils élaborent un plan pour la piéger et la suivre jusqu’au repaire du clan. C’est sans compter sur les sentiments et les allégeances douteuses des protagonistes.

Dans tous ses films, Zhang Yimou nous a habitué à un visuel très léché. Dans Hero, celui-ci s’est fait étourdissant, et pour Le secret des poignards volants, force est de reconnaître que le réalisateur chinois s’est surpassé. Le look du film est tout simplement époustouflant. Le faste de la dynastie Ming est omniprésent à travers des décors et des costumes splendides. Leurs motifs chamarrés sont d’une complexe beauté qui rend hommage au travail artisanal de l’époque. Ce jeu sur les couleurs est présent tout au long du film, qui parcoure l’ensemble du spectre visible, de la forêt verte foncée aux plaines ocres ou blanches en passant par le rouge chatoyant caractéristiques de l’intérieur des maisons citadines. Tel un peintre, Zimou nous livre un tableau impressionnant de la Chine en faisant preuve d’une poésie visuelle rare. Le choix des couleurs et le cadrage sont d’une précision chirurgicale, et constituent une merveille pour les yeux, mais en deviennent malheureusement très artificiels. Ainsi, les magnifiques paysages chinois perdent à travers les retouches digitales une grande partie de leur charme naturel.

Et c’est certainement là le défaut principal du film. Il devient évident, à travers la mise en valeur méthodique de tout élément visuel, que Le secret des poignards volants est une admirable coquille vide, une sorte de poudre aux yeux. La trame, simpliste, fait en cela référence au canevas des films de Wu Xia Pian, plus destinés à glorifier des valeurs traditionnelles (sacrifice, sagesse, courage) et morales (fidélité, honnêteté) qu’à innover sur le fond (le sens du film) ou sur la forme (chronologie, suspense). Cependant, Yang Zimou ne saisit pas cette occasion de grandir ses personnages, de leur faire prendre le pas sur l’histoire, comme il est de tradition dans ce genre de film. Ses protagonistes manquent de relief car trop stéréotypés, leurs interactions peu convaincantes et leur motivations opaques, quand elles ne sont pas incohérentes. Ils n’ont pas de passé, et ce faisant, leur futur nous est indifférent. Complètement écrasés par une mise en scène qui fait la part belle à tout ce qui n’est pas humain, ils errent aux hasards d’un script au dénouement faiblard et qui se résume à X trahit Y, qui trahit X mais X tombe amoureux d’Y qui trahit alors Z,... L’humour, qui parvient souvent à sauver des films au scénario aussi peu subtil, fait ici cruellement défaut et le sérieux affiché, la gravité du ton, plombent encore un peu plus un mélodrame déjà bien grossier.

La performance des acteurs en devient presque anodine, confinés dans des personnages aussi peu étoffés. Zhang Ziyi est toujours magnifique et parfaitement mise en valeur par des tenues somptueuses. Takeshi Kaneshiro est plutôt bon, même si l’alchimie avec la chinoise a du mal à fonctionner en raison du manque de consistance de leurs motivations. Andy Lau est fidèle à lui-même, gardant un visage fermé tout le long du film. Son jeu en est d’autant plus affecté que, seule faute de goût des costumes par ailleurs parfaits, son casque lui fait une tête de batracien placide. Le pari de prendre des acteurs reconnus plutôt que des cascadeurs pour un film de combat tombe donc à plat, puisqu’ils peinent à exprimer pleinement leur talent. Les combats montrent une grande maîtrise technique et une certaine originalité, mais pâtissent eux aussi d’un maigre contexte qui leur enlève beaucoup de leur substance et une bonne part de tension. La répétitivité de certaines scènes d’action (à peu près tout ce qui peut se jeter est utilisé successivement comme missile balistique) peut également lasser un spectateur qui, passé l’étourdissement visuel du début, se blase rapidement au fur et à mesure du film.

Quelque chose manque pour entretenir le plaisir et laisse un réel goût d’inachevé à la sortie de la séance. On attendait beaucoup de ces poignards volants, on est un peu déçu en les voyant atterrir...

David Decloux | 11.12.2004 | Hong Kong, Chine

Le secret des poignards volants est sorti sur les écrans français le 17 novembre 2004, et est par ailleurs disponible en DVD HK depuis peu.

ala House of Flying Daggers | Chine / Hong Kong | 2004 | Un film de Zhang Yimou | Avec Zhang Ziyi, Takeshi Kaneshiro, Andy Lau, Song Dandan
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