Le Sorgho rouge

Gong Li, Zhang Yimou et Jian Wen : Le Sorgho rouge possède un all star cast. Ce film marque le grand début de ces personnalités qui sont désormais toutes au pinacle du cinéma chinois. Si le cinéma chinois renaît de ses cendres après le filmus interruptus de la révolution culturelle, grâce à des films comme Terre jaune de Chen Kaige, dont Zhang Yimou assure la photographie, Le Sorgho rouge est le premier qui reçoit une reconnaissance internationale officielle. Il remporte L’ours d’or au festival de Berlin en 1988, et place le cinéma chinois sur la carte du cinéma mondial.

A l’orée des années 30, Jiuer doit se marier avec un riche bouilleur de cru, Li Datou, perspective peu réjouissante pour la demoiselle puisqu’il est aussi malade de la lèpre. Mais comme le souligne son père, il a été généreux : il leur a offert une mule ! L’équipe chargée de la convoyer est attaquée en chemin par un bandit et la promise doit ôter le voile lui cachant son visage comme le veut la coutume. Le conducteur du palanquin, Yu Zhanoa, tombe amoureux de la mariée après l’avoir sauvée et vu son visage. Peu après, le mari est mystérieusement assassiné et la jeune femme prend la tête de la distillerie. Désormais compagne de Yu Zhanoa et mère d’un garçon, Jiuer coule des jours heureux jusqu’à l’invasion de la région par les japonais qui réquisitionnent les villageois pour construire une route.

Bien sûr, étant donné l’année de sa réalisation, Le Sorgho rouge est communistement correct : la propriété des moyens de production devient collective après l’assassinat du mari, et l’ancien ouvrier vicieusement torturé par les japonais organisait le maquis communiste.

Rouge donc la teinte de l’idéologie du film, mais aussi sa couleur primaire et la couleur fétiche du réalisateur. Le rouge, couleur de la mariée en Chine, de la passion comme dans beaucoup de cultures, mais aussi celle de la trace sanglante laissée par les Japonais lors de l’occupation du pays.

Le passé de photographe et de directeur de la photographie de Zhang Yimou assure à ce film et aux suivants une photographie de qualité. Mais ses qualités esthétiques, ici moins sophistiquées que dans certaines réalisations ultérieures, n’encalminent pas le film.

Il est porté par l’énergie brute du monde paysan. Le Sorgho rouge démarre tambour battant. Au son des chants et des percussions, la promise est transbahutée dans un joyeux chahut vers son futur mari. Le ton du film est donné.

Le Sorgho rouge est dynamisé par une truculence et un lyrisme que l’on trouvera plus tard dans les films de Jian Wen ou dans le roman Brothers de Hu Yua. On se saoule, on remercie les dieux pour la qualité du cru... Le film baigne parfois dans une atmosphère dionysiaque.

Mais au-delà, le réalisateur de la cinquième génération nous offre quelques magnifiques moments de cinéma. Les plans du sorgho lors de la scène d’amour entre Jiuer et Yu Zhanoa, et la voix off résumant les massacres commis par les japonais en disent plus longs que ne le feraient les scènes laissées hors champs qu’ils illustrent.

Le Sorgho rouge m’avait fait forte impression lors de sa vision il y a plusieurs années sur Arte, avec notamment son final explosif. Il s’agissait peut-être du premier film chinois que je regardais. A la différence de certains films qui perdent de leur force lors d’une nouvelle vision, cette première réalisation de Zhang Yimou a conservé toute la sienne.

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