Le Vieux Jardin

Im Sang-soo reprend l’histoire de la Corée au moment où son film précédent, President’s Last Bang, se clôt. Le président Park Chung-hee assassiné, le pays va passer sous la coupe du général Chun Doo-wan, qui va écrire l’une des pages les plus sombres de son histoire récente : le massacre de Kwangju. Ce soulèvement populaire écrasé dans le sang par l’armée occupe une place centrale dans le livre du Hwang Sok-young, Le Vieux Jardin qu’Im Sang-soo a décidé d’adapter. Une première pour le cinéaste coréen, qui jusqu’à présent portait à l’écran des créations originales.

Kwangju marque une rupture pour la génération décrite dans ce film car il sonne le glas de leurs idéaux. La désillusion fut d’autant plus amère que la démocratie semblait à portée de main après la disparition de Park. Au point que l’on fait parfois référence aux quelques mois qui l’ont suivi comme le printemps de Séoul, en référence à celui de Prague. Si dans les deux pays, l’hiver est survenu avant l’arrivée de l’été, en Corée nul besoin d’une intervention extérieure, l’armée nationale se chargera de cette opération de maintien de l’ordre, avec la bénédiction des Etats-Unis. A la désillusion s’ajoute la trahison du grand frère .

Le Vieux Jardin s’ouvre sur le retour à la liberté d’Hyun-woo après 17 ans d’enfermement. Présent à Kwangju lors de l’insurrection populaire, il a été condamné pour son activisme politique sous la dictature. Depuis son arrestation au plus fort de la répression qui a suivi le massacre de Kwangju, son monde a profondément évolué : la Corée s’est transformée en véritable démocratie et Yoon-hee, la femme dont il était amoureux et qu’il a sacrifiée pour la politique, est décédée.

Hyun-woo doit désormais trouver sa place dans cette nouvelle société. Il pourrait facilement s’installer dans une vie bourgeoise comme il se coule dans la veste de velours achetée dans un magasin de luxe par sa mère, reine de la spéculation immobilière. Quant à ses anciens camarades de lutte qui ont survécu à la prison, à la torture où à la folie..., ils semblent bien aigris, lui offrant le spectacle de disputes avinées.

Im Sang-soo n’a rien perdu de son mordant. Avec Le Vieux Jardin, il confirme son statut de cinéaste politique, au sens noble, et poursuit sa radiographie sans concession de la société coréenne. Pourtant, Le Vieux Jardin pourrait pâtir, à tort, de la mémorable impression laissée par sa précédente réalisation, President’s Last Bang qui, lâchons le mot, est un chef d’œuvre.

Après s’être attaqué à l’histoire avec un grand H, traitée avec flamboyance, Im Sang-soo s’est tourné vers des individus pris dans ses tourbillons. Le réalisateur coréen nous offre un traitement plus classique, mais très classieux et en adéquation avec son sujet, tout en n’hésitant pas à le subvertir.

L’histoire d’amour entre Yoon-hee et Hyun-woo occupe le centre de gravité du film et se nourrit des luttes politiques qui lui servent de toile de fond. Le destin de Yoon-hee, de ses camarades et les répercutions de la grande histoire sur leur histoire personnelle sont admirablement mis en perspective par une succession de flash back. Un modèle du genre, qui met sous tension la première partie du film.

La réalisation se pose ensuite dans la deuxième partie, où l’on retrouve Im Sang-soo, le cinéaste de la femme, à qui l’on doit de beaux portraits tirés sur celluloïd depuis Girls’ Night Out . Dans ses films, et Le Vieux Jardin ne déroge par à la règle, la femme est l’avenir de l’homme, la gente masculine coréenne en sort rarement grandie. D’outre-tombe, Yoon-hee va servir de guide à Hyun-woo au travers des carnets intimes qu’elle a écrit jusqu’à sa mort.

Im Sang-soo traite avec justesse cette histoire mélodramatique sans pécher par excès de sentimentalisme, juste assez pour faire poindre une larme au coin de l’oeil du spectateur. Il se permet même le luxe de terminer, pour une fois, son film sur une ouverture optimiste.

Le Vieux Jardin a été diffusé au cours de la 9ème édition du Festival du film asiatique de Deauville dans la section Panorama, et est sorti sur les écrans français le 11 avril 2007.

aka O-rae-doin Jeong-won | Corée du Sud | 2006 | Un film de Im Sang-soo | Avec Yum Jung-ah, Ji Jin-hee, Yoon Hee-seok, Kim Yu-li, Lee Eun-sung
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