Le Voleur de lumière

Dans un village au Kirghizistan, Svet Ake met à profit ses connaissances en électricité pour trafiquer les compteurs des habitants qui n’ont pas les moyens de payer leur facture à l’EDF local. Problème, dans ce pays pauvre d’Asie centrale, ils sont particulièrement nombreux à se retrouver dans cette situation. Il arrive alors forcément un jour où la société vient se plaindre du comportement délictueux de cet administré. Mais Svet Ake a surtout un grand rêve : utiliser le vent fréquent dans cette vallée pour fournir de l’électricité produite par des éoliennes. Il en a d’ailleurs bricolé une dans son jardin. Un rêve qui semble hors d’atteinte dans ce pays sans ressources autres que naturelles. Bekzat, de retour dans la région natale de sa famille afin de se faire élire député, semble pourtant lui prêter une oreille attentive...

Svet Ake est un idéaliste. Et de l’idéalisme il en faut, dans ce pays en train de chercher sa voie, quelques années après avoir été créé sur les décombres de l’URSS, pour ne pas céder à la morosité.

Au cours de cette fenêtre filmique de 86 minutes sur le Kirghizistan, le réalisateur Aktan Arym Kubat évoque sans didactisme les nombreux problèmes qui touchent son pays : la pauvreté généralisée dans les campagnes, l’émigration en Russie pour subvenir aux besoins de la famille… On les découvre au détour de scènes ordinaires, comme celle où une grand-mère offre un thé à Svet Ake pour le remercier d’un service, et explique que sa petite fille pourvoit à ses besoins ainsi qu’à ceux de ses parents, dont l’émigration économique est un échec.

Mais l’idéalisme de ce personnage, campé par le réalisateur lui-même, vient surtout se heurter à la rapacité des élites, grand fléau de cette partie du monde. Le jeune et dynamique Bekzat veut devenir député pour une seule raison : s’emparer des terres du village.

Mais plus intéressante et plus nouvelle dans le cinéma d’Asie centrale est l’irruption des hommes d’affaires chinois. Si après plusieurs dizaines années d’histoire commune, les habitants de ce pays et de cette région du monde se tournent vers la Russie pour aller chercher du travail afin de nourrir leur famille, la puissance et la richesse du voisin chinois se font de plus en plus sentir. Et la petite soirée fine organisée dans le but d’entrer dans leurs bonnes grâces est la goutte qui fait déborder le vase pour ce pourtant très aimable Svet Ake. Ajoutant l’insulte à l’injure, cette soirée se déroule dans une yourte, qui, avec les chevaux, est l’un des symboles de cette nation nomade sédentarisée. L’opercule au sommet de la yourte figure d’ailleurs sur son drapeau.

Si le héros souhaite produire de la lumière grâce à l’énergie éolienne, le réalisateur kirghize bénéficie lui d’une autre des ressources naturelles de son pays : la beauté de sa lumière naturelle. Mais le charme du Voleur de lumière vient surtout de la poésie du quotidien qu’Aktan Arym Kubat distille au cours de son film : les marques d’attention des deux époux observées par une de leurs filles, le gamin coincé dans l’arbre...

Kizushii | 20.06.2013 | Kirghizistan

Le Voleur de lumière est sorti en DVD en France le 18 juin 2013, édité par Zed.
Remerciements à Fanny Garancher des Piquantes.

aka Svet-Ake | Kirghizistan | 2010 | Un film de Aktan Arym Kubat | Avec Aktan Arym Kubat, Taalaikan Abazova, Askat Sulaimanov
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