Leave Me Alone

Yiu Chun-Man (Ekin Cheng), styliste à Hong Kong et accessoirement homosexuel, reçoit la visite de son frère jumeau Chun-Kit (Ekin Cheng, forcément), très straight pour sa part et délocalisé en Thaïlande. Alors que, avantage illicite de la gémellité, Chun-Man lui prête non seulement sa voiture mais aussi son permis, les documents thaï n’ayant aucune autorité dans l’ex-colonie, Chun-Kit est victime d’un accident de voiture ayant coûté la vie à une piétonne, et se retrouve plongé dans le coma. Tandis qu’il s’inquiète du réveil de Chun-Kit, et de la découverte de son usurpation d’identité, Chun-Man est amené à faire de même à la demande de Jane (Charlene Choi), petite amie de l’accidenté, qui a besoin de lui en Thaïlande pour conclure une demande de prêt. Bien évidemment, l’affaire échoue, et plonge Chun-Man et Jane dans une spirale de répercussions mafieuses, tandis que Chun-Kit, en pleine rééducation, est confronté aux attentions du petit ami flic de son frangin...

La force des frères Pang ne tient pas tant dans une inventivité narrative que visuelle ; souvent, qu’ils travaillent ensemble à la réalisation ou non, leurs histoires sont simplistes, voire éculées, mais un certain emballage stylistique, qui leur a valu autant de fans que de détracteurs depuis Bangkok Dangerous, leur permet d’éviter de sombrer dans le lot du tout venant asiatique. A la lecture du pitch présenté ci-dessus, schéma classique de quiproquos autour des dangers de l’apparence partagée, vous vous doutez bien que Leave Me Alone ne vise pas le Hong Kong Film Award du meilleur scénario ; reste donc au film à imprimer la marque d’une mise en scène irréprochable pour se trouver une identité. Fut-elle, à l’image de ses protagonistes, duale.

Leave Me Alone toutefois, n’essaie jamais d’impressionner. Alors que l’on pourrait louer la restreinte de Danny Pang, pour une fois, son édifice pâtit terriblement d’une platitude atterrante, que ce soit dans ses scènes d’action ou de comédie mesurée. Si les orientations sexuelles distinctes des deux Ekin Cheng auraient donné lieu, dans les mains de Wong Jing par exemple, à une exubérance que l’on imagine aisément insultante pour la communauté gay, Danny Pang joue la carte d’une certaine authenticité. L’homme à la mèche compose un double rôle juste, presque délicat, en évitant la caricature souvent grande folle de l’homosexualité du cinéma populaire HK. Même Charlene Choi, moitié pourtant la plus infantile des Twins – qui n’ont rien de jumelles, rappelons-le – trouve ici un rôle plus féminin qu’à l’habitude, tentant d’incarner une femme sinon fatale, au moins consciemment séduisante, presque jamais exaspérante.

A force de chercher le contre-emploi sans jamais s’abandonner à l’emphase, Danny Pang vide peu à peu Leave Me Alone de tout intérêt ; la bride qu’il s’impose, en direction d’acteurs comme en images, freinant le film au point d’atteindre un surplace pénible, et de plonger le spectateur dans une léthargie hypnotique. Les meilleurs scènes du film viennent de petits à côtés – comme la relation qui s’instaure entre Chun-Man et le potentiel beau-père de son frère, Kenny Bee, qu’il transforme de loser débraillé en top model moderne, à coups de conseils capillaires et vestimentaires avisés – mais le plat principal lui, restera sans saveur jusqu’au bout. Quant au message bienveillant sur l’évolution des jumeaux protagonistes, qui s’améliorent tous deux en échangeant leurs rôles, il semble artificiel, constaté plus que vécu : résultat d’un postulat syndical et non conclusion logique des événements présentés. Non inspiré et platement télévisuel : même une double dose de mèche endivesque, pour une fois pas ridicule du tout, ne peut éviter à Leave Me Alone de sombrer dans l’échec anecdotique.

Akatomy | 28.09.2010 | Hong Kong

Leave Me Alone est disponible en DVD chez nous, grâce aux choix éditoriaux discutables d’Asian Star. Of course, pour les puristes, ça se trouve aussi chez nos confrères HK.

aka 阿孖有難 | Hong Kong | 2004 | Un film de Danny Pang Fat | Avec Ekin Cheng Yee-Kin, Charlene Choi Cheuk-Yin, Dayo Wong Chi-Wah, Jan Lam Hoi-Fung, Kenny Bee, Lawrence Chou Chun-Wai
The Bodyguard
Antiporno
Dernier train pour Busan
Hôtel Singapura
Les Garçons de Fengkuei
Green Green Grass of Home
The Sniper 2
Mayonaka no Yaji-san Kita-san
Bichunmoo
Sasori : Joshuu 701 Gou
Trivial Matters
Singapore Dreaming
The Lady Professional
Midnight Express in Orient
Spiderbabe
Abashiri Bangaichi
Tiresia
Histoire de fantômes chinois
Meatball Machine
Marathon
Martial Angels
Fujian Blue
Toshi Fujiwara
Forever the Moment
On the Job
Permanent Nobara
Bio-Cops
Gamera the Brave
The Legend of Gingko
Metalhead