Legend of the Mountain
aka 山中传奇 | Taiwan | 1979 | Un film de King Hu | Avec Shih Chun, Hsu Feng, Sylvia Chang, Tien Feng, Ng Ming-choi, Tung Lam, Rainbow Hsu, Wu Jia-xiang
Legend of the Mountain

Om mani padme hum. [1]

Un érudit démuni, Ho, est recruté par un temple pour recopier et corriger un sutra bouddhiste. Les moines se sont arrangés pour qu’il soit logé au calme dans un ancien fort où réside Monsieur Tsui, un ami du supérieur. Au cours de sa longue marche sylvestre pour rejoindre ce lieu, il s’assoupit dans un pavillon au bord du chemin. Après avoir repris sa route, Ho remarque un moine taoïste empruntant la même direction, mais aussi une jeune femme jouant de la flûte, qui se volatilise mystérieusement à son approche. Il passe sa première soirée en compagnie de Monsieur Tsui, de l’intendante de l’ancien général du fort et de sa fille, Melody. Ensorcelé par le tambour de cette dernière, il se réveille le lendemain sans souvenir de la soirée. Mauvaise surprise : il lui aurait déclaré sa flamme et se trouve dans l’obligation de l’épouser. L’érudit ne s’apercevra qu’il est entouré d’esprits qu’au moment où il s’apprête à achever son travail. Le sutra est l’objet de leur convoitise car il leur permettra de se réincarner.

Cette histoire vous rappelle quelque chose ? Et pour cause ! Tsui Hark s’en est inspiré pour sa production Histoires de fantômes chinois. Le réalisateur hongkongais est par certains côtés le fils spirituel de King Hu. Tous les deux rendent hommage, en homme de leur époque, à la culture chinoise et ont renouvelé le genre du Wu Xia Pian. Tsui Hark récidivera plus tard en produisant (et sans doute réalisant) L’auberge du dragon, remake d’un autre film du maître, Dragon Inn. Entre temps, leur essai de collaboration sur The Swordsman échouera.

Avec 190 minutes au chronomètre, le film présenté à la cinémathèque était la version director’s cut. Legend of the Mountain est malheureusement allongé et alourdi par un flash-back narrant par le menu le sort des futurs fantômes. Il casse la dynamique du film alors que je me laissais porter par son ambiance et les péripéties connues par Ho, même si elles peuvent paraître naïves. Le film rebondit ensuite lors du violent affrontement entre le moine taoïste et la revenante, illustré avec force d’effets pyrotechniques.

Si King Hu est célèbre pour son cycle sur les tavernes (L’hirondelle d’or, Dragon Inn, Anger et L’auberge du printemps), réalisations dans lesquelles l’essentiel de l’action se joue à huis clos, il l’est également par l’atmosphère élégiaque de ses films.

L’amorce de Legend of the Mountain est très contemplative. King Hu montre de saisissants paysages naturels inspirés clairement des peintures chinoises classiques : hauteurs baignées dans la brume, très haute chute d’eau... La nature est montrée dans ce qu’elle a de plus paradisiaque, de plus harmonieux. L’association avec Terence Malick, dont les films baignent dans une philosophie panthéiste, m’a paru évidente.

Un film sur l’illusion

Le lettré pourra sembler bien crédule de vivre sans s’en douter parmi des fantômes. Cependant, sans dévoiler un passage discret mais clé du film, le spectateur l’est tout autant. De même que Ho, il ne découvrira la supercherie qu’à la fin. Dans ce film qui tourne autour du Bouddhisme [2], avec sa soutra aux pouvoirs extraordinaires, King Hu établit un parallèle entre cette religion et le cinéma, qui a lui aussi l’illusion comme principe fondateur.

Le cinématographe, comme il est appelé est au moment de sa création, est alors un art forain comme Martin Scorcese l’a rappelé avec Hugo Cabret, son film-déclaration d’amour au cinéma. Il y met en scène Georges Méliès qui avant de devenir un cinéaste était un illusionniste. Son génie est d’avoir compris tout le parti qu’il pourrait tirer de cette formidable machine à rêves.

Kizushii, le 29.02.2012 | Taiwan

Legend of the Mountain a été projeté à la Cinémathèque Française dans le cadre de la rétrospective King Hu, qui s’est y tenue du 8 au 27 février 2012.

[1] Mantra bouddhique qui confère une protection contre toutes sortes d’influences négatives.

[2] Un des grands principes de cette philosophie est que le monde humain, les choses, les pensées que nous tenons pour réels sont dénués de véritable existence et constituent de pures illusions.

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