Leon Dai

Leon Dai joue peut-être dans la dernière grande production de John Woo, Reign of Assassins, mais c’est sans façon qu’il nous a accordé une interview pour un film bien plus modeste, qui lui tient certainement toutefois plus à cœur puisqu’il s’agit de son deuxième long métrage en tant que réalisateur : Je ne peux pas vivre sans toi. L’histoire d’un homme qui se bat contre une administration inhumaine, et dont la ténacité a inspiré le réalisateur taiwanais. Malgré les difficultés, Leon Dai non plus n’a pas l’intention d’abandonner ce qui lui tient à cœur : réaliser des films.

Sancho : Qu’est-ce qui vous a touché dans ce fait divers pour vouloir en faire un film ?

Leon Dai : Lorsqu’il est survenu en 2004, je n’ai pas été plus intéressé, plus ému que cela. Il s’agissait d’un fait divers parmi d’autres. Mon intérêt a été suscité deux ans plus tard par la parution dans la presse d’un article de réflexion. Le journaliste a voulu se pencher de nouveau sur ce fait divers en analysant le pourquoi du comment, en s’interrogeant sur ce qui aurait pu être fait... Cette histoire m’a alors semblé suffisamment intéressante pour en faire autre chose qu’un sujet pour la télévision, oublié dans les deux jours. J’ai été touché par l’obstination et le courage du père face aux revers qu’il subissait face à la société et à l’administration. Il a tout essayé pendant plus d’un an pour faire en sorte que sa fille puisse aller à l’école, une chose aussi simple que cela. Voilà ce qui m’a le plus impressionné.

Etait-ce une évidence de faire un film en noir et blanc ?

Je n’ai pas pris cette décision dès le départ. J’ai d’abord écrit le synopsis, puis j’ai pris ma moto pour trouver les lieux où filmer les différentes scènes. J’avais fait des photos en couleurs de ces endroits, et lorsque je les ai étalées devant moi, je me suis rendu compte que cela pouvait provoquer une certaine pression sur les spectateurs. Tous ces endroits étaient assez sales, laids et lugubres ; j’avais peur que les spectateurs en les voyant en couleur, c’est-à-dire de manière très précise, se prennent tout de suite de pitié pour les personnages. Or, je n’en avais pas envie. Si j’avais dû modifier tous les endroits choisis afin de pouvoir faire un film en couleur, il aurait coûté beaucoup trop cher. J’ai donc pensé à utiliser parfois la technique du film documentaire, comme laisser les acteurs se mêler à une foule ordinaire sans aucune préparation. Le noir et blanc crée une certaine distance entre le spectateur et ce qu’il voit. Il lui permet de s’arrêter sur ce qu’il voit et ainsi peut-être réfléchir un peu plus.

Deux caractéristiques de votre film m’ont plu : sa simplicité, mais également sa fin, qui est ouverte mais positive. Comment avez-vous décidé d’aborder le traitement du sujet ?

En ce qui concerne la simplicité dans la manière de raconter cette histoire, je l’ai déjà dit, je voulais que ce film soit un peu documentaire. J’ai donc essayé de simplifier pour conserver les deux choses principales : la relation entre le père et sa fille, et les démêlées d’une personne simple avec l’administration d’un pays, quel qu’il soit. Je disposais aussi d’un budget faible. A propos de la fin, ce n’est pas parce que mon film a été tourné et apprécié à Taiwan qu’une telle histoire ne peut pas s’y renouveler ou dans un autre pays. Je l’ai voulu positive et ouverte car je pense qu’une autre affaire peut se dérouler n’importe quand, n’importe où.

Que vous apporte votre expérience d’acteur dans la mise en scène d’un film ?

Mon expérience d’acteur m’aide beaucoup lorsque je travaille en tant que réalisateur. Je suis mieux à même de comprendre ce que peut ressentir, craindre, espérer ou attendre un acteur du réalisateur, que cet acteur soit professionnel ou non. Je sais peut-être aussi mieux comment obtenir ce que je veux d’un acteur. Dans le cas de l’acteur qui joue le père et n’est pas professionnel, je lui avais demandé de ne pas se couper les cheveux du tout pendant au moins un an et demi. Il a accepté et son aspect a changé et le regard des autres sur lui a aussi changé. Il s’est mis un peu naturellement dans la peau de ce personnage, alors qu’il appartient à la classe moyenne. Je l’ai dirigé d’une manière différente en raison de mon expérience d’acteur.

Et vous, vous ne pouvez vivre sans qui ou sans quoi ?

Je ne peux pas vivre sans le cinéma. Alors que je rencontre beaucoup d’obstacles pour réaliser mes films, comme le manque d’argent, l’obstination et le courage du père face aux difficultés sont une bonne leçon de courage et d’effort. Je n’ai pas de fille, mais le cinéma est pour moi un peu comme la fille pour le père.

Kizushii | 30.10.2010 | Taiwan, Rencontres

Remerciements à Matilde Incerti et Audrey Tazière pour avoir permis cette interview, ainsi qu’à François Brugier pour la traduction.
Photos de Leon Dai : Kizushii.

"Le noir et blanc crée une certaine distance entre le spectateur et ce qu’il voit. Il lui permet de s’arrêter sur ce qu’il voit et ainsi peut-être réfléchir un peu plus."
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