Les 7 samouraïs

Devoir écrire sur un chef d’œuvre comme Les 7 samouraïs revient à se trouver dans la position d’un alpiniste au pied du Mont-Blanc. Depuis des dizaines d’années, la plus haute montagne d’Europe occidentale a été conquise par toutes les voies et les méthodes d’ascension possibles, et notre tentative n’apportera rien à l’histoire de l’alpinisme. On a pourtant envie de se lancer dans l’aventure. Par vanité ? Non. Par goût du défi.

Un villageois parti chercher du bois surprend la conversation de bandits venus en reconnaissance. Ces derniers conviennent d’attendre que la récolte soit ramassée avant d’attaquer le village, comme l’année passée. Avertis, les habitants décident de demander conseil à l’ancien du village, qui leur recommande de se payer les services de samouraïs. Plusieurs villageois sont chargés d’en recruter dans une ville voisine. Cette tâche est difficile, étant donné le mépris de ces guerriers pour les paysans. Une fois recruté un samouraï d’expérience, Kanbei, six autres ronins vont accepter leur proposition. Dès lors, ces gens d’armes doivent préparer les cultivateurs et le village pour repousser les malandrins.

Les 7 Samouraïs possède cette qualité d’être à la fois un chef d’œuvre et un film populaire. Certains films appartiennent au Panthéon du septième art compte tenu de leur apport à l’histoire du cinéma, mais si le spectateur n’est pas un expert, impossible de le deviner. D’autres le sont de façon évidente, mais seront rébarbatifs pour le grand public. Le film de Kurosawa appartient clairement à la première catégorie.

Le film fait appel à des histoires éternelles : la lutte du faible contre le fort, les premiers émois amoureux d’un homme et d’une femme... Mais à partir de cette trame, le réalisateur japonais construit une œuvre complexe. Si dans leur grande majorité, les films actuels sont bien trop longs pour leur sujet, les près de 3 heures 30 des 7 samouraïs lui permettent de prendre toute sa dimension. Les personnages principaux peuvent exister et ne pas être de simples ectoplasmes sur celluloïd. Leurs motivations et les évolutions de leur personnalité provoquées par le péril menaçant leur village, Akira Kurosawa les révèle au fur et à mesure de la progression du film. Yotei, qui semble craindre même l’ombre d’un samouraï, ne sera ainsi plus le même lors de l’assaut du village. Le réalisateur travaille à la manière d’un tisserand qui fait peu à peu apparaître les motifs sur la pièce de tissus qu’il fabrique.

Toshiro Mifune, qui interprète Kikuchiyo, occupe une position centrale. Il sert de passerelle entre les paysans et les samouraïs, deux conditions entre lesquelles il se trouve, mais aussi de médiateur entre le film et le spectateur. Il joue le personnage le plus attachant du film. Dépourvu d’inhibitions, comme un enfant, il passe par tout le spectre des émotions, de la joie la plus exubérante à la tristesse, en passant par la colère la plus noire. Ce personnage est ainsi celui qui donne au film une grande variété de registres. Kikuchiyo est un rôle en or pour un acteur de la trempe de Mifune. Akira Kurosawa le fait parfois ressembler à un samouraï d’estampe, avec des épais sourcils relevés et un maquillage trop prononcé.

De la cohabitation parfois malaisée entre ces deux classes sociales supposées ne pas se mélanger, le paysan ressortira « vainqueur » grâce à sa faculté d’adaptation. Les villageois plient comme le proverbial roseau, mais réussissent à survivre. Le film se termine au moment où ils repiquent le riz, un nouveau cycle débute, comme depuis des siècles et pour des siècles encore.

Cette richesse dans la narration se trouve au niveau visuel, avec des plans très composés où le cinéaste japonais utilise à plein les possibilités de la profondeur de champ ,même dans les scènes intimes. Les 7 samouraïs est un film visuel à double titre, car à de nombreuses reprises, souvent au bord de l’image, le cinéaste japonaise inclus des personnages qui sont, comme le spectateur, témoins de l’action.

Tournée en 1953, la scène de l’assaut du village avec son final désormais culte sous la pluie reste très moderne. Grâce à une multiplication des points de vue et à sa science du cadrage et du déplacement de la caméra, Akira Kurosawa offre au spectateur la vision parcellaire des combats qui est celle des combattants sans pour autant rendre l’action illisible. Les cavaliers désarçonnés s’enfuient à quatre pattes dans la poussière et dans la boue, tentant désespérément d’échapper aux coups de pique des paysans. Entre l’hyperréalisme actuel et la version aseptisée du Hollywood de l’époque, il trouve un bon équilibre pour capter le fog of war [1] et l’âpreté des affrontements.

Le cinéaste nous offre un film qui transcende les époques, mais n’est-ce pas aussi la définition d’un chef d’œuvre, d’un vrai ?

Kizushii | 9.07.2013 | Japon

Les 7 samouraïs ressortira en France le 10 juillet dans une belle copie restaurée, avant sans doute une édition Blu-ray plus tard. Un futur cadeau de Noël en perspective ? Je veux bien aussi le BR de La Porte du paradis de Michael Cimino, madame Carlotta.

[1La confusion dans laquelle se trouvent les participants à une guerre.

aka 七人の侍 | Japon | 1954 | Un film d’Akira Kurosawa | Avec Takashi Shimura, Toshirō Mifune, Yoshio Tsuchiya, Yoshio Inaba, Keiko Tsushima, Seiji Miyaguchi, Kamatari Fujiwara, Minoru Chiaki, Yoshio Kosugi, Daisuke Katō, Bokuzen Hidari, Isao Kimura, Kokuten Kōdō
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