Les Bas-fonds

Dans un quartier du Japon féodal, des laissés-pour-compte de la société sont relégués dans une auberge délabrée. Y vivent un ancien samouraï, un ex-acteur, une prostituée, un rétameur… Dans ce lieu sale et bruyant, la femme du rétameur se meurt tandis que le reste de la compagnie joue, triche, s’enivre, se dispute… La propriétaire des lieux essaye de convaincre le voleur, qui a été son amant, de tuer son mari, mais le premier est amoureux de sa jeune sœur. Ils sont bientôt rejoints par un pèlerin, qui va tenter de leur redonner du courage, même s’il doit pour cela leur mentir. « Dans le monde où l’on vit, les mensonges ne sont pas toujours mauvais et les vérités bonnes à dire », explique-t-il. Mais est-il aussi blanc que son impression le laisse croire ?

Avant le cinéaste japonais, la pièce de Gorki avait déjà attiré l’attention d’un autre maître du cinéma mondial, Jean Renoir, qui l’a adaptée en 1936. Comme très souvent chez Akira Kurosawa, les premières minutes du film sont très importantes pour connaître certaines des principales conclusions qu’il compte en tirer. Ici, la caméra montre les grandes murailles qui dominent la maison où les protagonistes sont logés. Elle semble avoir été construite dans un cul de bas de fosse, soulignant ainsi l’absence d’échappatoire ou de nouvel horizon. Le ciel n’est d’ailleurs guère présent dans l’image pendant toute la durée du film. Certains des personnages ont des airs de spectres coincés dans ce purgatoire. Un sentiment renforcé par le noir et blanc charbonneux de l’image, qui lui donne des airs de film muet.

Les Bas-fonds n’est pas le film le plus passionnant du cinéaste japonais car il est difficile de voir où il veut en venir. Si certains des personnages sont plus développés que d’autres, il n’y en a aucun de vraiment dominant sur lequel le spectateur va pouvoir se concentrer. Il s’agit d’un film sur le destin d’un groupe de personnes aux origines les plus diverses.

Le cinéaste japonais a conservé le caractère théâtral du texte, la majorité du film se déroulant dans une seule pièce. Mais Kurosawa étant Kurosawa, le film est tout sauf statique. Il dynamise sa mise en scène en utilisant tout l’arsenal cinématographique à sa disposition. Comme à son habitude, il filme les scènes en se servant de plusieurs caméras, lui donnant une variété d’angles de prises de vue et favorisant la continuité de l’action. Un atout dans ce film où l’accent est mis sur l’ensemble de la troupe.

La composition de l’image participe aussi à ce dynamisme. Kurosawa joue avec la présence des acteurs à différents niveaux de la profondeur de champ et utilise fréquemment des compositions qui donnent du peps à son image, comme les compositions en triangle. Dans l’une des rares scènes filmées en dehors du logement, le cinéaste va même jusqu’à installer en plein milieu de son image un tronc d’arbre disposé en diagonale, interdisant toute symétrie. Trois ans plus tard, il donnera une autre démonstration de mise en scène dans un lieu unique dans la première partie de Les salauds dorment en paix.

Kizushii | 26.06.2017 | Japon

Les Bas-fonds est disponible depuis le 3 mai 2017 chez Wild Side en Blu-ray et en DVD, dans des versions restaurées. Ils sont accompagnés comme pour les précédents films d’un livre d’une soixantaine de pages de Frédéric Albert Levy.
Remerciements à l’équipe de Wild Side.

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