Les chroniques de Riddick

Comment de simples mercenaires ont-ils pu retrouver la trace de Riddick au tréfond de notre galaxie ? Le criminel le plus dangereux de l’univers se rend sur Helion Prime pour obtenir la réponse à cette question auprès de Abu al-Walid - aka Imam, survivant de Pitch Black en quête de la "nouvelle Mecque" et seule personne susceptible de le retrouver. Il se trouve néanmoins que ce n’est pas Imam qui a mis sa tête à prix mais Aereon, un être éthéré appartenant à la caste des "Elementals", dans le simple but de le rencontrer. Aereon en effet, est persuadée que Richard B. Riddick est la seule personne capable d’enrayer la progression du Lord Marshall et de son armée de Necromongers, destructeurs de mondes dont le but est la conversion de l’humanité, en être mi-vivants mi-morts en quête de l’ "Underverse"...

Pitch Black, premier épisode des aventures du anti-héros Riddick, était une franche réussite - à mon avis le meilleur film d’horreur / SF depuis Aliens. Et ce pas simplement à cause de son "pitch" excellent, consistant à placer la survie d’une poignée d’hommes et de femmes entre les mains d’un criminel capable de voir dans l’obscurité, sur une planète plongée dans une nuit totale et envahie de redoutables créatures. Le succès d’estime de David Twohy tenait autant à son scénario, qu’à sa réalisation irréprochable et à sa galerie de personnages trop humains pour être exempts de vilains défauts - en premier lieu desquels Riddick lui-même. Un anti-héros à renvoyer Snake Plissken au placard, superbement interprété par un Vin Diesel crédible à chaque instant du film, même lors d’un "mano a mano" avec l’une des créatures. Pour résumer, Pitch Black est une authentique série B, assumée et surtout maîtrisée dans ses moindres recoins.

L’idée de propulser le personnage de Riddick à la tête d’une franchise (déclinée depuis avec succès sur console et en anime) pouvait paraître paradoxale, une telle démarche étant souvent l’apanage des blockbusters, pour la plupart des séries B qui tentent de flirter avec les moyens des séries A en succombant à de nombreuses contraintes commerciales. A moins que Twohy et Diesel, réalisateur/scénariste et producteur/interprète respectivement, ne parviennent à avoir les mains libres, et épargnent au personnage de Riddick une banalisation humaniste...

Au vu des Chroniques de Riddick, il apparaît que Twohy et Diesel ont remporté haut la main leur pari. A un détail près - et ce détail a son importance. Car si l’accession à un budget colossal (estimé à 105 millions de dollars) n’a aucunement poli l’univers du criminel doté de vision nocturne, elle l’a tout de même confronté à un public incapable de chérir une telle réussite cinématographique. Un troisième volet potentiel, ne se jouera donc certainement pas à la même échelle... Qu’importe, Les chroniques de Riddick existent et en tant que telles, constituent certainement l’une des plus grandes réussites du cinéma d’action et de science-fiction des dix dernières années.

Intelligemment, Twohy a décidé de reléguer le "pouvoir" de son héros à une simple caractéristique physique qui, plus qu’un outil de narration (ce qu’elle était dans Pitch Black), retrouve ici sa force symbolique. Les yeux modifiés de Riddick ne sont rien de plus que l’expression de sa volonté de ne jamais rester enfermé, coûte que coûte. Une volonté increvable, héritée d’un peuple - les "furians" - dont il pourrait très bien être le dernier représentant "vivant", et qui va aider le film à se construire autour de la narration progressive d’une destinée. Alors que Riddick cherche à vivre loin des hommes en effet, sa soif de combat et de vengeance va au contraire l’entraîner vers l’accomplissement d’une prophétie, dommage collatéral de son instinct de survie, qui s’avèrera qui plus est, au bout du compte, aller à l’encontre de ses véritables aspirations.

Construit comme un peplum, autour de luttes de pouvoirs et de croisades religieuses au sein desquelles Riddick s’affirme comme un leader "populaire" malgré lui, Les chroniques de Riddick décline un univers visuel d’une beauté rare. Cela faisait bien longtemps que les créations visuelles d’un film ne s’étaient pas imposées non pas à la force d’une débauche technique, mais avant tout par leur originalité. Et celles qui nous sont offertes ici - des vaisseaux Necromongers et leur flux d’énergie, aux levers de soleil apocalyptiques de la planète Crematoria, en passant par les déplacements en deux temps (âme puis enveloppe physique) des Necromongers - sont parfaitement originales. Elles ne sont la déclinaison ou la réinterprétation de rien d’autre ; rien que pour celà le film de David Twohy mérite d’être respecté, réussissant là où Stargate par exemple, avait échoué : l’aspect graphique ne prend jamais le pas sur la narration puisque, au travers de la mise en scène, il en est l’une de ses facettes.

De la même façon que Twohy ne choisit aucunement la facilité en reléguant la vision nocturne à un simple détail (ici, Riddick passe d’ailleurs plus de temps à fuir la lumière qu’à jouir de l’obscurité), son traitement de la relation Riddick / Kyra - plus connue des spectateurs de Pitch Black sous le nom de Jack, une jeune fille qui se fait passer pour un garçon et rêve de devenir comme Riddick - parvient à éviter tous les écueils sentimentaux des blockbusters contemporains, sans pour autant omettre de faire de la demoiselle le talon d’Achille du héros. Sauf qu’ici, point de scène d’amour ou même de mièvrerie ; leur relation est fondée sur un respect quasi-filial, qui passe notamment par une aptitude similaire à donner la mort. Il est d’ailleurs remarquable qu’en ces temps de lutte démesurée contre la violence à l’écran, Twohy ait réussi à faire passer le concept du "jeu du meilleur tueur", en guise de scène d’intimité entre Riddick et Kyra !

Spectaculaire, alliant brutalité et finesse avec une aisance déconcertante, porté par des morceaux de bravoure mémorables et transcendé par une fin exceptionnelle, Les chroniques de Riddick est un récit comme il en existe très peu sur nos écrans. Une symbiose parfaite entre un sujet et son traitement visuel, entre le blockbuster et le récit homérique, d’autant plus démocratique qu’il aura permis à l’ensemble de la population journaliste francophone d’enrichir son vocabulaire du mot "nyctalope". Voilà un concept intéressant pour conclure cet article, qui ne saura de toute façon pas transmettre l’admiration que j’éprouve pour ce monument cinématographique : un film avec Vin Diesel en guise d’outil éducatif... Une réussite de plus à l’actif des Chroniques de Riddick !

Akatomy | 25.08.2004 | Hors-Asie

Les chroniques de Riddick est sorti sur les écrans français le 11 août dernier (soit une semaine seulement après Hellboy, quel été !), et sera notamment disponible en DVD zone 1 (en éditions Rated et Unrated, Widescreen et Fullscreen) au mois de novembre 2004.

aka The Chronicles of Riddick | USA | 2004 | Un film de David Twohy | Avec Vin Diesel, Thandie Newton, Karl Urban, Colm Feore, Linus Roache, Judi Dench
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