Les Disciples de Shaolin

"La cigogne, vous appréciez, imparable" (extrait des Disciples de Shaolin en version française)

Assis confortablement dans mon canapé Ikea (dont Takeuchi vous a parlé dans son article sur Haunted Cop Shop), je réfléchissais au film dont je parlerai pour un nouvel article ; quand soudain je me suis écrié "et pourquoi pas un Shaw Brothers ?". En voilà une idée sympathique et finalement très appropriée puisque comme vous le savez déjà, depuis décembre dernier l’éditeur Celestial Pictures a commencé à éditer une collection qui va regrouper environ quelques 760 titres (ca va faire mal au porte-monnaie) tous genres confondus et surtout dans dans de superbes copies remasterisées (oui Kuro, je sais il manque le 16/9).

Le seul problème c’est que Les Disciples de Shaolin n’est pas encore disponible en DVD. Seule solution : se rabattre sur l’objet que tout collectionneur qui se respecte doit posséder... (roulement de tambour) j’ai nommé la fameuse cassette Fil à Film des années 80 (avec son Shawscope pas respecté, son image délavée, rayée, coupé d’au moins 20 minutes et surtout avec un doublage digne des téléfilms d’horreur de M6, d’ailleurs je crois que ce sont les mêmes doubleurs qui officient, et encore pour une fois on évite le parlé "petit chinois"). Le bonheur c’est si simple finalement, mais que voulez-vous, on est comme ca à Sancho quand on veut faire découvrir un film on est prêt à tous les sacrifices.

(Puisqu’on parle doublage, je fais une petite aparté pour parler de celui de Chinese Ghost Story 3 car je suis presque sûr que c’est Pascal Légitimus (Profession Profiler, Antilles sur scène, non je suis pas un fan) qui double le maître du héros dans le film, donc si quelqu’un a le film en français (! !!) merci de vérifier pour moi...)

Kuan Feng-Yi (Alexander Fu Cheng) un jeune homme un peu naïf, qui vient de la campagne, arrive en ville pour trouver un travail. Il retrouve un de ses amis Huang Han (Chi Kuan-Chun) qui le fait entrer dans l’atelier de tissage où il travaille. Tous deux sont des experts en kung-fu, mais si Huan est d’une nature réservée et évite de montrer de quoi il est capable, Kuan qui rêve d’être riche ne va pas tarder à utiliser son kung-fu malgré les avertissements de Huan. En effet les employés de l’atelier de tissage sont régulièrement attaqués par un concurrent qui n’hésite pas à les recruter par la ruse, mais surtout par la force. Kuan va alors défendre ses collègues en se servant de son kung-fu. Admiré par tous, et devenu le nouveau protégé de son patron, Kuan accède enfin à tout ce qu’il désirait, un travail respectable, la richesse, une femme mais surtout une nouvelle paire de chaussures qui symbolise pour lui la réussite sociale. Délaissant Huan pour sa nouvelle position, le bonheur de Kuan va pourtant être de courte durée...

Chang Cheh fut l’un des plus grands artisans du cinéma de Hong Kong dans la seconde moitié des années 60 en particulier dans le genre Wu Xia Pian (son film le plus connu du moins en France, reste La Rage du tigre). Pourtant au début des années 70, un homme va chambouler le cinéma Hong Kong, éclipsant Chang Cheh et le cinéma de sabre... Son nom ? Bruce Lee. Après son passage, le cinéma de Hong Kong ne jure plus alors que par le cinéma de kung-fu.

Pour Chang Cheh le salut viendra alors de son directeur des combat Liu Chia-Liang (qui a déjà réglé les combats entre autre de One armed Swordsman et New One Armed Swordsman) qui proposera de réaliser un cycle de films sur l’école de Shaolin (dont Liu Chia-Liang descend) et particulièrement sur le kung-fu de l’école du Sud. Les Disciples de Shaolin, qui est le cinquième film du cycle sera aussi le dernier, et marquera la fin de la collaboration entre Chang Cheh et Liu Chia-Liang qui passera à la réalisation avec The Spiritual Boxer (plus près de nous, il fut le réalisateur de Tiger on the Beat, mais surtout de Drunken Master 2) l’année suivante, alors que la carrière de Chang Cheh déclinera peu à peu.

La grande force des Disciples de Shaolin ne se situe pas dans ses scènes de combats (je vous rassure tout de suite elles sont très bien) mais dans son scénario qui nous conte avant tout l’ascension et la chute du jeune Kuan. Chang Cheh prend le temps de développer la psychologie du personnage de Kuan, à la fois naïf mais aussi débordé d’ambition, voire extrêmement vaniteux dans sa pratique de l’art martial. Toute l’ascension du personnage de Kuan dans la première partie du film, est symbolisée par une paire de chaussures que Kuan désire par dessus tout. Pieds nus au début du film, puis portant une paire trop grande pour lui, Kuan devient enfin quelqu’un, socialement parlant, quand on lui offre une paire de chaussures neuves. Elle a une telle importance aux yeux de Kuan qu’il passe son temps à la nettoyer.

La deuxième partie du film consacrée à sa chute n’en est que plus brutale, la naïveté de Kuan se retournant alors contre lui, il s’aperçoit qu’il n’est qu’un objet aux yeux de son employeur. Ne trouvant l’amour que le temps d’un court instant, Kuan subira seul la traîtrise de ses ennemis. La chute de Kuan annonce aussi un autre élément primordial du scénario : la désacralisation du kung-fu. Alors que dans beaucoup de films de kung-fu ou même de Wu Xia Pian, le héros arrive à vaincre grâce à une nouvelle technique de combat (je pense justement à La Rage du tigre mais aussi à son équivalent moderne The Blade), ici la maîtrise de l’art martial n’apporte aucune gloire, ou du moins est-elle éphémère. Cette désacralisation, Chang Cheh va l’illustrer au travers de deux scènes en noir blanc. L’une (un flashback) concerne Huan qui s’est battu et a tué pour protéger les intérêts son maître, et s’aperçoit que ce dernier se fiche bien de ses hommes qu’il considère comme des animaux. La deuxième concerne Kuang, elle se situe pendant son dernier combat et Chang Cheh n’hésite pas alors à passer de la couleur au noir et blanc, annonçant le destin tragique du personnage.

L’autre grande réussite du film, c’est indéniablement son acteur principal Alexander Fu Sheng. Formé au kung-fu par Liu Chia-Liang, repéré par Chang Cheh il deviendra l’un des principaux héros du cycle de Shaolin formant avec Chi Kuan-Chun un duo comparable à celui de Ti Lung/David Chiang pour les films de Wu Xia Pian. Sombrant dans l’anonymat en même temps que les derniers films de Chang Cheh, il revient sur le devant de la scène grâce à Liu Chia-Liang dans The 8-Diagram Pole Fighter que Fu Sheng ne finira jamais puisqu’il mourra dans un accident de voiture pendant le tournage.

Dans Les Disciples de Shaolin, Fu-Sheng tient à la fois de Jackie Chan et de Bruce Lee (l’un l’a précédé, l’autre va lui succéder) ; il retranscrit, en particulier dans son visage, le côté naïf, juvénile mais aussi très attachant d’un jeune homme en quête de gloire. Certaines séquences de pure comédie où il se fait rappeler à l’ordre par son contremaître renvoie à Jackie Chan dans ses rôles de disciple (Drunken Master 1 et 2 par exemple). A l’opposé, pendant les combats, il impose une présence physique qui le met tout de suite à un niveau supérieur à celui ses ennemis. Ses combats rappellent beaucoup ceux du "petit dragon" : seul contre tous, personne ne semble pouvoir le toucher alors que dans le même temps, lui semble pouvoir anticiper tous les mouvements de ses adversaires. Du grand art, quoi !!!

Grand film d’arts martiaux (je vous ai déjà dit que les combats étaient très bon), grand film tragique, Les Disciples de Shaolin est un film a redécouvrir. Alors enfourchez votre De Lorean et n’hésitez pas à remonter le temps...

Torrente Wong | 1er.03.2003 | Hong Kong

Les Disciples de Shaolin existe donc vous l’aurez compris, dans une superbe copie chez Fil à Film (une cassette difficile à trouver aujourd’hui) et sortira en VCD et DVD HK chez Celestial Pictures courant 2003 ou 2004.

NdAkatomy : Le film existe aussi en DVD zone 1 NTSC chez PanMedia International.

aka Invicible One | Hong Kong | 1975 | Un film de Chang Cheh | Avec Alexander Fu Sheng, Chi Kuan-Chun, Chen Ming-Li, Wang Ching-Ping
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