Les salauds dorment en paix

La vengeance est à moi.

Une cérémonie de mariage va bientôt se tenir dans un hôtel cossu : Nishi va épouser Yoshiko, fille d’Iwabuchi, qui est son patron et assure la vice-présidence d’une société publique. Mais rapidement, la cérémonie qui devait être bien huilée se dérègle. La mariée, handicapée par une jambe plus courte que l’autre, trébuche et la célébration à peine commencée est interrompue par l’arrestation de l’un des comptables d’un constructeur immobilier qui y est présent. Ce dernier est accusé d’avoir payé des pots de vins pour remporter un contrat avec la société d’Iwabuchi. La nervosité s’empare des autres hauts dirigeants des deux sociétés présents au mariage. Et ils ont raison de l’être car les policiers sont renseignés par une source interne à la société publique et cet homme a des comptes à régler.

Pour dénoncer la corruption dans le monde de cols blancs de l’administration et de l’entreprise, le cinéaste a opté pour le Film noir. Le monde soit disant policé des affaires n’a en effet rien à envier à celui de la pègre : employés poussés au suicide, assassinat déguisé en accident de voiture… Le moins que l’on puisse dire est qu’Akira Kurosawa n’y a va pas avec le dos de la cuillère dans sa dénonciation de la corruption, avec une intrigue assez machiavélique.

La traduction en français du titre japonais, Les salauds dorment en paix, exprime d’ailleurs très bien la colère exprimée par le film. La corruption semble s’étendre dans ce monde du business comme la nuit envahit certains plans du film jusqu’à faire pratiquement disparaître la lumière.

Ainsi cette magnifique scène d’une apparition fantomatique destinée à faire craquer un des cadres responsables des malversations et dont le témoignage pourrait faire tomber les patrons de la société publique. A se demander si le photographe Daidō Moriyama n’aurait pas été influencé par certains passages photographiques des films du maître.

Ce film de vengeance m’a fait penser à Furie, première œuvre de la période américaine de Fritz Lang dénonçant les lynchages, même si son confrère japonais est moins enclin aux concessions.

La première partie est particulièrement intense grâce à une mise en scène qui met le film sous tension, mais aussi à la qualité de l’interprétation. Toshiro Mifune travaille ici dans un registre plus sobre que celui de ses rôles les plus connus. S’il joue une nouvelle fois avec le toujours excellent et expressif Takashi Shimura - l’autre acteur phare du cinéaste japonais pour sa période Toho -, chaque membre de la distribution apporte une pierre bien particulière à l’édifice.

Le jeu de certains acteurs est parfois théâtral, mais cette théâtralité est assumée. Akira Kurosawa s’est d’ailleurs inspiré de Hamlet pour écrire le scénario et les journalistes au début du film jouent le rôle du cœur antique. Cette séquence s’achève d’ailleurs sur un échange de deux journalistes, le premier déclarant qu’il s’agit de « la meilleure pièce en un acte » et le second répondant qu’il s’agit d’un simple prologue. Le décor a été planté et les principaux protagonistes ont été présentés, le film peut alors véritablement débuter.

Comme souvent, le réalisateur termine son film sur un « double tap » [1]. Une fois l’intrigue centrale ayant trouvé son dénouement, Iwabuchi reçoit un coup de téléphone du commanditaire... Histoire d’enfoncer le clou, Akira Kurosawa souligne que les véritables coupables restent en dehors du champ et donc a fortiori intouchables.

Kizushii | 15.05.2017 | Japon

Les salauds dorment en paix est disponible depuis le 3 mai 2017 chez Wild Side en Blu-ray et en DVD, dans des versions restaurées. Ils sont accompagnés comme pour les précédents films d’un livre d’une soixantaine de pages de Frédéric Albert Levy.
Remerciements à l’équipe de Wild Side.

[1Terme militaire désignant une frappe aérienne, réalisée en deux fois pour faire plus de morts.

aka 悪い奴ほどよく眠る - Warui yatsu Hodo yoku nemuru | Japon | 1960 | Un film de Akira Kurosawa | Avec Toshiro Mifune, Takashi Shimura, Masayuki Mori, Kyōko Kagawa, Tatsuya Mihashi, Kō Nishimura, Takeshi Katō, Kamatari Fujiwara
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