Long Arm of the Law 2

Paradoxalement, s’il y a bien une chose en laquelle bon nombre de réalisateurs hongkongais semblent croire aveuglément, c’est bien le nihilisme. Ainsi Ringo Lam, Kirk Wong, mais aussi un certain Johnnie To en son temps (The Big Heat), Johnny Mak et son frère Michael partagent-ils tous un penchant remarquable pour une autodestruction sans concession, un goût prononcé pour un acharnement aveugle motivé par des valeurs souvent humaines et pourtant totalement exclusives avec un embryon de vie en société. Tous leurs personnages, qu’ils soient flics, criminels ou à la frontière entre les deux (position que leurs systèmes de valeurs les poussent souvent à adopter, quoique inconsciemment) se positionnent en marge d’une société qui refuse obstinément de leur donner raison ; Don Quichottes urbains à la fois anachroniques, intemporels et universels. Leurs positions rarement remises en question en font des rebelles dangereux, car ils finissent toujours par mettre l’ordre établi en péril, défaisant sans relâche la trame illusoire qui constitue le tissu de nos sociétés modernes. Leurs adversaires n’ont souvent par conséquent d’autre solution que de les détruire - pire encore, de faire disparaître toute trace de leur existence passée et de leurs actions. Quoi de plus dangereux en effet qu’un martyre, quelle que soit son approche des lois ?

Long Arm of the Law II n’est pas vraiment une suite de Long Arm of the Law premier du nom. Le seul point commun entre les deux se situe au niveau du sujet qu’il aborde, à savoir le problème de l’invasion de gangs provenant de Chine continentale, qui plus est illégalement immigrés. Le ton des deux films, bien que résolument pessimiste, est aussi très différent : là où le film de Johnny Mak posait les bases du heroic-bloodshed, avec une certaine volonté triomphante même dans la mort, le premier des deux opus de son frère Michael oppose l’acharnement de trois personnages trop justes pour être capables de discernement à tout un système plongé dans une incompréhension inexorable et assumée - amenant le microcosme qu’il met en scène à un cul de sac sans gloire, et laissant au spectateur un goût amer d’échec inévitable dans la bouche.

C’est donc complètement impuissant que l’on assiste à la manipulation de Li Heung-Tung, Kwong Ming et King San, trois flics chinois détenus en prison à Hong Kong après leur "désertion" illégale. Au cours d’un chantage outrageusement explicite, le chef de la police HK offre à ces trois anciens soldats d’exception un choix qui n’en est pas vraiment un : soit ils deviennent flics undercover pour faire exploser les gangs immigrés de l’intérieur, soit ils sont renvoyés à la Mère Patrie. Les trois hommes acceptent leur travail les yeux fermés, faisant de tous les criminels leurs pires ennemis, autant dans l’espoir de rester à Hong Kong qu’avec la volonté de continuer à faire leur travail du mieux qu’ils peuvent. Epaulés par Biggy, flic local undercover à vie, ils n’ont aucun mal à infiltrer la mafia locale. Mais leurs couvertures ne vont pas tarder à sauter, et ils se retrouveront seuls face au reste du monde, délaissés par une humanité sans amour-propre, et rendus vulnérables par leur loyauté irréfléchie...

Il est hors de question ici de dévoiler la fin de Long Arm of the Law II, monument d’action sèche mis en scène avec une intuition spectaculaire. La seule remarque qu’il me reste à faire, c’est à propos de la réalisation du gunfight final : là où le dénouement du premier épisode se déroulait sur un plan horizontal, mettant les justifications de toutes les forces opposées au même niveau, celui de l’histoire de Li Heung-Tung et de ses camarades dessine une chute verticale destinée à les ramener au niveau des forces de l’ordre. Une désacralisation des valeurs humaines les plus essentielles qui, finalement, ne peut avoir d’autre issue que celle proposée.

Long Arm of the Law II complète donc parfaitement son grand frère dans sa vision du monde criminel, tout en opposant à sa glorification des codes d’honneur un désespoir peu reluisant. L’ensemble constitue sans doute l’une des étapes les plus importantes du cinéma noir hongkongais des années 80.

Akatomy | 30.11.2001 | Hong Kong

En DVD chez Media Asia... Tout est dit, non ? L’image est bien crade, les sous-titres hésitants, mais le 5.1, bien que peu puissant, a au moins le mérite d’être bien spatialisé. Et puis on prend ce qu’on trouve, hein...

Hong Kong | 1987 | Un film de Michael Mak | Avec Elvis Tsui Kam-Kong, Ben Lam, Alex Man, Fui-On Shing, Jing Chen, Kirk Wong, Pauline Wong, Yat Chor Yuen
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