Los Hongos

Pablo Escobar, le trafic de cocaïne, les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)... Ma connaissance de la Colombie avant de voir pour la première fois un film de ce pays correspondait à une suite de clichés. Non pas que je sois devenu un spécialiste du pays à l’issue de la projection de Los Hongos, mais j’ai apprécié la manière dont le réalisateur nous parle de son pays, nous le fait connaître sur un mode homéopathique.

Jovan Alexis (alias Ras, son nom de graffeur) vit encore chez sa mère et travaille sur un chantier, mais il est plus intéressé par les graffitis. Il partage cette passion avec son ami Calvin, étudiant aux Beaux Arts qui vit chez sa grand-mère, atteinte d’un cancer. Les deux jeunes déambulent dans les rues de la ville, Ras sur son skate et Calvin sur son BMX, pour réaliser leurs œuvres en s’inspirant de la révolte en Égypte, dont ils voient les vidéos sur Internet. Ils participent en particulier, dans le cadre d’un collectif, à la création d’une peinture murale, travail interrompu violemment par la police. Au cours de leurs déambulations, nous faisons connaissance de leur vie, de celle de leurs proches (petite amie, père, grand-mère...), qui appartiennent à des milieux et des races différents, mais aussi de la vie dans ce pays d’Amérique latine. Les trois sont d’ailleurs intimement liés.

Je définirais Los Hongos comme un film frais qui parle d’évènements sérieux sans pour autant être militant. Lorsque le réalisateur Oscar Ruíz Navia montre Ras sur son lieu de travail, en le plaçant au premier plan et à l’écart des autres travailleurs lors de la pause déjeuner, il montre cinématographiquement que du fait de sa couleur de peau - il est noir alors que ses collègues sont latinos - il n’est pas intégré.

Los Hongos est un film colombien sur la Colombie, mais aussi ouvert sur le monde. Il le fait en choisissant de suivre de jeunes artistes de rue – que l’on aime ou pas cette forme d’expression – dont les déambulations et les tribulations pourraient tout aussi bien être vécues dans d’autres pays à des milliers de kilomètres.

Et ce qui se passe loin de l’Amérique latine, en l’occurrence les images des manifestations en Égypte contre Hosni Moubarak, réprimées à coups de matraques, inspire nos graffeurs. Elles prennent une autre dimension lors de l’intervention musclée de la police pour les contraindre à stopper leur travail sur la peinture murale. Le tabassage des artistes survient juste après la scène où un candidat à la mairie de la ville vient à la pêche aux voix dans l’église du quartier de Ras en promettant des cadeaux. Grâce à une simple coupe, Oscar Ruíz Navia en dit long sur l’état de la démocratie dans le pays. Il critique aussi les anciennes générations, celle du père de Calvin que l’on quitte engagé dans une discussion stérile de bistrot aux forts relents marxistes. Je pourrais ainsi multiplier les exemples.

Los Hongos se termine malheureusement sur une demi-fausse note. La scène est très poétique et très belle visuellement, mais semble déconnectée du reste.

Los Hongos a été présenté au cours du 36e Festival des 3 Continents (2014), dans le cadre des Situations du cinéma en Colombie.

Colombie | 2014 | Un film de Oscar Ruiz Navia | Avec Jovan Alexis Marquinez Angulo, Calvin Buenaventura Tascon, Gustavo Ruiz Montoya, Atala Estrada, Maria Elvira Solis, Dominique Tonnelier, Angela Garcia, Mario Wize
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