Lost Paradise

L’Amour interdit, que reste-t-il ?...

Shoichiro Kuki est un éditeur de cinquante ans. Rinko Matsubara, belle femme approchant la quarantaine, est professeur de calligraphie. Lui, a une femme et une fille d’une vingtaine d’années. Elle, fût mariée de force à un homme pour lequel elle n’éprouve plus rien. Tous deux entretiennent une relation amoureuse torride et passionnée, envers et contre tous, jusqu’au jour où, poussés par leur passion, ils quittent époux et travail...

Parmi les thèmes de prédilection qui ont fait - et font toujours - les choux gras de l’industrie cinématographique mondiale, l’adultère est très certainement l’un des plus récurrents. Combien de films, combien de réalisateurs, d’auteurs, se sont penchés sur cet aspect "immoral" de l’être humain ? Yoshimitsu Morita règle ses comptes avec la société, et fait l’éloge de l’Amour dans toute sa splendeur... Car tout ce dont il est question ici se résume en un mot ; l’Amour. Un Amour interdit par une société lâche et faussement pudibonde, se permettant de s’ériger en juge face au sentiment le plus beau qui puisse exister entre deux êtres.

Eros & Thanatos...

De Shinju Yoimachigusa (Teinosuke Kinugasa /1925), en passant par le magnifique Shinju Ten no Amijima (Double Suicide - Masahiro Shinoda /1969), ou encore l’objet de curiosité culte Sonezaki Shinju (Yasuzo Masumura /1978) qui mettait en scène la rock-star Ryudo Uzaki et la belle Meiko Kaji, au non moins sublime Shinde mo ii (Original Sin - Takashi Ishii /1992), les cinéastes nippons se sont très souvent inspirés d’une littérature mêlant étroitement l’Amour et la mort...

En même temps qu’un film bouleversant sur la relation passionnelle d’un homme et d’une femme, Morita signe un pamphlet sans concession vis-à-vis de la société japonaise. Tout y passe, du monde du travail à la famille en passant par la perception de la mort et la réussite sociale... Les deux héros maudits sont coupables ; coupables d’aimer, d’aimer à nouveau... ou plutôt d’aimer vraiment, pour la première fois. Cette relation fusionnelle, cet Amour parfait, qui touche au sublime, leur est tellement difficile à vivre - toujours par rapport aux contraintes imposées par la société -, qu’elle ne semble pouvoir les conduire que vers une seule "issue", aussi funeste soit elle...

Une fois de plus, la mise en scène de Morita transcende son sujet, par ailleurs magnifique. Alors que les séquences représentant la "vie courante" sont filmées avec sobriété, voir même un certain classicisme et une "lenteur", puisqu’il faut donner un nom aux choses, pleine de sens très forts et de sous-entendus, il en est en revanche tout autre lorsque les deux amants se retrouvent ; la caméra se fait sentir plus proche, plus intime, voir même subjective, se mêlant ainsi aux corps... L’utilisation de la caméra épaule, d’un éclairage mettant en valeur les protagonistes au détriment du décor, sans parler d’une réelle créativité formelle lors des séquences mettant en scène l’acte amoureux, prouvent une fois de plus la maîtrise du réalisateur qui n’a décidément plus rien à prouver aujourd’hui, lui qui malgré son statut de metteur en scène "grand public", voir même à succès (Shitsurakuen est arrivé deuxième du box-office nippon derrière Mononoke Hime (Hayao Miyazaki) en 1997), il possède une sorte d’univers qui lui permet d’être l’un des chefs de file d’un cinéma expérimantalo-mainstream où l’éclectisme est de mise [1].

...en dehors de la réalisation sans faille de Morita, le film repose sur l’interprétation de ses comédiens qui n’ont pas à rougir. C’est l’excellent Koji Yakusho qui prête ses traits à Kuki, lui qui hésita quelque peu avant la lecture du script, son personnage ayant dix ans de plus que lui... son choix s’avéra judicieux puisqu’il enchaîna succès sur succès en l’espace d’un an, de Shall we Dance ? (Masayuki Suo) à Cure (Kiyoshi Kurosawa), en passant par Unagi [2] (L’Anguille - Shôhei Imamura) et Bounce Ko-gals (Masato Harada). Il offre l’image d’un homme rassurant et aimant... Quant à Rinko, c’est la non moins talentueuse Hitomi Kuroki (Hasen no Marisu, Senrigan, Honogurai Mizu no Soko Kara - Dark Water) qui lui donne vie ; belle, fragile et désirable, l’actrice de théâtre prouve que son talent ne perd rien sur grand écran...

La passion face à la pression sociale... c’est peut-être ce qui résume le mieux Shitsurakuen, film troublant sur l’Amour dans tout ce qu’il a de plus beau, de plus passionné, de plus parfait. Morita pose une question essentielle ; que vaudrait une vie sans amour ?... quant à la réponse, vous la connaissez...

Kuro | 3.03.2003 | Japon

DVD (Japon - pas vu) | Kadokawa en association avec Asmik | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Suppléments : Trailer, TV Spots et mini reportage tourné lors de la présentation du film à Berlin. | La version présentée ici est uncut, et possède des plans inédits lors de l’exploitation du film en salles.

Ce DVD comporte des sous-titres anglais optionnels.

DVD (HK - pas vu) | Ocean Shores | NTSC | All Zone | Format : 1:1:85 - 4/3 | Ce DVD comporte des sous-titres anglais et chinois incrustés sur la pellicule.

VCD | Ocean Shores | Au format [1:85], avec sous-titres anglais et chinois incrustés sur la pellicule.

[1Cf. articles Kazoku Gêmu, 39 - Keihô Dai Sanjûkyu Jô et Mohouhan.

[2Palme d’Or au Festival de Cannes.

aka Shitsurakuen - Paradise Lost | Japon | 1997 | Un film de Yoshimitsu Morita | D’après le roman de Junichi Watanabe | Avec Koji Yakusho, Hitomi Kuroki, Akira Terao, Toshio Shiba, Tomoko Hoshino, Yoshino Kimura, Kazuya Kosaka, Morio Agata, Kenjiro Ishimaru, Chiaki Hara, Kumiko Kim, Jun Murakami
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