Love Will Tear Us Apart

Love Will Tear Us Apart est un de ces nombreux films qui surfent sur la vague des dégâts provoqués par la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Plus qu’économiques ou politiques, les stigmates de ce jour historique sont psychologiques et affectent encore aujourd’hui toute une génération de hongkongais, du pain béni pour tout cinéaste un peu social. Yu Lik-Wai tente donc, comme Fruit Chan avant lui, de dresser le portrait de ces jeunes déracinés, perdus, en manque de repères et d’identité. En manque flagrant d’une histoire intéressante et plombé par un rythme et des personnages mous, le film est loin d’être aussi satisfaisant que le Made In Hong Kong de son prédécesseur.

Suite à la mort de son amant, Ah Ying, une prostituée de Wuhan en Chine populaire, décide de tenter sa chance à Hong Kong. Elle y croisera le chemin de 3 autres immigrés : Jian, propriétaire d’un magasin de films pornos, Yan, sa compagne, liftière dans un grand restaurant, et Chun, réparateur d’ascenseurs.

Il est difficile d’aller au delà de cette présentation pour résumer un film dans lequel il ne se passe rien. Si l’on a déjà vu des chefs-d’œuvre, souvent asiatiques d’ailleurs, naître d’une histoire simple et linéaire, il est en revanche aberrant d’espérer s’en sortir grâce au seul visuel, sans l’ombre d’une péripétie, un mince fil conducteur ou une touche de fiction. C’est pourtant le pari fou dans lequel se sont lancés Yu Lik-Wai et ses acteurs. Le film est léché, certes, et rempli de longs plans séquences fixes dévisageant des personnages très photogéniques dans des intérieurs tamisés. Mais cette succession de diapositives colorées ne parvient pas à imprimer de rythme au film, victime de la lenteur des plans, de la mollesse volontaire des acteurs et de l’absence de dialogues. Cette inconsistance, même revendiquée, est réellement rédhibitoire pour le spectateur, qui en finit par trouver le temps très, très long. Reste alors l’aspect documentaire qui découle de cet ultra-réalisme (y compris le son, affreux et en sourdine, car pris en direct), mais qui pâtit lui aussi de la banalité des situations. Une sorte de "Striptease" (l’émission) sans le trash ou le côté racoleur. Sans intérêt, donc, d’autant que le film pourrait ce dérouler n’importe où ...

C’est là un des gros défauts du film : l’absence totale de Hong Kong. Au contraire de Made In Hong Kong, qui avait fait le choix d’ériger la ville en personnage principal, Love Will Tear Us Apart est vide de références à la métropole asiatique. Très peu d’extérieurs, des décors intérieurs passe-partout et l’utilisation du hors-champ tiennent à l’écart tout point de repère visuel permettant l’identification du lieu de l’inaction. Seule une bannière miteuse proclamant "Aime ta patrie, Aime Hong Kong" permet de mettre un nom sur une ville lambda. Encore une fois certainement volontaire mais finalement dérangeante, cette absence traduit bien la crise identitaire qui secoue Hong Kong et ses habitants. Amorphes dans une ville vide au sein de laquelle ils ne sortent presque jamais, ils errent de chambres en chambres pour assouvir un désir sexuel immédiat, mais dénué de passion. Cette perversion présente chez tous les personnages (prostituée, vendeur de films pornos, adepte du téléphone rose) semble être la seule émotion dont ils sont capables mais elle ne suffit pas à pimenter le film.

C’est d’autant plus dommage que le réalisateur-scénariste fait preuve par instant d’une originalité intéressante. Outre le code des couleurs qu’il réussit à mettre en valeur reliant judicieusement fond et forme, sa propension à contempler des personnages qui ne se regardent jamais est le seul élément vraiment intriguant du film. Les regards ne se croisent pas et pourtant, par un montage soigné, un jeu sur le temps et des transitions musicales astucieuses, le réalisateur maintient la cohésion du groupe d’acteurs, qui interagissent (et effectivement se déchirent, comme le suggère le titre) sans réel contact visuel. Enfin, l’humour noir, esquissé dans une ou deux scènes mais également trop peu présent, aurait pu donner au film un côté cynique. Ce dernier se serait révélé particulièrement à-propos, connaissant le parcours du réalisateur, ayant délaissé Hong Kong pour la Chine rouge, à l’inverse de tous ses personnages.

Si donc son œuvre reste une évocation réaliste des problèmes des immigrants chinois à Hong Kong, la vacuité de son contenu, même si elle fait écho au vide qui marque la vie des personnages, constitue un insurmontable handicap. En dépit de quelques plans ou idées intéressantes, le film alterne le joliment inutile et le carrément chiant...

Sorti confidentiellement en France en 2000 car nominé l’année précédente au festival de Cannes, Love Will Tear Us Apart bénéficie d’une séance de rattrapage en DVD à prix cassé. Image très correcte, son calamiteux mais original, la présence de sous-titres français et le chapitrage sont les seuls bonus proposés. Quand je vous disais vide...

Love Will Tear Us Apart est par ailleurs disponible en DVD HK chez City Connection Ltd.

Hong Kong | 1999 | Un film de Nelson Yu Lik-Wai | Avec Tony Leung Ka-Fai, Wong Ling (Wong Ning), Lu Liping (Lu Li Ping), Rolf Chow (Chi Sang), Simon Chung, Mak Yan-Yan, Benny Wong, Frankie Ho, Candy Yang, Soong Pounh Chong, Pang Mei Sheung, Zhang Jing, Liu Qian, Lau Kim Man, Huan Hao Yao, Choi Wing Kai
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