Lunch Box

Aiko est muette, ou tout du moins silencieuse. Elle ne s’exprime que par ses préparations culinaires, dans l’élan du lancer d’une boule de bowling, et dans l’acte sexuel. Contrariée mais jamais vraiment contrariante, elle refuse autant qu’elle accepte - à contre-cœur – les avances de son patron, jusqu’au jour où, accidentellement, elle fait la rencontre de Toshio. D’abord agressif contre Aiko qu’il tient pour responsable de la chute de son vélo, le jeune postier finit par s’attacher à cette jeune femme, si dévouée en matière d’ébats et de cuisine... S’il prend, implicitement, l’ascendant sur une Aiko silencieuse, le rapport s’inverse lorsque sa collègue de bureau lui ordonne de satisfaire ses propres besoins charnels. Impuissante, Aiko voit alors Yoshio s’éloigner d’elle, agacé par les boîtes repas qu’elle lui prépare au quotidien...

Étrange conte que celui du mutisme d’Aiko, mis en scène dans ce Lunch Box signé Shinji Imaoka. Yumika Hayashi y incarne, avec une présence corporelle en quasi-contradiction avec sa fragilité physique, une femme autant qu’un discours silencieux, constat d’un être intermède, objet sans véritable liberté, d’expression ou de sa personne. Pourtant, à sa façon, Aiko s’exprime : les repas qu’elle met en scène cristallisent une émotion positive, tandis que l’acte sexuel semble incarner un dialogue complexe, tour à tour mécanique, affectif, douloureux, résigné...

Pinku de son état, Lunch Box s’attarde longuement sur ces dialogues de chairs. Point de fétichisme outrancier ici, mais un réalisme étonnant, sans vulgarité, dans les tableaux érotiques. On se sentirait presque gêné de regarder Aiko se livrer ainsi ; souvent à l’envie des autres, parfois à ses propres pulsions. Même lorsqu’elle semble agir de son propre chef, pleine d’initiative, l’urgence que l’on pourrait interpréter comme un désir fébrile renvoie toutefois une certaine crainte de l’autre. Une crainte de décevoir, d’être déçue, d’être quittée, d’être seule... des émotions, conniventes et contradictoires, qui contribuent à l’intensité érotique du film, autant qu’à construire ce personnage atypique.

Au premier abord, la collègue de Yoshio incarne une virulence sexuelle déstabilisante, en opposition totale avec Aiko, lorsqu’elle ordonne au postier de « la manger »... Cette requête, implicitement, la relie pourtant plus que Yoshio n’en a conscience à notre héroïne, qui met tant d’elle-même dans la préparation de ses plateaux repas. Et qui n’hésite pas elle aussi, à « goûter » ses partenaires. Les deux femmes incarnent ainsi d’une certaine façon, les deux facettes d’une même caricature féminine, l’une victime et l’autre artisan, d’un formatage relationnel et social.

Lunch Box est un portrait plus qu’une histoire, et n’échappe pas dans son réalisme pourtant traversé de touches oniriques – une boule de bowling qui parle, encourageant de façon récurrente Aiko depuis son autel improvisé – à une certaine froideur. Ni exubérant ni pénible, le film d’Imaoka a l’intelligence de ne pas se prolonger dans le contractuel (il dure à peine plus d’une heure) et existe dans un espace intermédiaire : celui d’une humanité crédible, qui touche mais ne bouscule pas, émeut sans bouleverser, dévoile sans aguicher. Une somme de qualités discrètes, qui font de Lunch Box un film peu novateur, mais tout de même réussi ; une rencontre intime, simple et honnête, dont on se souvient avec plaisir.

Akatomy | 22.11.2008 | Japon

Lunch Box est disponible en DVD zone 2 anglais, sous-titré anglais, chez Salvation. Le transfert 4/3 ressemble beaucoup à de la VHS, et les suppléments n’ont pas grand chose à faire là (n’en déplaise au black metal pratiqué par certaines des Satanic Sluts), mais bon... quoiqu’il en soit, merci Kuro ! ;-)

aka Obentou | Japon | 2004 | Un film de Shinji Imaoka | Avec Yumika Hayashi, Mutsuo Yoshioka, Lemon Hanasawa, Ryo Kurihara
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