Maborosi

Mais pourquoi, je n’ai pas pu l’arrêter ?

Cette première réalisation de Hirokazu Kore-eda recèle les qualités de ses films suivants, en particulier une grande sensibilité, mais également des thèmes qu’il revisitera : la perte et l’absence bien évidemment, mais aussi la famille. Son premier film de fiction est d’une maîtrise impressionnante.

La vie de Yumiko, une jeune femme d’une vingtaine d’année, a été marquée par deux décès. D’abord celui de sa grand-mère, qu’adolescente elle a tenté en vain d’empêcher de repartir chez elle. La grand-mère souhaitait rentrer mourir dans sa propre maison. Puis un soir elle attendra vainement que son mari revienne de son travail. La police lui apprendra que, marchant sur les rails à l’approche d’un train, il est resté sur la voie. L’incompréhension de Yumiko est totale face au suicide de son mari. Elle se remarie quelques années plus tard et part vivre chez son nouveau mari, qui habite dans un village de pêcheurs avec son père et sa fille. Yumiko semble retrouver un semblant de vie normale, mais le suicide de son mari, qu’elle ne s’explique toujours pas, va revenir la hanter.

Hirokazu Kore-eda met en scène le deuil. La personne appelée à mourir disparaît de la vue de la jeune femme pour ne plus jamais être représentée à l’écran. Elle s’éloigne pour toujours, filmée de dos. Il refuse les scènes obligées des films traitant de la mort et de la disparition : la découverte du défunt, la veillée mortuaire... Sa caméra ne montre jamais le corps du mort. Il met ainsi le spectateur dans la position des survivants : le décédé est une personne que l’on ne verra plus jamais.

Hirokazu Kore-eda est un cinéaste "impressionniste". Il répète des motifs non pas sur une toile, mais sur toute la longueur de la pellicule : la lumière provenant d’un éclairage public ou d’une fenêtre, les trains, les vélos... Ce n’est pas à l’intellect du spectateur qu’il fait appel, mais à son affect. Le malaise de Fumiko est illustré par son comportement et ne fait l’objet d’aucun long dialogue. Cette distance respectueuse qu’il conserve avec son sujet est sûrement le fruit de son expérience de documentariste.

Ensorcelé par les cadrages de Kore-eda, le spectateur est gagné par l’ambiance mélancolique dans laquelle est plongée le film. Le malaise s’exprime par les sensations convoyées par les images. Film sur le deuil, les couleurs foncées et passées dominent pendant l’essentiel du film. Elles ne sont que parcimonieusement percées par des sources de lumières. Les couleurs s’éclairent seulement lorsque la vie normale parvient à reprendre son cours.

Mais la beauté picturale de Maborosi est discrète et sombre. La magnifique scène de la procession mortuaire, que Yumiko rejoint à la fin du film, est l’exemple le plus éclatant de sa beauté plastique. Simples silhouettes, les processionnaires sont filmés de loin, marchant au bord de mer. L’image est écrasée par le ciel gris, la distance entre la naissance de la mer et l’horizon étant à peine plus grande que les personnages. Une beauté plastique que l’on n’aurait pas forcément attendue, de la part d’un metteur en scène qui n’avait auparavant réalisé que des documentaires.

Kizushii | 26.08.2010 | Japon

Maborosi est disponible en DVD français chez Potemkine & Agnes B. DVD depuis le 4 août dernier. En guise de supplément, une analyse d’une dizaine de minutes du spécialiste du cinéma japonais Charles Tesson.
Remerciements à Emmanuel Vernières et Potemkine & Agnes B. DVD

aka Maboroshi no Hikari | Japon | 1995 | Un film de Hirokazu Kore-Eda | Avec Makiko Esumi, Takashi Naitô, Tadanobu Asano, Gohki Kashiyama, Naomi Watanabe, Midori Kiuchi, Akira Emoto, Mutsuko Sakura
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