Mademoiselle

La maison des perversités.

Park Chang-wook est revenu en forme cette année sur la Croisette avec un thriller érotique et intelligent, sans être roublard.

Au cours des années 30, une jeune coréenne, Sookee, est engagée comme servante d’une riche japonaise, Hideko, vivant isolée avec son oncle dans un immense manoir. Elle est en réalité une pickpocket, qui a été introduite dans les lieux par Kouzuki, qui se fait passer pour un prince japonais afin d’épouser Hideko pour lui dérober sa fortune. Sookee a pour mission de faciliter la tâche de Kouzuki alors que l’oncle Hideko souhaite aussi épouser sa nièce pour s’emparer de son argent. Il a une passion pour les livres (et pas seulement) et a besoin d’argent pour acheter une extraordinaire bibliothèque mise en vente par un Français.

Il est impossible de reprocher à Park Chang-wook de ne pas jouer franc jeu : il fait un film sur les faux-semblants sans s’en cacher. Dès les premières minutes, les hommes et les femmes faisant leurs adieux à Sookee donnent l’image d’une famille normale au moment du départ d’un de ses membres. Cette fiction est vite balayée et ils sont montrés comme la bande de malandrins qu’ils sont.

La manipulation est au cœur de l’histoire et du dispositif scénaristique, au spectateur de se laisser prendre au jeu ou pas. J’ai pour ma part suivi avec plaisir Park Chang-wook dans ce jeu de pistes, de dupes qu’il a splendidement mis en scène et construit avec intelligence.

Le cinéaste coréen l’a organisé en trois parties imbriquées, qui s’éclairent grâce à l’adoption de points de vue différents. Dans la première partie Sookey observe Hideko avant une inversion des rôles dans la seconde. Des objets (kimono, fiole...), comportements et dialogues mis en avant trouvent alors une signification ou une autre dimension. Ils sont en exergue de façon à ce que le spectateur s’en souvienne par la suite.

La manipulation est souvent basée sur la séduction sur un plan ou sur un autre, ici très ouvertement sexuelle. Dans Mademoiselle, la bouche est la principale source d’érotisme. Un pouce, ici dans « l’épisode du dentiste », n’avait pas été autant chargé d’érotisme depuis celui que Robert de Niro introduisait dans la bouche de Juliette Lewis dans Cape Fear.

A l’image de la réalisation, la photographie de ces scènes est particulier léchée. Parions que certains colleront à la belle imagerie l’étiquette d’esthétique glacée, lieu commun de la critique. Mais ne serait-ce pas pour dissimuler leur propre frigidité ?

Il y a également bien sûr les lectures de livres érotiques organisées et mises en scène par l’oncle.

Park Chang-wook n’étant pas connu pour son goût pour la retenue, il ajoute du souffre dans le feu en faisant de ses amantes saphiques vivant à l’époque de l’occupation japonaise, une japonaise et une coréenne. Un véritable pied de nez à une industrie sud-coréenne qui nous livre à intervalles réguliers son lot de films nationalistes qui « tachent », avec leurs inévitables plus qu’odieux japonais.

Kizushii | 9.06.2016 | Corée du Sud

Mademoiselle sortira sur les écrans français le mercredi 1er novembre 2016.

aka 아가씨 | Corée du Sud | 2016 | Un film de Park Chang-wook | Avec Kim Tae-ri, Kim Min-hee, Ha Jeong-woo, Jo Jin-woong, Moon So-ri
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