Maison Ikkoku

Juliette je t’aime, Juliette je t’aime, notre rayon de soleil c’est toi...

Un matin de printemps, le soleil caresse les arbres de sa douce chaleur, le ciel est bleu, les oiseaux chantent, les enfants vont à l’école joyeusement... Soudain, cette quiétude matinale est perturbée par un cri ; Yûsaku Godai en a marre ! L’horloge de la pension Ikkoku-kan ne fonctionne plus, et une fois de plus en retard pour aller à l’université, le jeune homme est bien décidé à partir. Brusquement, et contre toute attente, l’horloge se met à sonner ; Godai suivi de près par les autres pensionnaires de l’Ikkoku-kan, Ichinose-san, Akemi et Yotsuya, se précipite dehors. Interloqués, chacun y va de sa théorie pour expliquer cet évènement on ne peut plus miraculeux, avant d’être interrompus par un aboiement ; nos quatre compères se retournent pour découvrir une jolie jeune femme accompagnée d’un grand chien blanc. Kyôko Otonashi, nouvelle intendante de la pension vient d’arriver... Médusés, les pensionnaires en restent cois, et l’envie de changer d’air de Godai s’évapore quasi-instantanément...

La littérature japonaise regorge d’œuvres magnifiques, et les adaptations de romans sont légions au pays des cerisiers en fleur... Stop ! Mais qu’est ce que je raconte là, littérature ?!! non... Nous sommes ici à des années lumières de Mishima, Kawabata et consorts. Manga culte devant l’éternel créé par la papesse de la bande-dessinée nippone, j’ai nommé la grande Rumiko Takahashi (Urusei Yatsura, Ranma ½), Maison Ikkoku le film est l’une des adaptations les plus fidèle d’un manga sur grand écran...

Novembre 1980. Rumiko Takahashi voit publié le premier chapitre de Maison Ikkoku dans le bimensuel Big Comic Spirits. Avec une durée de vie record pour un manga, les aventures sentimentalo-comiques des pensionnaires de l’Ikkoku-kan seront publiées jusqu’en Avril 1987 (soit quasiment sept ans de parution !). Manga adulé par un public qui ne cesse de croître, l’adaptation sur le petit écran semble inévitable et c’est le 26 Mars 1986 que le premier épisode de Maison Ikkoku (Juliette, je t’aime en France), le dessin-animé, est diffusé sur Fuji TV, pour finalement s’achever deux ans plus tard, le 2 Mars 1988, au bout de 96 épisodes. Sept mois après la première diffusion télévisée de Maison Ikkoku version animée, sort sur grand écran l’adaptation cinématographique...

...transposer un univers existant au cinéma n’est pas aisé, encore moins lorsqu’il s’agit d’un manga ou d’un dessin-animé. La première question que doit se poser le réalisateur, est de savoir s’il souhaite rester fidèle à l’œuvre originale... Si certains metteurs en scène parviennent à recréer totalement un univers qui n’est pas le leur en se l’appropriant de A à Z - cf. ce qu’a fait Kaizo Hayashi du Cat’s Eye de Tsukasa Hojo ! -, d’autres se sentent plus à l’aise en se fondant dans l’univers existant à la base. Shinichirô Sawai, réalisateur de Soushun Monogatari ou W no Higeki, est plutôt de la trempe des seconds. Puis, vient le moment délicat de la distribution des rôles. Comment ne pas décevoir les fans de personnages dessinés - à la fois "parfaits" et irréels - en leur imposant l’image d’un comédien ?... Prendre des inconnus pour que leur personnalité ne fasse pas d’ombre aux personnages qu’ils interprètent ?... De toute façon, il y aura toujours des mécontents dans ce type d’aventure. Le rôle de Kyôko, personnage mythique, l’âme même de Maison Ikkoku est confié à Mariko Ishihara, jeune actrice très en vogue durant la seconde moitié des années 80 - elle fût imposée à Masato Harada dans son magnifique Saraba Itoshiki Ito Yo -, qui n’aura joué que dans sept films avant de se retirer du métier (pour, me semble-t-il, se retrouver dans une secte - dixit Masato Harada !)... Choix judicieux ou non, là n’est plus la question ; le rôle-clef du film est trouvé, il ne reste plus qu’à lancer la machine...

Autant le dire tout de suite - enfin "tout de suite", après quatre paragraphes ! -, cette version live de Maison Ikkoku est une transposition assez fidèle de l’univers créé par Rumiko Takahashi, mais à l’inverse d’un manga, la mise en scène de Sawai ne recrée pas la dynamique des vignettes ; on peut voir ça comme une envie de donner la part belle aux acteurs, mais au lieu de découper son film à la manière d’une bande-dessinée, il préfère une mise en scène plus aérienne, en nous proposant la plupart du temps de longs plans séquences aux mouvements de caméras très étudiés, propulsant ainsi le spectateur au rang de voyeur malgré lui, s’approchant petit à petit des protagonistes qui l’intéressent. Le résultat, légèrement déroutant au départ - le jeu de Sawai est de filmer de très loin ses personnages et de faire entrer dans le champs de la caméra un premier plan qui montre que la vie continue autour d’eux, sans se soucier de ce qu’ils font -, confère au film un aspect formel plus qu’intéressant, évitant la réalisation "télé" basique faite de champs/contre-champs, Maison Ikkoku n’étant pas un modèle d’action... Si l’impression générale dégagée par le film est, malgré ce parti-pris presque "audacieux", assez classique, l’intervention d’une séquence comédie musicale en plein milieu, chorégraphiée et filmée avec un réel talent, redonne à ce Maison Ikkoku version cinéma un petit côté décalé plutôt bienvenu, et peu convenu !

Hormis donc Mariko Ishihara (Tonda Couple), on retrouve à l’affiche de Maison Ikkoku le jeune Ken Ishiguro (Isola) - qui fait ici ses débuts - dans le rôle de Godai, Masatô Ibu (Oboreru Sakana) dans celui de l’énigmatique Yotsuya, Yumiko Fujita (Futari) quant à elle campe la fêtarde invétérée qu’est Ichinose-san, Yoshiko Miyazaki (Ame Agaru) dans le rôle de la délurée à nuisette Akemi, et enfin, incarnant les deux personnages lunaires de ce film, Hisako Manda (Yatsu Hakamura) dans le rôle de "la femme" et l’immense Kunie Tanaka (Rôningai) dans celui de "l’homme"... Irréels et empreints d’un lyrisme indéniable, ces deux personnages rendent ce film magique... Quant à la musique, si la partition de la série télévisée est signée Kenji Kawai (Kidou Keisatsu Patlabor), celle du film est l’œuvre de... Jô Hisaishi (qui signait la même année la musique de Tenkû no Shiro Laputa de Hayao Miyazaki) !!!

Melting pot plutôt habile du manga (et d’une partie de la série animée), ce Maison Ikkoku live, en dehors de son aspect curiosité, possède un charme, certes désuet, mais bien réel... Un petit film qui se laisse voir avec grand plaisir, entre la comédie naïve, le drame humain et l’objet filmique purement poétique... aussi agréable qu’un matin de printemps ensoleillé.

Kuro | 29.04.2004 | Japon

En VHS (NTSC), chez Tôei Video au Japon.

aka Mezon Ikkoku - Apartment Fantasy Maison Ikkoku | Japon | 1986 | Un film de Shinichirô Sawai | D’après le manga Maison Ikkoku de Rumiko Takahashi | Avec Mariko Ishihara, Ken Ishiguro, Masatô Ibu, Yumiko Fujita, Yoshiko Miyazaki, Hisako Manda, Kunie Tanaka, Hiroshi Fukami, Michiko Kawai, Kojirô Kusanagi, Shuji Otaki, Katsuhasa Nakagaki, Ichirô Arishima, Angela
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Mon deuxième frère
The Tenants Downstairs
Headshot
Désirs volés
Kakera
Shin Kankin Toubo
Marathon
Im Sang-Soo
Locataires
Le Chemin des lucioles
Le Fossé
Chien enragé
Chinese Dinner
Wizard of Darkness
Luna Papa
Protégé
Zatoichi
Departures
Lost Paradise
Dil Se
Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile
Dream of a Warrior
Les Larmes de Madame Wang
Colorful
Guns & Talks
Jugatsu
Born to Kill
The New God