Mansion by the Lake

Et il paraît que c’est un monument... Eh bien, ce n’est pas parce qu’un film est réalisé par l’un des (seuls) représentants du cinéma d’un pays donné que l’on doit immédiatement s’enflammer. Peut-être Lester James Peries a-t-il été un très grand réalisateur. Mais c’était bien avant que je ne sois né... probablement dans les années 50. Si l’on se reporte en ce temps-là, peut-être (je dis bien peut-être) peut-on s’enthousiasmer pour son Mansion by the Lake.

Pour son sujet surtout, ambitieux tant il est difficile d’adapter avec justesse une pièce de théâtre, a fortiori une pièce de Tchekhov. L’histoire de Mansion by the Lake est celle de La Cerisaie : de riches propriétaires terriens reviennent au domaine, quitté quelques années auparavant en période de crise, pour constater que les problèmes sont loin d’être réglés et qu’il va falloir vendre maison et terres. Chez Peries, le Sri Lanka d’aujourd’hui (du moins, on suppose, grâce au contexte politique, qu’il s’agit d’aujourd’hui) remplace la Russie de la fin du XIXème siècle, mais la situation est la même : une mère et sa fille rentrent dans leur propriété des environs de Colombo après un exil de cinq ans en Angleterre, voulu par la mère après le décès de son mari. Elles y retrouvent leur frère et oncle ainsi qu’une sœur adoptive des deux adultes.

Mais si le sujet suscite l’intérêt, son traitement déçoit les espérances. La "petite musique" que l’on a l’habitude de trouver chez Tchekhov, que l’on souhaite l’appeler "âme slave" ou autrement, est présente mais, bien évidemment, distordue, et l’on a bien du mal à s’intéresser au sort des protagonistes, alors que les caractères trempés des personnages du maître russe soutenaient l’attention. Plusieurs explications à cela : d’abord une direction d’acteurs tantôt inexistante, tantôt beaucoup trop dirigiste, quasiment théâtrale. Le résultat en est que le jeu est soit outré soit transparent, en tout cas jamais convaincant. Quant à la réalisation, elle reste extrêmement (et le mot n’est, cette fois, pas usurpé) académique : plans d’ensemble, à mi-distance, ou plans généraux. Des tableaux, pas vraiment vivants, mais pas complètement éteints non plus. Une sorte de demi-monde, un passage dans les limbes, hors du temps. Des âmes perdues.

Et pourtant, la pièce est un véritable essai politique : décrivant, en la décriant, l’accession à la richesse d’une partie jusque-là opprimée de la population, La Cerisaie est le reflet des remous qui commençaient à agiter la société russe, une vingtaine d’année avant la Révolution d’octobre (et une dizaine d’années tout juste avant celle, avortée, de 1905). Certes, Peries place son Domaine à une période troublée de l’histoire récente du Sri Lanka, et les personnages-clés sont bien là, du fils d’ouvrier agricole parvenu à l’étudiant révolutionnaire. Mais réellement, le jeu est trop faible pour donner toute son ampleur au récit.

Malheureusement, la technique n’arrange rien : post-synchronisation catastrophique, couleurs déjà passées, montage cut d’un autre âge. On a parfois bien du mal à supporter l’enchaînement des scènes, la succession de moments creux, le faux rythme qui empêche l’expression du drame.

Décidément, un objet filmique de musée, auquel il faut néanmoins, pour ne pas l’accabler totalement, prêter un certain charme... suranné. Si vous voulez voir Tchekhov adapté de manière un peu plus moderne (quoique assez académique également), allez plutôt voir La petite Lili de Claude Miller.

Lester D. Shapp | 1er.09.2003 | Sri Lanka

Le domaine est sorti sur les écrans français le 27 août 2003.

aka Le domaine | Sri Lanka | 2003 | Un film de Lester James Peries | Avec Malini Fonseka, Vasanthi Chaturani, Sanath Gunatileke, Paboda Sandeepani, Ravindra Randeniya
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