Mar Adentro

Traiter de la mort par euthanasie est un sujet des plus casse-geule. Le genre de ceux qui feraient rebrousser chemin à beaucoup de scénaristes et de cinéastes, heureusement Alejandro Amenabar n’est pas de ceux-là. De plus, aussi dure soit-elle au premier abord, la vie Ramon Sampedro est un sujet à la fois magnifique et bouleversant, dont Amenabar a su retranscrire toute la force et la douleur à l’écran.

Mar Adentro est tiré d’une histoire vraie. Celle de Ramon Sampedro, devenu tétraplégique à la suite d’un accident, et qui s’est battu durant vingt-neuf ans pour le droit à l’euthanasie. La grande force de ce film (enfin, une parmi tant d’autres...) est Javier Bardem : tout comme le réalisateur, cet acteur y est clairement en état de grâce. Au-delà de l’incroyable performance d’acteur que Bardem livre ici, on ne peut s’empêcher de mettre en avant l’abnégation physique dont il fit preuve pour arriver à ce résultat stupéfiant sur grand écran. Passer d’un homme d’une trentaine d’années à un vieillard de près de soixante ans nécessita chaque jour cinq heures de maquillage ; ajoutez à cela l’immobilité totale due au handicap de son personnage. Une attitude qui force le respect et en premier celle du réalisateur : "J’ai déjà dit à Javier plusieurs fois que j’allais lui faire ériger un monument. Il a été l’âme du film. (...) Il ne s’est jamais plaint de quoi que ce soit. Je voulais que les acteurs passent un bon moment pendant le tournage et Javier a largement contribué à créer cette ambiance."

Mais au-delà de la performance d’acteur, ce qui bouleverse encore plus c’est l’histoire de Ramon Sampedro. Jamais l’histoire d’un homme ne désirant qu’une seule chose - à savoir mourir pour mettre fin à son calvaire - n’aura été aussi lumineuse. Car c’est bien là le point le plus ahurissant du film. Malgré son thème très peu enclin à première vue à la bonne humeur, il se révèle être une véritable ode à la vie. Amenabar réussit ici un véritable tour de force, que peu arrivent à se permettre. En effet, sauter de Ouvre les yeux à Les Autres, puis à Mar Adentro, le tout sans jamais faire de faute de réalisation, inspire le respect le plus profond. Faisons simple : c’est la marque des grands.

Un des aspects de l’histoire à ne pas négliger, en dehors de celle de Ramon Sampedro, et qui est des plus bouleversantes elle aussi, est l’histoire d’amour qui unit Ramon à son avocate (Belen Rueda) dont le secret en fait le pendant féminin de Ramon. L’histoire de ces deux êtres que la vie n’a pas épargnés, nous offre un point de vue totalement différent sur les sentiments et tout ce qui compose la vie de personnes actuellement dans la même situation. Le film, de par son thème et les sentiments qu’il aborde, se révèle cruellement d’actualité. Combien de fois un film peut-il vous faire voir la vie différemment en sortant de la salle ? (pas besoin de chercher de nos jours c’est équivalent à une peau de chagrin...). La mort est ici traitée comme un révélateur de la vie et c’est la force du film : à aucun moment il ne sombre dans le sordide pour nous tirer les émotions. La vie de Ramon est un paradoxe dont Amenabar a su se jouer, pour nous faire réfléchir sur la notre et celle de ceux qui nous entoure. Le réalisateur s’explique de cette façon sur le sujet : "Il y avait le paradoxe de Ramon : qu’une personne si pleine de vie et qui s’entendait tellement bien avec les autres soit en quête de la mort. La mort est un thème récurrent dans mes films mais, si Les Autres était un portrait de famille vu sous un angle obscur, du point de vue de la mort, Mar Adentro est une approche de la mort vue sous l’angle de la vie, du quotidien, du naturel, une approche très lumineuse."

Peu après l’affaire de Vincent Humbert et l’acte que sa mère a accompli pour lui, le film de Amenabar vaut mieux que n’importe quel discours. L’expérience est de celles qui restent longtemps dans les mémoires. Javier Bardem a sans doute le meilleur jugement sur le sujet : "C’est une histoire qui parle d’amour et de la résignation à ne pas posséder ce que nous voulons. L’histoire d’une personne dont le seul Dieu est sa conscience, ce qui rend l’homme plus libre et plus humain." Le cinéma n’est pas là que pour faire rêver ou distraire, il est là aussi pour être le témoin de ce que l’on ne veut pas toujours voir, comme le démontre cette scène finale, avec Bardem seul face à nous pendant quelques secondes qui semblent une éternité. Une scène qui, après le long voyage que nous venons de faire avec cet homme, est à la fois belle, émouvante et d’une violence sans commune mesure. Tout comme le précise le titre d’un de ces précédents films, Alejandro Amenabar nous ouvre ici les yeux et parfois c’est salutaire...

Marcus Burnett | 2.02.2005 | Hors-Asie

Mar Adentro sort sur les écrans français le 2 février 2005.

Espagne | 2004 | Un film de Alejandro Amenabar | Avec Javier Bardem, Belen Rueda, Lola Duenas, Mabel Rivera, Celso Bugallo, Clara Segura
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