Marlina, la tueuse en quatre actes

Au moment où une rétrospective est consacrée à Sergio Leone à la Cinémathèque, son influence continue de se faire sentir par delà les années et les continents. Epigone du cinéaste italien, la réalisatrice indonésienne Mouly Surya filme aussi des personnages perdus dans l’ampleur d’un CinemaScope embrassant un paysage jauni par le soleil. Elle donne à son film un air de western, que vient renforcer l’histoire et sa musique – très réussie - aux accents morriconiens.

Marlina a durement été éprouvée par la vie, elle a perdu son petit garçon et porte maintenant le deuil de son mari. La voyant ainsi isolée, un groupe de sept hommes, dirigé par le vieux Markus, arrive chez elle avec l’intention de lui voler de son bétail et de la violer. Ils exigent aussi être nourris et logés. Mais la vengeance est ici un plat qui se mange chaud et elle empoisonne quatre des agresseurs avec une soupe de poulet. Le cinquième a le droit à une fin plus sanglante. Elle décide ensuite de se rendre au commissariat le plus proche pour porter plainte, mais deux des voleurs ont échappé à son ire et rodent dans les environs.

Aucune aide n’est à espérer du côté des hommes. Ils sont ici soit absents au moment où on a le plus besoin d’eux, inutiles ou criminels. La scène où elle attend que les policiers aient fini leur partie de ping-pong pour prendre sa déposition prêterait à rire si Marlina n’avait pas fait tout ce chemin pour dénoncer un crime.

Dans ce monde où le patriarcat est roi, Marlina ne peut compter que sur la solidarité féminine. Et les habitantes de cet endroit semblent l’apprendre depuis leur plus jeune âge. Tous les âges de la vie sont représentés : de la fillette portant le même nom que son fils, à sa voisine Novi enceinte en passant par la femme plus âgée, qui transporte le dernier cheval nécessaire pour la dot de son neveu.

Marlina, la tueuse en quatre actes n’est pas une histoire de vengeance en tant que telle, même si celle-ci est centrale à l’histoire, mais plus de survie. La cinéaste fait appel à quelques effets gore, mais fait preuve dans le reste du film d’une retenue toute féminine dans le traitement des mésaventures de son héroïne.

Le CinemaScope dans lequel la réalisatrice noie parfois ses personnages met aussi en évidence la solitude dans laquelle ces femmes se trouvent. Un isolement physique - la maison de Marlina a été construite dans une campagne semblant inhabitée et quasi-désertique -, mais aussi social. Elle est seule depuis le décès de son mari et le mari de Novi est parti travailler au loin alors même que sa grossesse arrive à terme.

La très belle utilisation du Cinemascope par Mouly Surya et son directeur de la photographie, Yunu Pasolang, est magnifiée par la lumière et le soleil. Ils nous font ressentir l’omniprésence du soleil à l’extérieur tandis que les clairs-obscurs dominent à l’intérieur de sa maison et instillent la tension dramatique. Pour résumer, Marlina, la tueuse en quatre actes est une œuvre visuellement splendide.

Kizushii | 15.11.2018 | Indonésie

Marlina, la tueuse en quatre actes est disponible en version collector dans un combo Blu-ray/DVD chez Spectrum Films.
Remerciements à l’éditeur.

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