Mayonaka no Yaji-san Kita-san

I wanna be your fuck aka "road-jidaigeki gay aux allures de bad trip anachronique".

Yajirobei et Kitahachi forment un couple heureux et paisible sous l’ère Edo... mais tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraît ; Kita, acteur au chômage, souffre d’un grave problème d’addiction aux drogues dures ; quant à Yaji, désoeuvré patenté, il est sujet à d’innombrables hallucinations qui le font lentement glisser vers la folie. Kita avoue à Yaji qu’il ne comprend plus la réalité... Mais un beau jour, ils reçoivent un flyer provenant du temple d’Ise, sur lequel on peut lire : "la réalité est ici !". Il n’en faut alors pas plus à nos deux héros pour se décider à partir sur les routes du Japon afin de donner un sens à leur vie...

Kankurô Kudô ; si ce nom ne vous dit rien, il en est tout autre au Japon où Kudokan est devenu en une poignée d’années le plus digne représentant de la jeunesse nippone actuelle. Acteur, comique, musicien, mais surtout scénariste précoce, il se fait remarquer en 2000 en signant l’adaptation télévisée des romans de Ira Ishida, Ikebukuro West Gate Park... commence alors son ascension fulgurante dans ce que l’on nomme désormais le nippon new mainstream, travaillant régulièrement avec ses représentants les plus doués, le génial Yukihiko Tsutsumi en tête. Tout ce qui tombe entre les mains de Kudokan se transforme en or ; ainsi, ses adaptations de Ping Pong, Go ou encore Kisarazu Cat’s Eye deviennent des hits instantanés au box office local. C’est donc tout naturellement que le jeune homme né en 1970, se voit donner carte blanche lorsqu’il décide de passer derrière la caméra pour son premier long-métrage ; l’adaptation du manga culte de Kotobuki Shiriagari...

...paru pour la première fois dans le mensuel Comic Beam au mois de décembre 1997, Yajikita in DEEP est un manga relativement difficile à classer dans une catégorie bien précise. Non-sensique à outrance, drôle, gore, ouvertement sexuel, historique, anachronique, sans parler du trait de Shiriagari, d’un dynamisme inouï et unique, Yajikita pourrait être comparable à une sorte de Philémon [1] sous speed. Empruntés à la littérature nippone, Yaji et Kita, sortes de Sancho Panza de l’ère Edo, sont ici détournés de leur aventure originelle [2] pour se retrouver dans un monde où le non-sens prime, propulsés dans un maelström graphique onirique et cauchemardesque...

...au premier abord, ce Mayonaka no Yaji-san Kita-san est une sorte de melting-pot de tout ce dont est capable Kudokan ; on y retrouve son goût pour le non-sens exacerbé, un scénario à divers degrés de lecture, un univers totalement barré... mais il s’agit avant tout d’une vitrine du Geinoukai -le monde du spectacle nippon- le plus hype et branchouille de ce new mainstream, où l’on retrouve une bonne partie de la "famille" de Kudokan, dont un Riki Takeuchi grandiose, devenu culte auprès de la jeunesse, notamment grâce à la chanson de Gurupu Tamashii -le groupe punk-rock de Kudokan [3] -, "Takeuchi Riki", ode à l’acteur au refrain entêtant, donnant à Yajisan Kitasan des allures de film de potes... Faire un résumé clair et précis du film paraît tenir de l’impossible, tant les ressorts sont nombreux, les personnages et leurs relations (la femme de Yaji-san...) suffisamment denses, sans parler des nombreuses références historiques, ou relevant parfois de la culture sous-jacente actuelle, qui font de Yajisan Kitasan un film purement japonais, difficilement traduisible (et exportable) hors du contexte de l’archipel.

...mais sous ses aspects de film branché dédié à la jeunesse nippone, Yajisan Kitasan se révèle bien plus "profond" (tout est relatif je vous l’accorde) qu’il n’y paraît ; fable onirique couplée à un road-movie initiatique, pour son premier long-métrage Kudokan y développe des thèmes qui lui sont chers, de l’amitié en passant par l’amour, ou le dépassement de soi, il transforme volontiers son ovni filmique en une réflexion sur les relations qui lient les êtres humains, et en profite pour tisser un portrait de la jeunesse nippone en filigrane, tout en parvenant à faire croire que son film n’est qu’une pochade non-sensique... Composé en chapitres (Warai no Yado, Yorokobi no Yado, Uta no Yado, Oh no Yado...), Mayonaka no Yaji-san Kita-san voit ses héros évoluer, épreuve après épreuve. Eux qui finiront par ressortir grandis de ce long voyage semé d’embûches et de tentations qu’est la vie, vont apprendre à faire des choix, mais aussi à comprendre l’autre, et par là même, se comprendre soi-même...

...bon, mais en dehors de ça, Yajisan Kitasan reste un divertissement jouissif et énorme, voire carrément "hénaurme", où nos Geinoujin locaux s’éclatent sous la direction d’un réalisateur "débutant" mais infiniment talentueux, assurément un futur grand s’il ne se perd pas dans cette notoriété excessive qui caractérise toutes les modes... Slalomant allègrement entre le road-movie, la comédie musicale, la farce burlesque non-sensique, le film d’amour, le buddy-movie, et n’hésitant pas à flirter avec un lyrisme indéniable, Mayonaka no Yaji-san Kita-san offre au spectateur plus de deux heures d’un bonheur cinématographique bien plus maîtrisé qu’il n’y paraît, parvenant à laisser dans son esprit un goût de nostalgie à l’idée de quitter tout ce petit monde gentiment déjanté... mais ô combien humain.

Kuro | 16.05.2005 | Japon

En salles au Japon depuis le 2 Avril...

Site officiel :
- http://yajikita.com

Site officiel de Kotobuki Shiriagari :
- http://www.saruhage.com/

[1Créé par Fred, certainement l’une des plus grandes BD jamais créée.

[2Tokaidochu Hizakurige de Jippensha Ikku, paru en 1802.

[3Kudokan en est le guitariste, et l’excellent acteur Sadao Abe, le chanteur.

aka Mayonaka no Yajisan Kitasan - Yajikita - Yajisan Kitasan | Japon | 2005 | Un film de Kankurô Kudô | D’après les manga Yajikita in DEEP et Mayonaka no Yaji-san Kita-san de Kotobuki Shiriagari | Avec Tomoya Nagase, Shichinosuke Nakamura, Sadao Abe, Eiko Koike, You Emoto, Aiko Morishita, Ryo Iwamatsu, Riki Takeuchi, Arata, Tomomitsu Yamaguchi, Susumu Terajima, Kumiko Asou, Yumi Shimizu, Yoshiyoshi Arakawa, Kankurô Nakamura, Katsuhisa Namase, Suzuki Matsuo, Nao Ômori...
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