Metropolis

Metropolis, un film très 11 septembre...

Longtemps que l’on attendait cette revisite du classique de Fritz Lang, réalisée par Rin Taro et supervisée par Otomo. Mais l’attente s’est finalement avérée nécessaire car c’est d’une œuvre somptueuse et époustouflante dont les deux maîtres nippons ont accouché. Sans aller jusqu’à égaler Mononoke Hime ou Magnetic Rose, premier volet de Memories, Metropolis parvient quand même à nous accrocher pendant deux heures, sans nous perdre un seul instant dans son univers à la fois futuriste et terriblement rétro, à l’image du chef-d’œuvre expressionniste allemand de 1927.

Même s’il en reprend les thèmes majeurs, le Metropolis de Rin Taro n’est pourtant pas une simple transposition du film de Fritz Lang. Dans un futur aux accents visuels et sonores des années 30, nous suivons l’enquête menée par le jeune Kenichi et son oncle sur l’incendie d’un laboratoire occupé par un mystérieux savant. Leur investigation nous fait ainsi visiter la ville sur ses différents niveaux, véritables strates sociales des différentes époques sur lesquelles s’est construite l’actuelle cité. Et à mesure qu’ils progressent, nous découvrons avec eux les conflits politiques qui animent la ville en secret, ainsi que les marques et les manques psychologiques de la cellule dirigeante, le tout évoluant bien évidemment vers une conclusion en renaissance, thème déjà abordé dans les précédents scénarios d’Otomo.

Ce talent d’écriture dont dispose Otomo s’exprime en premier lieu dans cette relecture inspirée de l’univers décrit par Fritz Lang. Il a réussi à conserver différents aspects originaux, comme le personnage central du robot et l’ambiance 1930, tout en y incorporant ses thèmes de prédilection ainsi qu’une influence moderne très nette. Par ailleurs, il parvient à entremêler plusieurs intrigues, de nature différente, sans que l’une d’elles ne paraisse creuse comparée aux autres. En outre, la jonction obligée de celles-ci, lors d’une scène silencieuse sur les marches enneigées de la tour, est particulièrement réussie, et même si Otomo n’égale pas le talent d’aiguillage d’un Paul Thomas Anderson, je ne peux m’empêcher d’admirer ce genre d’exercice tant il me semble difficile.

Le mixage des différentes époques n’est pas uniquement présent dans l’histoire ; il est également porté par le visuel et la musique. Le design des personnages, librement inspiré d’Osamu Tezuka contraste à merveille avec les images de synthèse particulièrement visibles qui représentent la ville, notamment lors du final. De même, la musique jazz Nouvelle-Orléans se marie parfois avec des motifs rythmiques électroniques, ce qui donne une impression rétro-futuriste des plus efficaces. Enfin, le choix de Ray Charles lors de la scène finale d’explosion est des plus osées et résume à lui seul l’effet que produit Metropolis sur le spectateur : soit il est unanime et impressionné par le film d’animation qu’il vient de voir, soit il n’est pas entré dedans et trouve ça complètement nul.

L’effet de la symbiose d’Otomo et de Rin Taro se ressent dans l’interactivité du spectateur, mais ce genre de réactions bipolaires prouve bien que l’on est en face d’une œuvre puissante à découvrir. James Cameron, le nouveau spectateur-roi du manga, vous le conseille de toute façon alors il n’y a plus à hésiter.

J-Me | 19.09.2002 | Japon, Animation

Metropolis est disponible en DVD zone 1 sous-titré anglais (avec un mini-disque de suppléments), ou alors en DVD zone 2 japonais - sans sous-titres.
Du côté du soleil levant, deux éditions : l’une "mono-disque", standard ; l’autre sous forme d’un box avec un disque bourré de bonus, un art-book, et un livre reprenant l’intéralité du - magnifique - storyboard du film. Avis aux fétichistes...

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