Mi Mejor Enemigo

Nous en sommes en 1978, et le Général Gustavo Leigh, l’un des trois compatriotes qui ont aidé Augusto Pinochet à prendre le pouvoir au Président Allende en 1973, est tombé en disgrace aux yeux du dictateur. En cette fin d’année, le Chili dispute à l’Argentine la possession de trois îlots au sud du continent américain. L’agitation militaire est à son comble, et nombreux sont ceux appelés au front, au cas où. Le soldat Rodrigo Rojas fait partie de ces hommes, appelés en pleine période de tension. Au côté de quatre autres soldats, appelés ou professionnels, sous les ordres du sergent Ferrer, Rojas fait route vers le sud, afin de s’installer à un endroit clé de la frontière et servir d’éclaireur. En plus de cette mission d’avant poste, chaque chilien doit, si possible, abattre cinq argentins. En cours de route les hommes se perdent dans la pampa, leur boussole hors-service suite à une maladresse. Incapables de savoir où ils sont, ils reçoivent l’ordre de creuser une tranchée et de maintenir leur position. Les choses se compliquent quand, au détour d’un appel de la nature, l’un des hommes se rend compte qu’un groupe de soldats argentins est posté à quelques mètres d’eux. Aucun des deux groupes ne sait s’il se trouve du bon côté de la frontière. Et cette guerre, qui n’en termine pas de ne pas commencer... Contre toute attente, les ennemis potentiels deviennent camarades d’infortune, dans un climat ambigu où se confrontent humanité et patriotisme.

La 27ème édition du Festival des 3 Continents, bien lotie en films asiatiques, aura surtout été pour moi une révélation : celle du cinéma chilien. Avec le très beau Play tout d’abord, puis avec Mi Mejor Enemigo. A l’instar du cinéma espagnol, le cinéma chilien dessine en effet au travers de ces deux films très différents, une propension à conserver le meilleur de deux mondes : la beauté et la mécanique du cinéma grand public intelligent à l’américaine, et l’identité de son pays. Pas question d’exception chilienne ici non, n’en déplaise à une certaine « élite » intellectuelle, mais simplement d’un véritable savoir-faire cinématographique, pas tant « à la manière de » que « aussi bien que ». Il serait peut-être temps que le cinéma français parvienne à se faire remarquer de la même façon sur la scène internationale, mais c’est une autre histoire...

Mi Mejor Enemigo donc, possède un peu de JSA, mais aussi plus près de nous, de Joyeux Noël. Est-ce une coïncidence que des scénaristes et réalisateurs du monde entier décident, à quelques années d’intervalles, de porter sur écran des histoires similaires, d’amitiés improbables en tant de guerre ? J’avoue que la réponse ne m’intéresse pas vraiment ; ce qui me surprend finalement - naïvement peut-être - c’est que de tout temps et dans chaque guerre, au cœur de chaque conflit, de telles histoires d’amitié, forcément éphémères, aient pu se dérouler, aux quatres coins du globe. On en viendrait presque à douter que l’Homme soit foncièrement mauvais. Pourtant...

L’homme n’est peut-être pas foncièrement mauvais, c’est même certain, mais sa peur le rend souvent suffisament stupide pour qu’il en laisse l’impression. C’est la conclusion de chacune de ces histoires, où l’individu ne parvient jamais finalement, à prendre le dessus de l’impersonnelle et globale figure de la guerre, et de la peur de l’autre qu’elle véhicule. L’essentiel de la trève racontée ici, est donc le condensé d’humanité qu’elle parvient à mettre en scène, confrontant envies et craintes d’une poignée de soldats pour raconter l’histoire d’un gachis, qui est toujours celui de la guerre, qu’il y ait une ou des milliers de victimes. Alex Bowen l’a bien compris et Mi Mejor Enemigo, au cours de ce sursis historique d’une guerre qui n’a jamais vraiment eu lieu (grâce à l’intervention in extremis du Pape), développe des moments altruistes, drôles (la guerre d’affection pour un chien trouvé par Rojas dans une ferme abandonnée) et pertinents, comme ce très symbolique match de foot qui oppose les soldats chiliens, remontés, aux argentins (qui cette année-là, ont remporté la Coupe du Monde). Un passage obligé en quelque sorte, qui laisse rêver quant aux possibilités des peuples, de s’affronter un jour au travers dus port plutôt qu’au travers des armes.

Mais en dépit des meilleurs volontés, qui sont ici globalement présentes, c’est bien entendu impossible : tant que la crainte aura une prise sur nous, pauvres humains que nous sommes, il y en aura toujours un pour appuyer, sans raison valable, sur la gâchette et mettre le feu aux poudres. La conclusion est amère mais n’empêche jamais Mi Mejor Enemigo d’être divertissant et émouvant, d’autant que sa mise en scène et son interprétation sont globalement impeccables. Un film qui fait ressentir, réfléchir et nous apprend beaucoup, sur les autres et nous-même : c’est bien là la trace d’un cinéma grand public de qualité, bien pensé et maîtrisé.

Mi Mejor Enemigo a été présenté en compétition officielle lors de la 27ème édition du Festival des 3 Continents à Nantes.

Chili / Argentine | 2005 | Un film d’Alex Bowen | Avec Nicolás Saavedra, Erto Pantoja, Felipe Braun, Miguel Dedovich, Juan Pablo Miranda, Fernanda Urrejola, Andrés Olea, Jorge Román, Pablo Valledor
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