Misty

Rashômon, ça vous dit quelque chose ?...

Masago, une petite fille, voit sa mère sauvagement assassinée par un jeune voleur masqué. L’enfant tente, à l’aide d’un miroir laissé par sa mère, d’aveugler le brigand afin qu’il se noie dans les marécages, mais il parvient à s’échapper. Masago arrive à discerner une marque de naissance formant un lézard sur la main de ce dernier...

Dix-neuf années se sont écoulées depuis. Masago est la fiancée d’un jeune samurai de bonne famille, Takehiro. Alors qu’ils sont tous deux en route vers la capitale afin d’y célébrer leur union, ils sont victimes d’un groupe de jeunes bandits qui leur volent leurs affaires, mais surtout le miroir que Masago gardait bien précieusement...
Tajomaru, un brigand, entend les soupirs amoureux d’une femme venant de la forêt...
Le lendemain, Takehiro est retrouvé mort au pied d’un arbre, le coeur transpercé par un sabre...

Au-delà du simple remake, Misty est plutôt une vision fantasmagorique de Rashômon, tout droit sortie d’un rêve. Mais il y a surtout un adjectif qui caractérise parfaitement ce film : Sensuel. A partir de là, le film de Kenki Saegusa s’éloigne intelligemment du chef-d’œuvre de Kurosawa...

Tout comme son prédécesseur filmique (lui-même inspiré de deux nouvelles d’Akutagawa, Yabu no Naka et Rashômon), Misty joue sur les différents degrés de perception d’un même évènement, à travers les témoignages de plusieurs personnes... mais ici nul question d’un bûcheron, d’un moine ou encore d’un espion de la police. Les trois "témoins" de la mort du samurai sont sa fiancée, Masago, le brigand accusé de viol et de meurtre, Tajomaru, et Mimizu, l’enfant qui a volé le miroir de la jeune femme. Misty joue donc sur l’objectivité de ses personnages, plus ou moins impliqués dans cette histoire. Une objectivité toute relative, puisque des sentiments entrent en jeux... dès lors, une objectivité sincère ne peut que devenir subjective...

Tajomaru est donc accusé du viol de Masago et du meurtre de Takehiro... les flash-backs vont s’enchaîner les uns après les autres, nous offrant différentes facettes de nos personnages ; Masago qui passe de l’état de manipulatrice-meurtrière à celui de victime et Tajomaru, tortionnaire ou amant sensible... difficile de se faire une idée de ce que fût la réalité. Mais peut-être plus qu’autre chose, Misty est un film sur la séduction ; "séduction" des juges interrogateurs, mais aussi séduction "amoureuse", charnelle, sexuelle entre Masago et Tajomaru... du moins dans une certaine mesure, puisque l’horrible et l’innommable les côtoient...

...Masago qui sait qu’elle va être violée, supplie Takehiro, attaché et ne pouvant intervenir, de fermer les yeux afin d’imaginer (!) qu’ils font l’amour ensemble... une scène difficile...

...mais entrer de plein pied dans l’histoire de Misty serait certainement une erreur, et mieux vaut rester évasif pour ne pas desservir le film...

Avant tout, Misty est un film aux allures de fantasme, tantôt cauchemardesque, tantôt féerique. Fantasme car fantasmé, imaginé par ses différents protagonistes, il ne s’analyse pas mais se ressent... En effet, difficile de savoir où l’on se trouve à quel moment ; sommes-nous dans un rêve, dans un flash-back, dans la réalité ? Le spectateur est enivré par des images sublimes qui le transportent dans un monde peuplé d’humains aux allures de fantômes, où les arbres semblent contempler, où la nature s’érige en juge de l’humanité... Misty est un film hanté, un film habité par un étrange sentiment, difficile à décrire...

L’interprétation n’a pas à rougir devant la beauté formelle que dégage la magnifique photographie du film ; Takeshi Kaneshiro (Chunking Express, Lost & Found, Space Travelers), acteur d’origine nippo-taiwanaise qui signe ici son premier film japonais, parvient à insuffler l’émotion qu’il faut à son malheureux personnage de Takehiro. Tajomaru quant à lui, est interprété par l’excellent Etsushi Toyokawa (Love Letter, Yatsu Hakamura, Kao) qui prouve encore une fois qu’il est l’un des acteurs les plus complets du pays du soleil levant. Mais c’est surtout la belle et talentueuse Yûki Amami (Kuro no Tenshi vol.2, Inugami, Rendan) qui en prêtant ses traits à Masago, donne à son personnage une certaine nonchalance mélancolique couplée à une force indicible...

Film totalement atypique, Misty parvient à se démarquer brillamment de son illustre prédécesseur pour nous offrir un spectacle onirique et envoûtant...

Kuro | 9.12.2002 | Japon

DVD (Japon -pas vu) | Pony Canyon | Zone 2 - NTSC | Format : 2.35 - 16/9 | Suppléments : Le trailer.

Ce DVD ne comporte pas le moindre sous-titre.

A Hong-Kong en VCD sous-titré (chinois/anglais) et au format (2.35) chez Asian Video Publishing en association avec Edko Video Ltd.

aka Misuti | Japon | 1996 | Un film de Kenki Saegusa | D’après le conte Yabu no Naka de Ryunosuke Akutagawa et le film Rashômon d’Akira Kurosawa | Avec Yûki Amami, Etsushi Toyokawa, Takeshi Kaneshiro
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