Mohouhan
aka Copycat Killer - Mohôhan - Moho Han - The Copycat | Japon | 2002 | Un film de Yoshimitsu Morita | D’après le roman écrit par Miyuki Miyabe | Avec Masahiro Nakai, Kanji Tsuda, Tsutomu Yamazaki, Takashi Fujii, Yoshino Kimura, Misaki Itou, Junnosuke Taguchi, Eiko Koike, Youko Fujida, Yasufumi Terawaki, Morôka Moro, Kenichi Katsura, Shirou Satou, Kumi Nakamura, Asa Furuta, Saori Yuki, Bakushyomondai (Yûji Tanaka et Mitsuru Ôta), Eriko Satou, Shigemitsu Kogi, Puffy (Ami Ônuki et Yumi Yoshimura), Senriko Sakashita, Hanako Yamada
Mohouhan

Le leader de SMAP dirigé par Morita dans un thriller expérimentalo-mainstream aux allures de cache-cache névrotique dont la toile de fond serait les médias ?! Chronique d’un chef-d’œuvre inopiné...

Tôkyô. Un bras féminin est retrouvé dans un sac à dos, gisant au milieu d’un parc. Le témoin de cette macabre découverte, est un jeune homme dont la famille entière a été massacrée... Yoshio Arima, un artisan fabricant de tofu, vit seul avec sa fille, - très - perturbée psychologiquement par le départ de son mari, et sa petite-fille Mariko, jeune femme d’une vingtaine d’années. Tout va pour le mieux, lorsqu’une nuit, sa mère et son grand-père s’inquiètent de ne pas la voir rentrer, alors que cinq heures auparavant elle avait passé un coup de fil pour prévenir de son arrivée imminente... Shigeko Maehata, une journaliste-écrivain spécialisée en criminologie, doit écrire sur le jeune homme rescapé du massacre ; elle et son mari vont le recueillir chez eux...

Pendant ce temps, le mystérieux meurtrier se fait "connaître" en piratant les ondes télévisuelles de tout le Japon ; il y parle en plusieurs langues, et y lance des défis à la police et à la population. Puis, son jeu machiavélique va passer un cran au dessus ; il programme un meurtre qui sera retransmis en direct sur le câble et les téléphones portables d’une société privée - à laquelle il demande de verser 5% de ses bénéfices hebdomadaires à l’UNICEF et 1% aux associations censées éradiquer les mines... Yoshio Arima, dont la petite fille est la première victime du criminel, accuse ce dernier d’être un lâche, uniquement capable de s’attaquer à de pauvres jeunes femmes. Commence alors entre les deux hommes un jeu très dangereux qui mettra à l’épreuve le désespoir de l’un et le génie machiavélique de l’autre, prêt à tout pour réaliser son "chef-d’œuvre" macabre...

Certes, ce résumé peut paraître quelque peu confus... et pourtant j’ai volontairement omis tout un pan de l’histoire de Mohouhan, thriller génial et complexe tout droit sorti de l’imagination de Miyuki Miyabe...

...combien de films sont de simples retranscriptions de romans, n’apportant souvent rien à l’œuvre originale ? Pléthore ! Oui mais c’était sans compter avec le génie cinématographique de Yoshimitsu Morita - qui ne fait désormais plus aucun doute pour moi ! - qui en signe l’adaptation scénaristique, en même temps que la mise en scène.

S’il est bien un qualificatif qui n’est pas usurpé pour désigner Mohouhan, c’est "génial"... Dans le paragraphe précédent, je vous disais avoir délibérément délaissé une partie de l’histoire, et ce, uniquement par soucis de ne rien dévoiler (là où certains ne se gêneront certainement pas !). Allez si, juste une petite fuite : l’instigateur de ces funestes réjouissances se prénomme Peace...

Le film pose un bon nombre de questions... qu’il laisse parfois en suspens. Critique évidente du rôle des médias, il fait avant tout le procès d’une société consumériste qui se délecte de real TV et autres déchets télévisuels ; une séquence du film, très éloquente, montre la foule se ruer vers les écrans gigantesques disposés un peu partout dans Tôkyô ou tenter nerveusement, avec une excitation non dissimulée, quasi-jubilatoire, de se connecter à leurs portables quelques minutes avant l’heure du crime live... pourquoi Peace cherche-t-il à créer "une œuvre", aussi sordide soit-elle ? Tout simplement par désir de reconnaissance. Une reconnaissance qui ne peut que passer par les médias, afin de toucher le grand public, cible si convoitée... ce qui nous renvoie directement à cet OFNI qu’est Mohouhan...

Mohouhan est - selon moi - de ces rares films à concilier l’expérimental et le mainstream, tout comme en leurs temps des chef-d’œuvres tels le japonais Taiyô wo Nusunda Otoko (Kazuhiko Hasegawa /1979) et l’américain Dawn of the Dead (George A. Romero /1978) mélangeaient allègrement auteurisme et blockbuster... La mise en scène de Yoshimitsu Morita déborde de trouvailles et d’idées toutes plus géniales les unes que les autres... un véritable régal pour les yeux vous dis-je !... bon, quand j’emploie le terme "expérimental", on n’a pas spécialement l’impression de se trouver devant du Norman McLaren, mais Morita parvient à insuffler à son film un côté totalement barré et quasi-irréel, à mille lieues des contraintes imposées par un studio - en l’occurrence ici, la Toho -, expérimentations déjà abordées dans ses précédents films, dont l’excellent polar 39 - Keihô Dai Sanjûkyu Jô, trois ans auparavant.

L’un des aspects les plus étonnant de Mohouhan, vient de son casting... Pour qui connaît ou s’intéresse un tant soit peu au merveilleux monde (oui !) des artistes nippons, il peut sembler étonnant que Morita ait confié certains rôles à certaines personnalités ; effectivement, sur papier, Mohouhan avait tout pour être un film comique ! Takashi Fujii (comique-chanteur), les Bakushyomondai (un duo de manzai très connu), Eiko Koike (du collectif Urinari)... sans parler de Peace, interprété par Masahiro Nakai. Le leader du mythique groupe SMAP [1] offre ici une prestation digne des plus grands, et n’a à rougir devant personne. Nakai en véritable comédien, est totalement méconnaissable pour qui connaît ses facéties télévisuelles (type Smap X Smap)... il est tout bonnement époustouflant !

Que reste-t-il à vous dire ? Tant de choses en fait... le mieux que l’on puisse faire avec un film de l’acabit de Mohouhan est de se délecter ; se délecter d’un spectacle enivrant, hypnotique, dont la mise en scène n’a d’égal que le talent d’un réalisateur génial imprégné de l’univers d’un écrivain talentueux, le tout transcendé par une distribution sans faille et une musique qui, aussi étrange soit elle, magnifie les images d’un film qui n’est rien d’autre qu’un chef-d’œuvre... vous en doutiez encore ?

Kuro, le 3.02.2003 | Japon

DVD (HK) | TimeSmart Media Limited | NTSC | Zone 3 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Un transfert anamorphique de toute beauté ! | Son : Excellente stéréo aux basses profondes. | Suppléments : 2 trailers... et c’est tout !

Ce DVD contient des sous-titres optionnels anglais et chinois.

DVD (Japon - pas vu) | Toho | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Son : Contient une piste encodée en 5.1 | Edition spéciale qui contient un deuxième DVD comprenant près de 90 minutes de suppléments... malheureusement, pas de sous-titres anglais !

La musique du film signée Michiru Oshima (générique de Takahashi Taku de m-flo) est disponible en CD (réf. CPC8-3050).

Site Officiel: http://mohouhan.yahoo.co.jp

[1] Sport Music Assemble People (Masahiro Nakai, Kimura Takuya, Goro Inagaki, Tsuyoshi Kunasagi et Katori Shingo - Katsuyuki Mori ayant quitté le groupe en 96 pour devenir pilote moto).

Signé Kuro - du même auteur...
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