Mother India

Mère courage et ses enfants.

Mehboob Khan, réalisateur surtout connu pour son goût pour les péplums à l’image de Mangala, fille des Indes - improbable croisement des films de Vincente Minelli et d’Eroll Flynn - ou encore Humayun, livre avec Mother India un péplum moderne. Un monument du cinéma indien comme Autant en emporte le vent l’est pour le cinéma américain.

Si l’on s’en tient à la définition de base d’un péplum, c’est-à-dire une épopée historico-légendaire à grand spectacle, Mother India s’inscrit clairement dans cette tradition. 10 ans après l’indépendance de l’Inde - le film date de 1957 -, Mehboob Khan nous livre sa vision mythologique de la naissance de l’Inde moderne.

Les premières images du film montrent une vieille femme dans un champ, prenant dans ses mains de la terre qu’elle élève au-dessus de sa tête. Si le titre n’était pas assez explicite, Mehoob Khan assimile en quelques images cette femme à la terre nourricière, et par extension à l’Inde. Dans le champs de la caméra, un tracteur fait son apparition, une caméra qui sort du champs pour montrer les succès de l’Inde moderne : les centrales électriques, les routes...

Pourtant, pour en arriver là que de difficultés ont du être affrontées. Mehboob Khan les retrace au travers du destin de cette femme, Radha, interprétée par une des grandes actrices de l’époque, Nargis. Un flash back nous ramène peu avant son mariage, pour lequel son mari va s’endetter auprès de l’usurier du village. Pêché originel qui va l’obliger à s’échiner sur sa charrue jusqu’à sa quasi-destruction. Désormais seule, elle doit élever ses deux enfants, faire face à ses engagements auprès du shylock local, mais également aux désastres naturels qui provoquent des famines.

Le réalisateur n’hésite pas à mélanger plusieurs genres. On reconnaîtra dans ce film quelques emprunts au cinéma soviétique. En particulier, cette scène où Radha aidée par ses enfants en bas âge, tire à bout de bras sa charrue. Les angles de prises de vue ont pour but de mettre en valeur ses efforts, et renvoient à des affiches de propagande soviétiques ou chinoises en mouvement. Toutefois, la touche hindi est bien présente, des boeufs labourant la terre remplacent simplement les danseuses dans un bien étrange ballet !

Film social oui, mais également distrayant, Mother India s’éloigne d’un certain réalisme social avec de nombreuses scènes tournées en extérieur, pour rejoindre le cinéma d’aventure dans des scènes tournées en studio. La dernière partie du film est centrée sur la révolte du fils de Radha qui, chassé du village en raison de son comportement non conforme aux usages, devient un bandit. La caractérisation outrancière de ce fils rebelle dès son plus jeune age offre les scènes les plus hilarantes du film.

Le film offre également une lecture politique. L’usurier représente l’ "impérialiste" anglais qui a entravé le développement de l’Inde ; quant au mauvais fils, il s’agit bien sûr du pakistan issu du Raj britannique.

Le film a drainé les foules en Asie, Afrique et ex-URSS et connaît toujours le succès en Inde. Mother India est un film flamboyant, hors norme, à découvrir.

Mother India a été diffusé dans le cadre de la rétrospective Vous avez dit "Bollywood" ? à Beaubourg, et est disponible notamment en DVD All Zone indien chez Dei.

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