Mourning

Deux films iraniens dans la compétition au Festival du film asiatique de Deauville, du jamais vu. Y-aurait il un effet La Séparation, le film d’Asghar Farhadi, qui a rencontré un important et inattendu succès public en France et dans le monde ? Certainement. Paradoxalement, la plus grande place accordée à cette cinématographie intervient au moment où les réalisateurs n’ont jamais eu aussi peu de liberté pour faire leur travail. Mais ne boudons pas notre plaisir d’un choix plus diversifié.

Sharareh et son mari Kamran prennent la route de Téhéran avec Arshia, le fils de sa sœur qui est décédée avec son mari dans un accident de voiture au cours de la nuit précédente. Ils s’étaient disputés puis avaient quitté la maison de Sharareh en laissant derrière eux leur fils. Au cours de ce trajet émaillé d’incidents, Sharareh et Kamran, logiquement perturbés par ce malheur, se disputent au sujet du futur d’Arshia. Doivent-ils s’occuper de l’enfant, alors même qu’ils avaient fait le choix de ne pas avoir un en raison de leur handicap, ou laisser cette charge à un autre membre de la famille ? Ils doivent aussi apprendre la terrible nouvelle à leur neveu qui écoute son lecteur MP3 sur la banquette arrière.

Mourning est un 4x4 movie : la majorité des scènes se déroule dans la voiture. Le couple qui se dispute à l’avant du véhicule est filmé par une caméra fixée sur le capot avant de la voiture. Ce dispositif est proche de celui adopté par Abbas Kiarostami dans Le Goût de la cerise et 10. Rien de surprenant à cela, Morteza Farshbaf a suivi l’enseignement du maître, dont il a aussi emprunté l’approche réaliste.

Ce premier film se distingue par sa maîtrise, notamment au niveau plastique et par les nombreuses bonnes idées de mise en scène. Le spectateur est au début du film intrigué par l’écran pratiquement noir. Il distingue peu à peu une forme allongée, pendant que les voix de deux adultes en train se disputer se font entendre avant qu’ils ne quittent les lieux en voiture. Les phares illuminent alors la forme qui s’avère être l’enfant du couple. Dans la séquence suivante, des sous-titres semblent rapporter la conversation entre deux adultes pendant que l’écran est occupé par un 4x4 qui circule dans une campagne iranienne très joliment cadrée. A plusieurs occasions, le jeune réalisateur iranien parvient ainsi à prendre par surprise le spectateur, à l’intriguer même s’il raconte une histoire simple.

Morteza Farshbaf est aussi arrivé à traiter d’un sujet très sérieux, sans pour autant faire un film austère.

Malgré ses qualités évidentes, la séance m’a semblé se prolonger bien plus longtemps que la durée officielle de Mourning, qui est d’1h22. Son scénario conviendrait mieux à un moyen-métrage. Ce défaut s’expliquerait par le fait qu’il s’agit de la version allongée du court-métrage que Morteza Farshbaf a co-réalisé avec Anahita Ghazvinizadeh, The Wind Blows Wherever it Wants.

Un cinéaste à suivre, même s’il peut paraître plus prudent de garder ses distances...

Mourning sortira sur les écrans français le 25 avril prochain. Le film a reçu le Lotus du meilleur film lors du Festival du film asiatique de Deauville en 2012.

aka Soog | Iran | 2011 | Un film de Morteza Farshbaf | Avec Sharareh Pasha, Kiomars Giti, Amir Hossein Maleki, Peyman Moaadi, Adel Yaraghi
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