My Left Eye Sees Ghosts

La phrase "I see dead people" est sans doute celle qui a le plus marqué la production fantastique hong-kongaise depuis que les vampires bondissants s’en sont retournés dans leurs tombes, comme l’atteste la floppée de films inspirés/copiés/dérivés du Sixième sens de M. Night Shyamalan. Heureusement, qui dit déclinaison ne dit pas forcément ratage : il suffit en effet que soit rattaché à un éventuel projet surnaturel un réalisateur et/ou un scénariste de talent, pour que le résultat soit satisfaisant. Ainsi Ann Hui et son Visible Secret, ou les frères Pang et le très bon The Eye. Mais que dire des A Wicked Ghost et autres Sleeping with the Dead ? En restant poli, bien sûr... Il y a peu de temps - après la vision du décevant Sleeping with the Dead justement (il est toujours regrettable de voir Jordan Chan et Kelly Lin se fourvoyer à ce point), j’avais plus ou moins déclaré que l’on ne m’y prendrait plus. Seulement voilà : entre temps se sont installés chez moi les VCD de Visible Secret 2 et My Left Eye Sees Ghosts, qui m’empêchent de tenir cette promesse. Ce qu’il ne faut pas faire pour contenter son lectorat...

My Left Eye Sees Ghosts s’ouvre sur l’enterrement d’un dénommé Daniel. Alors que la famille du défunt s’effondre devant la tombe, une jeune femme reste à l’écart, comme si elle n’était pas la bienvenue. Il faut dire que personne dans la morne assemblée ne connaît May Ho (Sammi Cheng), que Daniel avait épousée peu de temps auparavant, seulement sept jours après l’avoir rencontrée ! Pour couronner le tout, le peu que la famille de Daniel sait de May se révèle être parfaitement faux : devant les déclarations de son mari d’être un jeune businessman très riche, May a cru déceler un mensonge et s’est inventé un père dans l’ "industrie" du diamant. La vérité ? Son père est en prison pour du traffic de cochons ( !!!), et May est une glandeuse invétérée, grossière et mal élevée. Alors que Daniel, lui, était bel et bien riche, voire multi-milliardaire... May hérite donc d’une maison gigantesque sur la baie de Hong Kong, ainsi que de ses voitures et de sa fortune personnelle. Elle hérite aussi d’une belle-sœur, seule alliée dans cette belle-famille qui la voit d’un mauvais œil. Il faut dire aussi que May déclare avoir atteint le seul but qu’elle s’était fixé dans la vie : épouser un homme riche - peu importe que celui-ci soit encore vivant ou non. Pas vraiment le meilleur moyen d’attirer la sympathie de sa belle-mère.

Trois ans plus tard, May ne fait toujours rien. Un soir, Whiskey - le chien de Daniel - décède. Cette fois, May ne parvient plus à faire semblant, et laisse exploser une tristesse insoupçonnée. Ivre derrière le volant de sa voiture, elle a un accident. Lorsqu’elle se réveille, à plusieurs mètres du véhicule, May se rend compte qu’elle est morte ! Avachi sur le siège côté conducteur, son corps inanimé est recouvert de sang. La seule personne qui semble la voir est un homme étrange avec des lunettes de plongée remontées sur le front (Lau Ching Wan), qui la somme de regagner son enveloppe corporelle, puisqu’il semblerait que son heure ne soit pas arrivée. Lorsque May se réveille à l’hôpital, un pansement recouvre son œil gauche. Des voix résonnent dans la pièce, et pourtant il n’y a personne. A moins que...

Ca y est, vous avez compris le titre du film ! Le personnage interprété par Sammi Cheng peut effectivement voir des fantômes - mais uniquement de l’œil gauche ! Ca peut paraître débile comme ça, et pourtant... Lorsque May a les deux yeux ouverts, elle peut voir à la fois ses "congénères" et des fantômes. Lorsque seul l’œil droit est ouvert, elle ne peut voir que des vivants. Et que se passe-t-il quand seul son œil malade est ouvert ? Et bien l’outil est très pratique pour distinguer l’esprit qui possède un vivant par exemple ! L’idée, à premier abord complètement loufoque, est excellente car parfaitement exploitée. Mais est-ce vraiment une surprise ? Car My Left Eye Sees Ghost a beau découler du syndrome "I see dead people" mentionné en début article, il rentre dans la catégorie des films entrepris par une équipe de talent. Bien sûr, puisque c’est un film de Johnnie To et Wai Ka-Fai ! Mieux encore, le scénario a été rédigé par l’équipe responsable de Running Out of Time 2, chef d’œuvre délirant s’il en est, mythique aussi bien pour son contenu que pour sa démarche elle-même, nonchalante et démonstrative à l’extrème !

L’esprit "décalé" de ROOT2 se retrouve dans ce nouvel opus des compères inépuisables de la Milkyway Image Co. Ltd : il suffit pour s’en convaincre de faire la connaissance de Ken, le personnage interprété par l’indispensable Lau Ching Wan. Ce dernier est le fantôme d’un gamin casse-cou - ami d’enfance de May - qui, réchappé de plusieurs cascades aberrantes, a fini par se noyer à l’âge de treize ans. Marqué par le Kamen Rider, Ken apparaît toujours en faisant des mouvements mystiques, combat les cocottes maléfiques et se voit accompagné d’un thème musical fabuleux : le tout est bien sûr d’ores et déjà culte.
Lau Ching Wan d’ailleurs, se taille la part du lion pendant un bon moment : il faut le voir essayer de faire peur à May en bavant du sang ou un liquide verdâtre, ou l’empêcher de dormir en hurlant son nom contre son oreille ! L’acteur s’impose vraiment comme l’homme à tout faire haut-de-gamme du moment. Face à lui, Sammi Cheng se débrouille elle aussi très bien ; cependant son personnage est, pendant un temps, tellement immonde et désagréable qu’on a du mal à apprécier sa performance à sa juste valeur. La découverte progressive de May n’en est bien sûr que plus agréable, et Sammi se révèle être une actrice complète, capable de nous faire rire, de nous énerver et de nous toucher de façon authentique.
Pour compléter le casting, on retrouve un beau caméo de Simon Yam, toujours habillé de façon démentielle, et un passage éclair de la belle Kelly Yin, une fois de plus décédée. Ca devient une habitude morbide, quand même...

L’excellence comique/dramatique de My Left Eye Sees Ghosts tient principalement au talent de son duo d’acteurs hors-normes, et à l’inventivité des scénaristes, qui parviennent à fournir une histoire surprenante, riche en émotions variées et intelligentes. Pour parfaire le tout, le film parvient même à rendre l’indispensable retournement final étonnant : plutôt que d’entraîner une révision des scènes antérieures, c’est tout le jeu des deux acteurs qu’il remet en question, tout en transformant une bluette classique en histoire d’amour exceptionnelle. De comique, le film devient en réalité parfaitement dramatique, poignant et surtout bien foutu.
On ne peut décidemment rien reprocher à Johnny To et Wai Ka-Fai, qui parviennent à exploiter toutes les possibilités de leur trame "empruntée", et livrent une fois de plus (ça deviendrait presque lassant) un sans-faute. Quant à savoir si ça plaira ou pas aux habitués des polars signés Milkyway, une seule solution : regarder le film pour en avoir le cœur net !

Akatomy | 22.10.2002 | Hong Kong

Disponible en VCD et DVD chez Mei Ah Entertainment.
A une scène en boîte de nuit près, la compression du VCD est assez soignée : le DVD doit être nickel...
Le VCD débute sur le trailer de Mighty Baby, et se termine sur une floppée de trailers de Feel 100%.

aka Wo zuo yan jian dao gui | Hong Kong | 2002 | Un film de Johnnie To Kei-Fung et Wai Ka-Fai | Avec Sammi Cheng Sau-Man, Lau Ching Wan, Lam Chi-Sing, Lam Suet, Kelly Lin Hsi-Lei, Bonnie Wong Man-Wai, Simon Yam Tat-Wah, Cherrie Ying Choi-Yi
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