Nezha

L’arrivée de Li Xiaolu, trainant son pupitre derrière elle sans se soucier le moins du monde du vacarme qui l’accompagne, dans la classe et la vie de Wang Xiaobing, marque le début de l’amitié que dépeint Nezha. Adaptation d’un texte épistolaire, le film de Li Xiaofeng se tisse autour de ces deux adolescentes, en quête d’honnêteté et de liberté dans un monde qui ne véhicule que mensonges et contraintes.

La première, Li Xiaolu, trublion explicite dont la famille n’est évoquée qu’au travers d’un père impossible à identifier, parmi tous les hommes qui œuvrent à la construction d’un bateau à portée de sa fenêtre, s’impose, bruyante mais salvatrice, comme une inspiration dans la vie-carcan de la seconde. Wang Xiaobing, fille d’une enseignante de son école dont la rigidité a fait fuir le mari, jouissant de fait de privilèges dont elle n’a que faire, préfère défier l’autorité avec cette âme sœur inespérée, qui jette ses affaires au visage de professeurs dont elle hait l’injustice...

Nezha est le nom d’une divinité chinoise, protectrice et courageuse, qui s’incarne ici en Li Xiaolu, féroce garante d’une individualité qui s’accorde mal avec le communisme. Son entrée dans le premier film de Li Xiaofeng se fait avec une insolence qui teintera l’ensemble de l’édifice, qu’elle soit présente – à l’écran, dans le quotidien de Wang Xiaobing – ou pas. Figure d’inspiration, donc, mais aussi d’aspiration, comme l’illustre, au-delà de Xiaobing, la dévotion d’un jeune homme, étudiant en arts martiaux, désireux de se plonger dans les lectures recommandées par Xiaolu, pour être digne de celle dont il admire la détermination libertaire.

C’est sans doute en partie à la nature épistolaire du matériau littéraire d’origine que Nezha doit son caractère parcellaire, qui, en dépit de la richesse et de la force cinématographique de ses protagonistes, constitue à premier abord la faiblesse du film. L’idée d’un échange d’instants, par impressions couchées sur papier, n’est jamais évoquée dans le métrage, et l’on se retrouve avec une narration pour le moins elliptique dans laquelle on se perd rapidement, persuadés de s’être endormis un instant, d’avoir manqué un détail. Xiaolu disparaît pendant de longs moments de l’histoire tandis que Xiaobing franchit les étapes sans que l’on s’en rende compte, le film ne s’attardant que sur quelques rencontres et affirmations, décisives dans la constitution de la personnalité de la jeune femme, conditionnée par la force de caractère de Xiaolu, énergie tacite de l’ensemble de ses élans.

Néanmoins il m’est difficile d’affirmer que réside dans ces ellipses un quelconque échec de l’entreprise. Si le manque de complétude narrative de Nezha nuit à son appréciation classique, adopter une distance avec l’ensemble, pour se laisser porter par la rémanence de ses instantanés, même disjoints, dévoile une cohérence avec l’idée du souvenir d’une amitié de jeunesse qu’il met en scène. La narration de Nezha, comme la mémoire, tour à tour littérale et symbolique, est discrète plutôt que continue, et c’est là l’affirmation de son individualité cinématographique.

Nezha a été présenté au cours du 37e Festival des 3 Continents (2015), dans le cadre de la Compétition Officielle.

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