Noi Albinoi

En cette période caniculaire, quel plaisir de se retrouver plongée dans le premier long métrage de Dagur Kari, en plein hiver, dans un fjord islandais ! Pour tous ceux qui rêvent actuellement de glaces à 10 boules, glaçons, et autres frigos, ce film est pour vous ! Mais ce film est essentiellement un film sur l’Espoir. L’espoir de Noi (Tomas Lemarquis), jeune garçon de 17 ans qui rêve de s’évader de cette prison blanche et froide qu’est l’Islande, pour les cocotiers, le sable chaud et l’exotisme.

C’est l’hiver dans le petit fjord, la neige est partout, aveuglante, et tombe à perte de vue. Noi mène une vie des plus ordinaires, compte tenu de ce que peut lui apporter un pays si froid, abandonné de tout et de tous. Il vit avec sa grand-mère, Lina (Anna Fridiksdottir), car son père Kiddi (Thröstur Leo Gunnarsson), un alcoolique et bon raté, ne peut assumer la garde de son fils. Dans le petit village dans lequel vit Noi, il n’existe aucune source de distraction, alors il s’en invente et s’instaure un petit rituel quotidien qui commence par l’école buissonière. Puis la visite à la station essence, dans l’espoir d’y apercevoir Iris (Elin Handsottir), la jeune fille dont il est tombé fou amoureux à la minute même où il l’a apercue. Il continue par un petit tour chez le seul bouquiniste du village pour jouer au mastermind (!)... Et s’enferme en fin de journée dans sa cachette secrète, dans la cave chez Lina, pour s’y ressourcer.

En apparence, Noi ne s’intéresse à rien. Au grand regret de sa grand-mère, de son père, et des professeurs de son lycée, qui ne voient tous en lui qu’un élève indiscipliné et idiot. Mais Noi a seulement besoin de s’évader de cette vie insipide et monochrome. Il est totalement incompris par les personnes qui l’entourent, qui ne prédisent qu’un avenir compromis pour ce garçon si différent. Seul le proviseur a compris que Noi n’est pas la personne l’on croit, mais peut-être bien un surdoué qui s’ennuie, et de fait attendri, lui laisse presque tout passer.

Avec Iris, Noi prévoit de s’enfuir d’Islande, et échaffaude un plan, dont toutes les phases, plus branlantes les unes que les autres vont échouer. Paradoxalement, il faudra une catastrophe naturelle aux conséquences dramatiques pour permettre à Noi d’envisager un avenir meilleur.

Ce film, qui a obtenu le Grand Prix du Jury au Festival Premiers Plans d’Angers (2003), est un vrai petit bijou et un souffle d’espoir dans un monde de brutes. Pendant une heure et demie, on oublie ses problèmes grâce à tant de fraîcheur et d’humour.

On découvre la dure vie des islandais du Nord (même si on en avait déjà une petite idée, on n’en revient pas !), en voyant les conditions quotidiennes auxquelles ce peuple est perpetuellement soumis. Bien sûr, les islandais ne sont pas les plus à plaindre sur la planète, car ils ne meurent pas de faim, et ont à disposition tout ce qui consitue aujourd’hui le "confort moderne" : l’électricité et l’eau courante. Mais aussi la glace et le gel à volonté, les avalanches, et les colères de la Terre.

C’est l’isolement total du reste du monde plusieurs mois par an, qui mène finalement à l’ignorance. Noi et Iris, lors d’une petite soirée en amoureux, entrent par effraction dans l’unique musée du village. Ils découvrent sous un drap blanc, un de ces panneaux lumineux que l’on trouve dans les stations de métro, où l’on nous propose d’appuyer sur le bouton de notre destination pour voir la destination choisie s’illuminer sur le plan parisien. Noi et Iris y cherchent l’Islande et s’étonnent naïvement de ne pas la voir figurer parmi la liste des pays/destinations disponibles. Effectivement, qui rêverait d’autant de froideur et d’isolement ?

Ce film est tout simplement superbe et drôle. On ne peut pas oublier cette séquence où Noi aide son père et sa grand-mère en cuisine, à réaliser ce qui m’a semblé être du "boudin de poisson"(?!)... Lorsqu’on lui demande de déverser doucement et précautioneusement une bassine pleine de sang dans un autre récipient, il trébuche et asperge complètement Kiddi et Lina, qui restent finalement figés et pratiquement imperturbés. Ou encore lorsque Noi, las d’être rappelé à l’ordre à force de sécher les cours, décide de se faire remplacer par... un magnétophone ! Tant d’ingénuosité ne laisse pas le proviseur du lycée indifférent, pendant que les professeurs baissent les bras devant un tel cancre. Trop drôle !

Les "acteurs" dans le film ne sont pas des professionnels, Dakur Kari les a choisi dans son village : Tomas Lemarquis était son ami depuis le lycée, Anna Fridiksdottir est initialement facteur. C’est surement ce qui rend ce film et tous les personnages si attachants, et si plein de vérité.

Les bandes-annonces que l’on voit depuis un mois au cinéma, avaient annoncé en petites séquences, cet humour où tout ne nous est pas dévoilé, ce qui est rare. Elles retenaient l’attention par leur originalité prometteuse, et finalement leur simplicité. Je n’ai pas été déçue une seconde ! Que de poésie dans tout cela !

Joli coup pour un premier essai ; le réalisateur, qui a visiblement mis longtemps pour mettre son projet à jour, souhaitait montrer ses origines, c’est chose faite.
"Noi est amoureux", "Noi rêve de partir en vacances". Des phrases simples pour une vie simple. Le bonheur n’est pas loin ! Diablement d’actualité tout ça !

Sadako | 16.07.2003 | Hors-Asie

Noi Albinoi est sorti sur les écrans français le 9 juillet 2003.

Danemark / Allemagne / Islande | 2002 | Un film de Dagur Kari | Avec Tomas Lemarquis, Elin Handsottir, Thröstur Leo Gunnarsson, Anna Fridiksdottir, Hjalti Rögnvaldsson
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