Non si Sevizia un Paperino

Ignorance, religion, superstition et auto-justice...

Italie du Sud. A Accendura, un petit village reculé, de jeunes garçons sont retrouvés assassinés de manière atroce. Andrea Martelli, un journaliste, est sur place afin d’enquêter sur ces horribles crimes... Très vite, les soupçons se portent sur l’idiot du village, qui est aussitôt arrêté... mais la police se rend rapidement compte que l’homme n’y est pour rien. Tandis que d’autres enfants sont retrouvés morts, tous les regards convergent vers Maciara, sorte de sorcière locale qui perdit son enfant et sombra dans la folie quelques années auparavant...

Si pour beaucoup d’entre nous le cinéma de Lucio Fulci rime avec horreur-gore ou ultra-violence non dissimulée grâce à des œuvres cultes du type L’Aldilà, Paura Nella Città dei Morti Viventi, Lo Squartatore di New York et autre Zombi 2, il ne faut pas oublier que la filmographie du mythique râleur transalpin se compose de quelques perles moins connues tel ce Non si Sevizia un Paperino, giallo aux allures de drame humain d’une grande acuité...

...car sous ses aspects "giallesque", Non si Sevizia un Paperino s’impose avant tout en une critique intelligente et acerbe d’un monde rural plongé dans un ennui qui n’a d’égal que son isolationnisme géographique et culturel... Lorsque le village d’Accendura est plongé dans l’effroi créé par la mort des malheureux bambins, tous les regards se tournent sans hésitation vers les exclus de cette communauté... la différence fait peur, il faut donc l’éliminer...

Lucio Fulci nous montre une facette de son cinéma que l’on ne soupçonnait pas spécialement : le pamphlet cinématographique. Totalement anti-clérical, autant que montrant une dent féroce envers un provincialisme reclus dans des croyances séculaires, Fulci déverse ici toute sa verve véhémente à l’encontre de l’être humain... Dur est son jugement, à l’instar d’un Arthur Penn dans son magnifique The Chase (La Poursuite Impitoyable /1965), le réalisateur italien y ajoutant sa folie graphique, enfonçant le clou douloureusement en montrant, sans détour, l’agonie d’un enfant, ou filmant caméra au poing les visages déformés par la haine d’hommes et de femmes transformés en êtres déshumanisés emplis d’une violence bestiale, prêts à tout pour venger les victimes... y compris de manière aveugle. Le peuple doit trouver un coupable...

...Fulci joue avec sa caméra, ou plutôt, se joue des conventions et du politiquement correct en mettant à mal tous les codes moraux et cinématographiques en vigueur. Lenteur haletante de certains plans laissant place à un montage syncopé, penchants pédophiles d’une belle et jolie jeune femme, l’horrible montré sans détour... Fulci connaît l’être humain, sait ce qui fait mal... et aime mettre mal à l’aise, tel un fantasme morbide et jubilatoire, il montre des crimes horribles et impensables au beau milieu des paysages magnifiques, gorgés de soleil de l’Italie du sud...

...à l’image de Non si Sevizia un Paperino, le casting plutôt... hétéroclite ! Comme c’était souvent le cas dans les productions européennes de la période regroupant les années soixante et soixante-dix, les coproductions aux distributions internationales étaient de bon ton... Pas vraiment de rôle principal ici, plutôt des destins qui se croisent et qui évoluent chacun de leur côté ; se côtoient l’actrice brésilienne Florinda Bolkan déjà utilisée par Fulci l’année précédente dans Una Lucertola con la Pelle di Donna, la charmante tchèque Barbara Bouchet vue quant à elle aux côtés d’Edwige Fenech dans La Moglie in Vacanza... l’Amante in Città - joliment traduit en France par Les Zizis Baladeurs (Sergio Martino /1980) ! -, mais surtout l’excellent , le génial, la seul et unique vraie star de l’univers : Tomas Milian ! Habitué de Fulci, qui le dirigea notamment dans le grand et tragique Beatrice Cenci (1969), ou dans le western ultra-violent I Quattro dell’Apocalisse (1975), on a pu le voir également chez Sergio Corbucci dans l’exceptionnel ¡Vamos a Matar, Compañeros ! (1970) ou dans le cultissime Il Bianco, Il Giallo, Il Nero (1975)... Plus qu’un acteur, un mythe dont l’ego n’a d’égal que son talent ! Gravitent autour de ce "trio" autant de noms fameux telle la grande Irene Papas, Georges Wilson ou encore Marc Porel... sans oublier une musique à la fois envoûtante et effrayante signée Riz Ortolani (Cannibal Holocaust)...

Avec Non si Sevizia un Paperino, Lucio Fulci signait un film coup de poing, une sorte de polar glauque et injurieux aux allures de drame, mêlé à une étude de moeurs virulente... Le metteur en scène s’offrait là une diatribe sans concession tout droit sortie de l’esprit bouillonnant de son créateur, et accouchait d’un chef-d’œuvre du genre...

Kuro | 19.08.2003 | Hors-Asie

DVD | Anchor Bay | NTSC - All Zone | Format : 1:2:35 - 16/9 | Images : Satisfaisantes dans l’ensemble... un pressage sans défaut. | Son : Mono, r.a.s. (la version proposée ici est l’anglaise) | Suppléments : Une biographie de Lucio Fulci... et c’est tout !

DVD Double Feature* | Anchor Bay | NTSC - All Zone

*Mêmes spécificités techniques que ci-dessus, hormis le fait qu’il soit présenté dans un double boîtier - The Lucio Fulci Collection vol.3 - qui contient le film Paura Nella Città dei Morti Viventi (City of the Living Dead).

aka Fanatismo - Angustia de Silencio - La Longue Nuit de l’Exorcisme - Don’t Torture a Duckling - Don’t Torture the Duckling - Le Venin de la Peur | Italie | 1972 | Un film de Lucio Fulci | Avec Florinda Bolkan, Barbara Bouchet, Tomas Milian, Marc Porel, Irene Papas, Georges Wilson, Antonello Campodifiori, Ugo D’Alessio, Virgilio Gazzolo, Vito Passeri, Rosalia Maggio, Andrea Aureli, Linda Sini, Franco Balducci, Duilio Cruciani, John Bartha