Oil City Confidential

Oil City Confidential, un film parfait ?

Sans aucun doute. L’approche de Julien Temple pour ce film, a priori une commande, l’est en tout cas. Contrairement aux protagonistes de The Filth and the Fury ou Joe Strummer : The Future is Unwritten, Julien Temple n’a aucune relation personnelle avec les membres de Doctor Feelgood, en dehors bien évidemment de l’amour de leur musique et la reconnaissance de ce qu’a apporté ce groupe à l’édifice du rock’n’roll. On pourrait dans ce cas penser qu’il allait être pour lui plus difficile de donner la parole à ses membres originaux. Surtout pour Lee Brilleaux ; ce dernier étant décédé (tout comme l’était Sid Vicious au moment de la réalisation de The Filth and the Fury), il manque sans doute un peu de sa parole, mais c’est un obstacle que surmonte Julien Temple non seulement en utilisant des archives d’interviews, mais aussi grâce aux témoignages de sa mère, de sa femme, de son boucher, et des autres membres du groupe. Rien là que du très banal pour un documentaire me direz-vous, mais la façon dont Temple intègre ces éléments redonne un cadre temporel et géographique aux émotions et aux témoignages, l’excellent travail de montage rapprochant le spectateur de la condition humaine de chacun des protagonistes de cette aventure musicale qu’a été Doctor Feelgood première époque [1] Le berceau du groupe, Canvey Island, qui justifie en partie le titre "Oil City Confidential" du fait de sa principale activité, l’industrie pétrochimique et gazière, situé dans l’estuaire de la Tamise, est presque le personnage central, le vrai membre fondateur du groupe de par sa singularité géographique.

Un point de vue sociologique, associé à l’effacement total d’un réalisateur au service de la parole des protagonistes - quand bien même celui-ci maîtrise la mise en scène des interviews et leur montage -, ainsi que l’utilisation d’images d’archives, parallèles métaphoriques des images de fiction, permettent au final de dissoudre les clichés inhérents au sujet, et d’appuyer l’originalité de Doctor Feelgood. De même, lorsque Temple illustre, anime les paroles des intervenants, avec des grands moments notamment dus à la personnalité exubérante de Wilko Johnson, doux euphémisme, c’est toujours en parfait accord avec la personnalité de chacun. Ce contraste des personnalités de Lee Brilleaux (chant, harmonica), John "Big Figure" Martin (batterie), John "Sparko" Sparks (basse), Wilko Johnson (guitare), et par extension, de la mise en image des témoignages, donne le relief et la musicalité interne de Oil City Confidential. On a droit à quelques séquences de folies douces psychédéliques pas piquées des vers. Et que dire de ces superbes plans, où les images des concerts passés du groupe sont projetées soit sur les pubs, soit sur les réservoirs de pétrole, au second plan des interviews ? Julien Temple ne tranche jamais et privilégie la parole des membres du groupe, ensemble et individuellement, ou de leurs proches, restituant parfaitement l’alchimie de Doctor Feelgood. La parole ainsi libérée, le réalisateur réussit à capturer des sentiments et des émotions spontanés, mais toujours maîtrisés par la pudeur et le respect.

Trêve de blabla, c’est un film génial. Que vous connaissiez ou pas Doctor Feelgood, aucune importance pour apprécier ce petit joyau. Il est de plus bien la démonstration, magistrale, que le Royaume-Uni est un pays où le blues a eu un écho particulier, et y produira, par son assimilation à la culture populaire anglaise, une tradition musicale d’une originalité et d’une richesse incomparables, qui n’aura de cesse de se renouveler en revenant toujours à ses racines. Il était grand temps qu’une œuvre digne de ce nom, rende également hommage à ce phénomène anglais qu’est le pub rock, à travers l’un de ses plus grands héros, et aussi du rock en général, Doctor Feelgood. A noter que c’est à peu près de la même région qu’est originaire, Eddie and the Hot Rods, autre grande gloire du pub rock qui aura une grande influence sur le punk naissant.

Oil City Confidential à été présenté à Paris lors de l’Etrange Festival 2010.
Merci aux organisateurs de le présenter deux fois supplémentaires : si vous êtes parisiens, ou de passage dans la capitale, il vous reste une chance de le voir dimanche 12 septembre à 21h45, à l’Etrange Festival au Forum des Images.
Le DVD est déjà sorti mais ne comporte hélas pas de sous-titres français.
Pour en savoir plus sur le groupe : http://www.drfeelgood.fr/

[1De 1971 à 1977, date de la séparation avec Wilko Johnson, son guitariste.

UK | 2009 | Un documentaire musical de Julien Temple | Avec Lee Brilleaux, Wilko Johnson, John Martin, John Sparks
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