Oki’s Movie

Hong San-soo est en voie de woodyallenisation. Le réalisateur coréen fait entendre sa petite musique personnelle, mais il semble désormais refaire les mêmes films, à quelques variations près. Arrivera-t-il à se renouveler ? L’exemple du cinéaste new-yorkais n’incite pas à l’optimisme. De l’alcool, de l’amour, deux hommes et une femme : le nombre de possibilités se réduit. Son monde se rétrécit aussi. Son film se déroule une nouvelle fois dans un milieu qu’il connaît particulièrement bien : celui du cinéma.

La nouveauté dans ce dernier film vient de la structure choisie. Deux courtes fictions sont encadrées par deux films dans le film, réalisés par une étudiante et un étudiant en cinéma. Leurs relations avec un professeur sont au cœur des différentes histoires filmées dans Oki’s Movie.

Dans la première partie, nous suivons la journée remplie de contrariétés d’un metteur en scène marié qui donne des cours de cinéma à l’université. Elle se termine par une séance de questions-réponses pendant laquelle il est accusé par une spectatrice d’avoir couché avec une de ses amies qui a très mal vécu la fin de leur relation. La dernière section est présentée comme le travail de l’étudiante qui raconte sa promenade dans un parc, à un an d’intervalle, avec son amant, professeur d’université, puis avec son petit ami. Dans un montage parallèle, elle montre leurs différences de comportement. Le second segment relate la naissance de la relation entre ces deux étudiants. La troisième partie est le cours, quasi-personnel, donné à ces étudiants par un professeur qui quitte l’université pour tourner un film. Ils en profitent pour lui poser toutes sortes de question sur la vie.

Cette vision personnelle du film n’a pas valeur d’évangile. Le film se prête à de nombreuses autres exégèses. Hong Sang-soo parsème son film de commentaires justes sur le cinéma et l’amour. Il revient aux spectateurs de les interpréter à leur guise, comme ils sont laissés libres d’interpréter les différentes parties de ce film. A chacun de se faire son Conte de cinéma. Oki’s Movie appartient à cette catégorie de films dont les forces et les faiblesses sont interchangeables en fonction de la sensibilité du spectateur.

Hong Sang-soo continue de réaliser des films agréables. Il n’a pas son pareil pour inventer des personnages masculins aux aptitudes sociales des plus limitées. Mais la répétition, fut-elle bégayante, les fait basculer dans l’anecdotique. Gageons que le genre où il s’illustre, la chronique réaliste, lui vaudra d’être épargné par une partie de la critique, pour laquelle ces deux mots sont sacrés. Oki’s Movie intéressera aussi sûrement les professionnels de la profession (le syndrome Somewhere ?), mais il risque de laisser de marbre les autres spectateurs.

Oki’s Movie a été diffusé au cours de la 13ème édition du Festival du film asiatique de Deauville (2011), dans le cadre de l’hommage rendu à Hong Sang-soo. Une rétrospective de ses films se tient jusqu’au 28 mars 2011 à la Cinémathèque de Paris.

aka 옥희의 영화 | Corée du Sud | 2010 | Un film de Hong Sang-soo | Avec Lee Seon-gyun, Jung Yu-mi, Moon Sung-keun
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