Okite - Yakuza no Uta

S’il est bien un genre indémodable au Japon, il s’agit certainement du film de yakusa. Fond de commerce principal du V-cinema, il fait régulièrement apparition sur grand écran, notamment grâce à Takashi Miike qui a su lui donner un second souffle. Okite est une première réalisation de Hiroki Matsukata, acteur de près de 150 films, principalement en tant que yakusa. Ce dernier est d’ailleurs également présent dans son propre film. Outre ce vétéran des films de yakusa, c’est un bon nombre d’acteurs du genre que l’on retrouve dans Okite - les citer serait trop long -, et en premier lieu le facétieux Ozawa. Sho Aikawa y fait même une apparition très courte. Le personnage principal est interprété par Masaya Kato, l’acteur de The Man in White et d’Agitator, les deux fresques yakusa de Miike. A ses côtés, c’est le musicien Koji Kikkawa qui interprète son ennemi juré.

Si Okite ne semble pas dépareiller énormément des canons du genre, le film réserve cependant quelques surprises. Sa réalisation tranche avec les autres films du genre par son absence relative de violence, du moins pendant la majeure partie du film. Car la fin, quant à elle, fait un retour abrupt aux classiques du V-cinema avec gunfights invraisemblables et massacres à la pelle. Une touche finale qui vient un peu gâcher la fête.

Terajima est un yakusa qui admire son chef et lui voue un amour comme s’il s’agissait de son propre père. Lorsque ce dernier est assassiné par le clan ennemi, il a naturellement soif de vengeance. Mais son frère, qui est le bras droit du clan ennemi, lui conseille de fuir car il ne veut pas devenir son assassin. Terajima cependant, ne peut se soustraire à son devoir pour l’honneur de son chef...

On le constate, le scénariste ne s’est pas franchement foulé et l’on a ici à faire à une histoire bien rodée de bien des films du genre. S’il faut chercher une certaine originalité, car il y en a un peu, c’est plutôt dans le traitement même de cette histoire. Car ce qui surprend dans Okite ne sont pas d’éventuels rebondissements ni l’intensité dramatique mais tout simplement que le film appréhende le sujet d’une façon peu habituelle. Ainsi, Okite montre une absence presque totale de violence et aucune emphase n’est mise sur les meurtres ou autres gunfights. Le réalisateur opte pour une approche plus sobre, voir esthétique, et une lenteur qui a plus à voir avec les deux longs films de Miike cités plus haut, qu’avec du V-cinema. Mais ici, pas de tueurs tarés ou drogués, juste des yakusa et des influences. Outre que l’ombre de Miike plane à bien des égards sur le film, par son rythme notamment ou une sympathique séquence où des sans-abris envahissent un hôpital tels des zombis, c’est aussi un clin d’œil à Fukasaku qui est offert par une scène où Terajima croque les os de son boss incinéré, à la manière du héros de Le Cimetière de la Morale avec les restes de sa femme.

A défaut de violence extrême, le film mise sur le réalisme. Il manque peut-être d’instants plus dramatiques car l’ensemble souffre d’un sentiment de déjà-vu chronique, que ne rattrape pas tout à fait une volonté esthétique et une sobriété seulement perturbée par un Ozawa cabotin comme à son habitude, mais qui s’intègre finalement bien dans le récit. Plus que l’affrontement de deux clans rivaux, Okite met à nu les dissensions internes à un clan, et la course au pouvoir sans pitié que se livrent ses membres (le personnage interprété par Ozawa devient le nouveau boss en osant violer la femme de l’ex-boss le jour des funérailles !).

Il reste cependant un reproche de taille à faire à Okite, c’est sa fin. Le film glisse subitement dans la violence facile, Terajima se transformant en super-héros as de la descente en rappel et de la gâchette. Cette séquence, autant qu’elle puisse être plaisante, sonne faux et la dernière tentative esthétique de Marukata (un duel au milieu de draps de soie multicolores) tombe complètement à l’eau à cause d’elle.

Assez rafraîchissant et plutôt de bonne facture, Okite manque de peu le train des films de yakusa qui sortent de l’ordinaire. Néanmoins un excellent film pour qui apprécie le genre.

Zeni | 6.06.2003 | Japon
aka やくざの詩 掟 | Japon | 2003 | Un film de Hiroki Matsukata | Avec Masaya Kato, Koji Kikkawa
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