Old Boy

Négation du chaos.

1988. En ce jour de l’anniversaire de sa fille, Oh Dae-Soo passe la soirée dans un commissariat de quartier. Passablement emêché, il donne un nouveau sens à l’expression « trouble de l’ordre » alors qu’il vocifère, danse, joue le martyr et insulte les policiers qui le retiennent, dans l’attente de l’arrivée d’un ami responsable. Une fois libéré, Dae-Soo se précipite dans une cabine téléphone pour appeler sa fille, puis passe le combiné à son ami. Lorsque ce dernier se retourne, quelques instants plus tard, pour lui passer sa femme, Oh Dae-Soo a disparu.

Enlevé, Dae-Soo est enfermé dans une chambre avec, en guise de seul contact avec le monde extérieur, une télévision et ses fenêtres interchangeables sur le temps qui passe. Deux mois, trois mois... Pourquoi Dae-Soo est-il enfermé, par qui, et pour combien de temps ?

Les années passent. Dae-Soo craque tout d’abord, puis reprend des forces en s’abandonnant à l’idée de la vengeance. 15 ans après son enlèvement, Dae-Soo a presque fini de creuser un trou dans le mur pour s’échapper, quand il est libéré, sans aucune explication...

« My sweet revenge Will be yours for the taking It’s in the making » - System of a Down

Second volet de la trilogie sur la vengeance du réalisateur de JSA, Park Chan-Wook, plebiscité par la critique, le public et les festivals internationaux, Old Boy est à mes yeux un paradoxe, qui termine de transformer son instigateur, metteur en scène obstiné, en personnalité tout aussi contradictoire. Cette contradiction en effet - que je mettais à l’époque de mon article sur Sympathy for Mr Vengeance sur le compte d’une intégrité supposée - était déjà perceptible dans le changement opéré entre JSA et Sympathy... justement, du commercial grand public intelligent au nihilisme rédibitoire. Pourtant dans leur thématique commune d’une inexorabilité liée non pas aux volontés de chacun, mais au chaos ordonné d’une influence extérieure, les deux films du réalisateurs n’étaient pas si éloignés. Old Boy quant à lui, opère un virage à 180 degrés qui, s’il est proprement virtuose, est malheureusement bien loin d’être aussi logique et intéressant.

Toute la force de Sympathy for Mr Vengeance réside en effet dans sa négation de la volonté humaine au cœur de l’inertie de notre société : la pression que les riches exercent, involontairement, sur les pauvres, et qui, par le biais d’acccidents ou d’opportunités maquillés en actes réfléchis, débouche sur un retour de bâton aussi exo- qu’endo-destructeur. Tout le discours du film tient dans son portrait de l’engrenage de la violence qu’entraîne la vengeance, protagoniste au détriment de l’humanité, mouvement perpétuel qu’aucun ne peut arrêter. Une violence qui n’est pas réfléchie mais existe de fait, par elle-même et auto-nourissante.

Le postulat d’Old Boy n’est pas en soi une négation de cette proposition. Au contraire même : pendant plus d’une heure, Park Chan-Wook offre à Dae-Soo l’opportunité de se laisser consummer non pas par la vengeance mais par la simple idée de la rétribution ; ouverture plus osée encore si le simple désir de vengeance suffisait réellement à faire naître une spirale de violence. Vous me direz qu’il en est ainsi, que Dae-Soo se transforme lui-même en monstre en supposant qu’il doit bien en être un pour se retrouver ainsi prisionnier, et qu’il agit en conséquence, sur la base d’une violence imaginaire ; et je serais d’accord avec vous.

Mais Park Chan-Wook fait, au cours de ce second portrait de la Vengeance, un choix qui est fatal, non pas forcément à logique du film (encore que), mais au moins à sa pertinence : il prive Dae-Soo d’un libre-arbitre, qu’il soit réel ou illusion. La manipulation psychologique dont le personnage est victime vient en effet nier la vie propre de la vengeance, sa propension à créer des opportunités de destruction telle que dépeinte dans Sympathy... La vengeance que tente de perpétuer Dae-Soo n’est dirigée que contre lui-même, fabriquée de toutes pièces pour une raison qui n’est que prétexte, et qui est de plus une construction humaine. Ce que Park Chan-Wook renie en jouant le jeu d’un piège merveilleusement cruel, c’est la transformation de Dae-Soo en véritable monstre. Il est ici réduit à l’état de créature de Frankenstein, défouloir autant que psychanalise pour son tortionnaire, dans un lien de causalité qui est le fruit d’une culpabilité mal assumée. Il est le monstre d’un autre ; et cet autre est condamné avant même d’entamer sa vengeance amorale. Dae-Soo n’est donc qu’un outil superflu, un passe-temps qu’il fallait bien justifier. Si le procédé, d’un point de vue de l’étude de la cruauté, possède bon nombre d’aspects fascinants, il ne relève cependant pas d’un véritable discours sur la vengeance, mais simplement de l’exercice de style.

Et du style, Old Boy en a à revendre. A l’opposé de l’épure déshumanisante de Sympathy for Mr Vengeance, Park Chan-Wook s’amuse et excelle dans sa mise en scène d’une violence exacerbée. Bon nombre de scènes sont époustouflantes, aidées en cela par la prestation démentielle du toujours parfait Choi Min-Sik. La bande-son est tout aussi remarquable, et l’ensemble mérite le coup d’œil rien que pour la virtuosité de sa tenue cinématographique. Mais l’exercice paraît tout de même au bout du compte, relativement vain. Park Chan-Wook s’amuse un peu trop justement, et tombe dans le piège d’une certaine esbrouffe narrative, partiellement illogique et trop humaine pour être réaliste, bien loin de l’épure parfaite de son oeuvre précédente. Car la vengeance est bien meilleur personnage qu’elle n’est prétexte de mise en scène.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’Old Boy, auréolé d’un Grand Prix à Cannes l’an passé, est sorti il y a peu en DVD courtesy of Wild Side. L’édition 3 disques est déjà épuisée, tout comme peut l’être l’édition Ultimate sortie l’an dernier en Corée. Mais il vous reste toujours une floppée d’éditions plus qu’honorables, simple ou double DVD, pour vous faire votre idée sur Old Boy.

Corée du Sud | 2003 | Un film de Park Chan-Wook | Avec Choi Min-Sik, Yoo Ji-Tae, Kang Hye-Jung
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