Onmyouji

Magie, Amour, pouvoir et politique dans un Japon médiéval tourmenté...

Durant l’ère Heian (794 1185), le Japon vit une de ses périodes les plus sombres. Le Mikado - l’empereur - est entouré de sa garde personnelle, de conseillers politiques, trois femmes, et de magiciens, les onmyouji. Ces derniers ont le devoir de le protéger des mauvais esprits et démons qui peuplent la forêt. La troisième et plus jeune femme du Mikado, fille du libéral conseiller Morosuke, est sur le point d’accoucher d’un héritier au trône. Motokata, chef de la garde personnelle de l’empereur et homme de confiance, est également le père de sa seconde femme, Sukehime. Furieux, il s’allie à Doson, l’onmyouji en chef du palais, afin de jeter un sort sur le nouvel héritier qui est transformé en une créature hideuse... Morosuke prie alors Abe no Seimei, homme cynique et désintéressé en même temps que le plus puissant des magiciens du palais, de sauver son petit fils... Seimei s’exécute. Mais rapidement, il voit clair dans le jeu du diabolique Doson, et décide, selon la prophétie, de s’allier à Minamoto no Hiromasa, jeune noble et fine lame de la cour secrètement amoureux de Sukehime, et à Aone, une belle immortelle qui mangea de la chair de sirène il y a de cela plus d’un siècle, désormais gardienne de la capitale...

Pour son trente-huitième film, Yôjirô Takita [1], réalisateur venu tout droit du porno nippon à la filmographie aussi éclectique qu’importante, décide donc d’adapter l’œuvre fleuve de l’écrivain Baku Yumemakura au grand écran...
...et dès les premières images d’Onmyouji, le ton est donné ! D’une beauté à tomber à la renverse, la reconstitution historique fourmille de détails qui prouvent tout le soin apporté à la mise en scène du film...

A mi-chemin entre le Jidai Geki, le chanbara, la tragédie et le film fantastique, Onmyouji est avant tout une grande et belle histoire d’Amour. Un Amour qui fait errer deux êtres depuis plus d’un siècle et demi... si cette quête peut avoir l’air d’apparaître en filigrane tout au long du film, elle s’avère en devenir l’élément principal dans sa dernière partie.

...oui, mais alors justement, autant vous prévenir tout de suite : Onmyouji n’est pas un film d’action ! Complots politiques, aspirations au pouvoir machiavéliques, tragédies intestines, amours inavoués, sont autant d’éléments propres à son intrigue... Ses mauvaises critiques dans la presse spécialisée (ou non) occidentale viennent certainement du fait que tout le monde s’attendait à une espèce d’énorme chanbara apocalyptique dans lequel magie et combats violents se côtoient de manière épique... Il n’en est rien. Au contraire, Onmyouji se focalise sur une sorte de vérité historique à l’intérieur de laquelle viennent se greffer des éléments fantastiques, liés à la magie utilisée par les magiciens de la cour.

...Abe no Seimei, onmyouji puissant animé par une bonté pléthorique est donc le héros de cette fable historico-fantastique. Personnage intensément humain, aux principes intimement philanthropiques, il incarne la sagesse même, malgré sa relative jeunesse. Par simple amitié - qu’il se cache à lui-même - pour le jeune Hiromasa, il va risquer sa vie en défiant l’immonde Doson dans un combat où seule la cohésion vaincra. Bref, l’éternel combat du bien contre le mal, sauce nippone... Aidé par le candide Hiromasa, jeune noble dont la destinée est écrite dans les astres, et par la belle Aone, qui pour trouver le repos - et l’Amour - entraînera avec elle ces deux hommes aux destins indissociables...

Selon Yôjirô Takita, un seul homme pouvait incarner Abe no Seimei : Mansai Nomura. Grand acteur de Kyôgen au talent reconnu dans le monde entier, fils de l’immense Mansaku Nomura, lui-même acteur de cette forme de théâtre (et vice-président de l’association franco-japonaise de théâtre), et petit-fils de Manzo Nomura, trésor national (de son) vivant et membre de l’académie des Arts... bref, Mansai descend d’une lignée de très grands acteurs. Onmyouji est le premier film dans lequel il tient le devant de l’affiche, même s’il a participé au sublime Ran (Akira Kurosawa /1985) alors qu’il n’avait que dix-neuf ans... C’est Hideaki Ito qui prête ses traits au jeune Hiromasa. On a pu le voir notamment dans Himitsu (1999) du même Takita, mais aussi dans Cross Fire (Shûsuke Kaneko /2000) ou Shurayuki Hime (Shinsuke Sato /2001).

Dans le rôle du vilain de service, j’ai nommé l’ignoble Doson, on retrouve l’excellent Hiroyuki Sanada qui offre ici une très belle prestation de méchant comme on n’en avait vu depuis longtemps... Sanada qui retrouve Kyon² (Kyôko Koizumi) treize ans après l’ultra sympathique Kaitô Ruby ; la belle et brillante Kyon² à qui Takita a confié le rôle de l’envoûtante Aone. Mais Onmyouji recèle d’agréables surprises dans son casting, comme le prouve la présence d’Eriko Imai, ex-Speed, qui y interprète la mignonne Mitsumushi... pour un plaisir - un peu coupable - très Sancho ! Mais on peut également retrouver avec plaisir Yui Natsukawa, actrice principale à la beauté fragile de l’une des histoire d’amour/haine les plus passionnée - et belle - du cinéma, le magnifique Yoru ga Mata Kuru de Takashi Ishii... sans oublier Akira Emoto, Ittoku Kishibe, Mai Hôshô...

Film d’une grande beauté, Onmyouji est donc avant tout une grande histoire d’Amour(s), souvent malheureux. Véritable phénomène au pays du soleil levant, où l’œuvre de Baku Yumemakura continue d’être déclinée en séries télé, direct-to-video, ou encore en un magnifique manga dessiné par Reiko Kano, Onmyouji fût classé second meilleur film de l’année 2001 derrière Sen to Chihiro no Kamikakushi (Hayao Miyazaki)... Sublime fresque dont les deux mamelles sont l’Amour et la loyauté, Onmyouji, œuvre non dénuée d’humour, captive par tant de beauté et de maîtrise...

Kuro | 2.06.2003 | Japon

DVD | Toho | NTSC | Zone 2 | Format : 1:1:85 - 16/9 | Images : Magnifiques ! | Son : Un 5.1 "énauuuuuurme" !!!

Suppléments : Un 2ème disque qui contient 120 minutes de making of, interviews, trailers et teasers en pagaille, des documentaires sur les effets spéciaux, etc...

Ce DVD contient des sous-titres japonais et anglais optionnels.

La musique composée par Shigeru Umebayashi (Yumeji...enfin, In the Mood for Love si vous préférez) est disponible sur CD.

Bonus
Site Officiel en anglais: http://www.onmyojimovie.com
Site Officiel d'Onmyouji 2: http://www.onmyoji-movie.com
Site Officiel de la famille Nomura: http://www.mansaku.co.jp
Site Officiel d'Eriko Imai: http://www.avexnet.or.jp/eriko

[1Cf. article Komikku Zasshi Nanka Iranai !

aka The Yin Yang Master - Yin Yang Masters - Onmyôji | Japon | 2001 | Un film de Yôjirô Takita | D’après le roman écrit par Baku Yumemakura | Avec Mansai Nomura, Hideaki Ito, Hiroyuki Sanada, Kyôko Koizumi, Eriko Imai, Yui Natsukawa, Akira Emoto, Ittoku Kishibe, Mai Hôshô, Kenichi Yajima, Masato Hagiwara, Sachiko Kokubu, Kenichi Ishii, Kenjiro Ishimaru, Yukijiro Hotaru, Shiro Shimomoto, Kenji Yamaki, Hoka Kinoshita
Entretien avec Katsuya Tomita sur Bangkok Nites
Le Profond désir des dieux
UZU : entretien avec Gaspard Kuentz
Old Stone
Solo, Solitude
Désir meurtrier
Assaut sur le central 13
An Empress and the Warriors
Terminator 3 : Rise of the Machines
Wishing Stairs
Bichunmoo
Womb Ghosts
Born Wild
The Medallion
Resort Massacre
Hasami otoko
Stacy
Human Lanterns
Virus
Chinese Dinner
Debbie Does Dallas
Shirome
Mon voisin Totoro
Metropolitan Police Branch 82
Alleycat Rock : Crazy Riders 71
The Street Fighter
Dragon Killer
The Wesley’s Mysterious File
Crazy Thunder Road
Equilibrium