Organ

Tokyo, 1996. L’odeur de mort de cette ville attire les trafiquants d’organes...

Deux policiers, Numata et Tosuka, enquêtent sur de tels criminels. Numata est un « vieux de la vieille », cynique et borderline, tandis que Tosuka est un petit nouveau. Le premier se sert du second pour infiltrer le repère des trafiquants, un abattoir où les victimes - un jeune rudoyé par des voyous par exemple - sont réduites à l’état de pièces détachées. Malheureusement l’opération échoue, les criminels s’échappent et, alors qu’il abandonne son collègue pour sauver sa propre vie, Numata entend Tosuka hurler. Il ne le reverra plus.

Quelques temps plus tard... Numata ne fait plus partie de la police. Incapable d’oublier l’horreur de l’abattoir, il est obsédé par la disparition de Tosuka. Shinji, le frère jumeau du policier, le recherche lui aussi, défiant toujours plus violemment la pègre tokyoïte. Chacun de leur côté, ils suivent une piste de gangsters et petits voyous, pour remonter jusque Jun et Yoko, frère et sœur en charge du trafic. La première est une borgne sadique, le second un chirurgien monstrueux, qui respire la perversion derrière sa blouse de simple professeur de biologie. L’une de ses collègues d’ailleurs, ne s’y trompe pas. Et dans l’arrière boutique de Jun, assassin d’étudiantes qui souffre d’une étrange maladie de peau, Tosuka est maintenu en vie, dans une boîte, amputé des quatres membres et amalgamé avec une inquiétante végétation...

Collaboratrice et amie de longue date de Shinya Tsukamoto, et notamment actrice dans Tetsuo, Kei Fujiwara s’est par ailleurs fait un nom en tant que réalisatrice d’Organ, film charnel, à la fois policier et d’horreur, datant de 1996, adapté d’une performance live de sa troupe Organ Vital, dérive esthétique extrême des obsessions de David Cronenberg, par ailleurs symptomatique de la froideur du gore à la japonaise. Bien plus qu’un Guinea Pig cependant, Organ est un film remarquable : visuellement fascinant, d’une rare maîtrise narrative et cinématographique en dépit d’un côté expérimental très marqué... Organ fait indéniablement partie de ces œuvres rares, capables de concilier la violence et le gore à tendance pornographique, et une véritable démarche cinématographique.

La scène d’ouverture d’Organ est à ce titre une merveille, d’exposition et de mise en scène, qu’il conviendrait à mon avis de décortiquer pour tous les aspirants metteurs en scène. Avec son court prégénérique anticipant la fin de l’histoire sur fond de voix-off, son introduction de l’anti-héros, effrayant, qu’est Numata, son incursion sans jugement à l’intérieur de l’abattoir et le dénouement morbide et incomplet qui s’en suit, les vingt-premières minutes d’Organ posent une base redoutable. Presque film à part entière, cette séquence tendue est à a la fois conclusion et introduction, terminale et génitrice. Elle marque la fin du sujet - l’enquête sur le trafic d’organe - et la création d’un objet - le purgatoire vécu par Tosuka, justification cinématographique de l’errance visuelle qui va suivre. Le film y perd toute possibilité de héros - Numata est invalidé, Tosuka pour ainsi dire supprimé - en faveur de protagonistes - Jun, Yoko - qui vont nous servir de guides dans cet univers morbide, tour à tour frénétique et contemplatif, ultra-violent et poétique, et toujours emminemment sexuel. Au terme de cette introduction, Organ est déjà joué ; il reste désormais plus d’une heure pour le comprendre.

Et cette heure et quelques de compréhension, visant à élucider la disparition de Tosuka, et donc, valider ou non la culpabilité destructrice de Numata, est ce qui transforme Organ en film mutant. Alors que son introduction était, bien qu’horrifique, de nature policière et surtout dramatique - au sens littéraire du terme -, le corps du métrage est quant à lui déliquescent et parfaitement hallucinatoire. S’intéressant à la genèse des perversions de Jun et Yoko, ce second film dans le film s’enfonce régulièrement dans une pornographie très particulière, de chairs outragées et de fluides corporels, d’éjaculations putrilescentes et/ou sanguinolentes. Tournant très clairement autour la sexualité - et prenant comme point de départ, la tentative explicite de la mère de Jun de lui couper le pénis - Organ joue à sa façon, dans un hommage à Cronenberg (explicité dans une référence ironique à La Mouche), le jeu des nouveaux territoires sexuels, d’organes auto-générés pour découvrir douleurs et plaisirs. La fascination qu’exerce la maladie de Jun sur la professeur trouble, incarnée par la magnifique Reona Hirota, résumé bien la malaise d’Organ, entre ressenti érotique, et violence, pornographique donc, du corps pénétré, mais aussi « exoérotique » - portant sa sexualité à même la peau, contaminant activement l’environnement extérieur, l’émotion humaine attenante. Cette femme qui hésite entre le désir et le dégoût, est l’incarnation du spectateur à l’intérieur de ce cauchemar si particulier.

Organ est traversé d’images aussi répugnantes que magnifiques, de la silhouette époustouflante et avortée du Tosuka « évolué » aux hallucinations montrant une femme sortant d’un cocon, et s’il n’est pas narrativement cohérent, il construit sa personnalité au travers de ces images, d’une bande-son incroyable (la musique notamment), de personnages fulgurants, d’instantanés grotesques... Organ est un voyage, hypnotisant, au cœur de la perversion humaine ; sauf qu’ici Kei Fujiwara lui donne corps, au travers - en surface, devrait-on dire - de celui de Jun. Sans raison ni jugement, Organ maintient en suspens la question du pourquoi, après nous avoir tiraillé entre l’attirance et la répulsion, nous laissant, dans la zone grise du comportement humain, décider pour nous même de ce qui est beau, juste, et de ce qui ne l’est pas... dans un état second, c’est certain !

Akatomy | 5.09.2005 | Japon

Organ est disponible en DVD zone 1 chez Synapse Films, mais aussi en DVD zone 2 japonais. Dans les deux cas, le film est présenté plein-cadre dans une version démattée, mais la première bénéficie en plus de sous-titres anglais.

Pour les fans, sachez que Kei Fujiwara termine en ce moment un nouveau film, id, qui pourrait très bien être l’évolution du Organ 2 dont les deux galettes citées ci-dessus font la promotion. Site officiel : http://www.organvital.com/id/index.htm

aka Organ : Bouryoku toshi | Japon| 1996 | Un film de Kei Fujiwara | Avec Kei Fujiwara, Kimihiko Hasegawa, Kenji Nasa, Ryu Okubo, Tojima Shozo, Shun Sugata, Reona Hirota , Takeomi Nasa
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