Origine

La nature, lasse des assauts de l’homme sur notre planète, reprend brutalement son droit. 300 ans plus tard, seuls quelques survivants vivent sous la menace d’une forêt monstre dotée de conscience, qui rationne l’eau nécessaire à la vie. Les hommes et femmes se dispersent entre deux factions : la Cité Neutre qui, sous la vigilance d’une femme organiquement modifiée – une « Cheveux d’Argent » -, Yolda, tente de trouver un terrain d’entente avec les esprits et les druides, et Ragna, qui prône le retour par la force à un état antérieur de la civilisation. Agashi, l’un des Cheveux d’Argent qui a contribué à la création de la Cité Neutre, est en passe de se transformer en arbre : le prix à payer pour avoir abusé des forces conférées par la forêt. Son fils Agito, en expédition avec le jeune Cain pour tenter d’outrepasser le rationnement en eau, s’égare dans les profondeurs de la cité et tombe sur un artefact de la civilisation humaine, le Stayfield, dans lequel des humains sont conservés en état d’hibernation. Il réveille Toola, une femme du passé dont la mission pourrait bien conduire la Cité Neutre à sa perte. Shunaq, lieutenant de l’armée de Ragna lui aussi sorti d’un Stayfield, compte bien convaincre la jeune fille de mener sa mission à terme. A moins qu’Agito fasse le sacrifice des Cheveux d’Argent pour l’en empêcher...

Origine est le premier long-métrage des illustres studios Gonzo, connus pour des séries emblématiques telles Blue Submarine n°6, Hellsing, Last Exile, Samurai 7 et autre Gankutsuou le comte de Monte Cristo. Première réalisation du touche à tout Keiichi Sugiyama, Origine bénéficie de l’expérience du studio en matière d’animation, autant qu’il pâtit de ses habitudes narratives. Si le film est un régal pour les yeux, son rythme inégal dessert en effet un édifice aux fondations pourtant fascinantes.

La première partie d’Origine pourtant, laisse présager du meilleur : le générique du film, porté par une chanson envoutante de Kokia qui n’est pas sans rappeler le redoutable thème de Zone of the Enders : The 2nd Runner, illustre sans un mot le cataclysme qui vient à bout de notre Terre et de son satellite, et débouche sur une exposition maîtrisée des protagonistes et de leurs enjeux. Si le cataclysme en lui-même est une merveille technique, foisonnante de détails et de vie, le premier acte du film joue la carte d’une mise en scène plus sobre et posée et, tel un pilote de série, s’offre le temps et le contexte d’une écriture quasi parfaite. Une fois le déséquilibre Toola introduit dans cet univers instable toutefois, Origine s’accélère de façon déconcertante : les non-dits prennent des allures d’oublis, le background s’amincit, et les personnages évoluent de façon instantanée pour envoyer le film vers une résolution guerrière paradoxalement mollassonne. On a l’impression que l’équipe de Gonzo, habituée à avoir le temps de raconter une histoire sur 24 épisodes, n’a pas fait l’effort de restructurer son schéma habituel, se contentant d’aborder Origine comme s’il était ainsi découpé, mais ne mettant en scène que son premier et son dernier épisode.

Autour de la transformation/renaissance d’Agito en Cheveux d’Argent donc, s’opposent deux films quasi-contradictoires censés raconter la même histoire : l’un contemplatif et poétique, hanté par la figure d’un père en passe d’être absorbé par la nature, porté sur les émotions de ses personnages ; l’autre démesurément technique, seulement intéressé par l’action et la guerre éclair qui vient sceller le destin des hommes. Certes, de belles idées parsèment ce combat dont il est difficile d’avoir une vision d’ensemble, comme la troisième naissance d’Agito des fruits de l’arbre qu’il est lui même devenu. Mais Origine rappelle que la volonté du studio Gonzo de mêler 2D et 3D tient presque, depuis Blue Submarine n°6, de l’obsession, et qu’elle peut être contre-productive en matière de cohérence, à la fois narrative et visuelle.

Pas un échec donc, que cet Origine inégal, loin s’en faut, mais le sentiment d’un film qui, comme la forêt qu’il met en scène, aurait cannibalisé ses propres créateurs, ainsi que le confirme Keiichi Sugiyama en évoquant les évolutions survenues en cours de montage [1]. Des thèmes et une mythologie au final sous-exploités (une bonne partie de l’univers et de ses figures reste insaisissable sans le complément de lecture que constitue le livret du DVD) au profit d’un conflit trop classique, duquel l’humain est logiquement mais étrangement en retrait. Comme si le propos du film lui-même, finalement, nuisait à son propre accomplissement.

Akatomy | 17.08.2009 | Japon, Animation

Origine est disponible en DVD en France chez Kaze, notamment dans une édition Collector sublime (3 disques, un livret, des cartes illustrées et un morceau de pellicule), dans laquelle manque seulement la sublime BO du film.

[1Cf. le Livret officiel contenu dans l’édition collector française du film.

aka 銀色の髪のアギト - Gin-iro no kami no Agito - Origin, Spirits of the Past | Japon | 2006 | Un film de Keiichi Sugiyama | Avec les voix de Ryo Katsuji, Aoi Miyazaki, Masaru Hamaguchi, Toshikazu Fukawa, Yuko Kotegawa, Kenichi Endō, Ren Osugi
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