Oseam

Depuis que leur mère est partie, Gam-i et son petit frère Gil-son sont seuls, livrés à la volonté de la Nature coréenne. Bien que sa cécité l’empêche de s’occuper de son frère comme elle le voudrait, Gam-i le réconforte avec des images d’ "avant", Gil-son étant trop jeune pour se souvenir de sa mère. Dans l’attente trompeuse de partir à la recherche de la disparue, les deux enfants sont recueillis par Seol-jeong, un moine bouddhiste. Si sa grande sœur trouve au temple une place en accord avec sa discrétion, Gil-son ne tarde pas à perturber, à la force de son enthousiasme enfantin, la tranquillité des lieux. Gil-son, qui ne comprend pas pourquoi sa mère rend visite à sa sœur aveugle dans ses rêves, mais ne vient jamais le voir, lui qui a pourtant les yeux grand ouverts...

"Si je l’appelle de tout mon cœur, maman viendra me voir un jour."

Les couleurs des premières images d’Oseam ont beau être chaudes, les paysages généreux, notre première rencontre avec Gam-i et Gil-son est immédiatement empreinte d’une certaine tristesse. Peut-être est-ce dû au regard perdu de Gam-i - qui, on le comprendra rapidement, est forcément introspectif -, à la légèreté diaphane de ses gestes, à l’immensité de l’espace qui entoure ces deux enfants, anormalement seuls. A les voir se comporter, on saisit aisément qu’ils sont là, mais ne viennent ou ne vont nulle part. Perdus, ils le sont chacun d’une façon différente : Gil-son parce qu’il ne connaît pas sa mère et aimerait la trouver, Gam-i parce qu’elle l’a connue, vue tout comme elle a autrefois vu son frère, mais ne voit plus. Gil-son est perdu dans un espoir, Gam-i dans ses souvenirs. Oseam dés lors, s’ouvre sur une suspension, narrative et formelle, déconcertante, et le spectateur n’a d’autre choix que de se laisser guider par ces deux "héros", chacun aveugle à sa façon.

Cette absence de trame classique constitue l’atout ce film d’animation étonnant, parfaitement équilibré entre la beauté et la tristesse, qu’est Oseam. Le spectateur démuni de points de repères, trouve refuge comme les protagonistes en la quiétude du temple de Seol-jeong. Les frasques de Gil-son bien que caractéristiques d’un enfant de son âge, nous y paraissent vaines, les railleries des visiteurs envers Gam-i démesurément violentes et déplacées. Du coup, au milieu de ces vastes paysages qui ne prennent jamais le pas sur les protagonistes en dépit de cadrages parfois écrasants, il ne nous reste d’autre choix que de nous intéresser à l’essentiel : l’humain. La problématique de Gil-son, qui souhaite apprendre à développer des "yeux à l’intérieur de son corps" afin de retrouver, inconsciemment, sa mère, devient aussi la nôtre. L’image ne nous suffit plus, et un point de repère - onirique ? Magique ? Spirituel ? - devient essentiel, pour trouver une issue à ce présent en suspension. Cette issue, Gil-son la trouvera par lui-même, avec l’aide d’une Nature qui peut paraître cruelle à premier abord mais qui, au bout du compte, est au-dessus de tout jugement. Car à sa façon, elle répond simplement au désir de l’enfant qui accepte de voir en elle la Vie - la sienne, certes, mais aussi celle de sa mère - et par là même l’accomplissement de son rêve.

Cette "transition" apparaît aussi rapide qu’injuste, et pourtant sa vitesse (trompeuse, car le rythme d’Oseam est au contraire lent et posé) est essentielle pour maintenir le film sur cette frontière subtile entre la douleur et la reconnaissance, le tragique et le merveilleux. Le soin apporté à la gestuelle de Gam-i, et notamment au poids des mouvements de ses mains pourtant d’une remarquable finesse, est caractéristique de cette démarche tellement discrète qu’elle en devient presque timide. Une qualité ambiguë qui n’aura pas suffi à faire d’Oseam un succès public lors de sa sortie en salles en Corée ; pourtant le film l’aurait amplement mérité. Sa réalisation est excellente, oscillant entre le classique (superposition d’images en guise d’animation, arrêts sur image) et le contemporain (un pseudo "bullet time" à deux reprises), le design des personnages est inhabituel et soigné.
Tel quel Oseam représente une affirmation d’indépendance artistique - le premier dessin animé zen ? - plus forte que Mari Iyagi ; il ne reste plus qu’à espérer que le film de Seong Baek-Yeop ait l’occasion de rencontrer le même succès que celui de Lee Seong-Gang sur le circuit international, et que le public coréen laisse une chance aux animateurs de son pays de sortir de l’ombre de l’industrie japonaise.

Akatomy | 26.09.2003 | Corée du Sud, Animation

Oseam est disponible en DVD coréen chez Cinexus, dans deux éditions collector : une première avec la BO du film, la seconde avec la BO - et un puzzle !
Les deux éditions sont sous-titrées en anglais.

Oseam est adapté d’un livre pour enfants signé Jeong Chae-bong, best-seller depuis sa parution en 1983.

Corée du Sud | 2003 | Un film de Seong Baek-Yeop
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