Pandémie

Avant que la porte d’un container scelle le destin d’un groupe de clandestins en partance de Hong Kong, l’un d’eux se met à tousser. Bien qu’il déclare ne pas être malade au passeur qui s’inquiète, par agacement plus qu’autre chose, de son état, les images du réalisateur Kim Sung-su (Musa), tremblantes, portent une menace qui dit tout le contraire. Aussi lorsque Pandémie - après nous avoir présenté son héros secouriste, Byung-gi (Jang Hyuk), épris de In-hae (Soo-Ae), imbuvable doctoresse qu’il désincarcère de son véhicule prisonnier d’un puits dans un chantier quelconque en début de métrage - s’en revient à l’ouverture du container dans un recoin de Bundang, à proximité de Séoul, ne sommes-nous pas surpris de découvrir les immigrés morts. Les passeurs – deux frères - trouvent toutefois un survivant, qui leur échappe, non sans avoir transmis une mutation du virus H5N1 à l’un des frangins. Simple contagion qui deviendra pandémie, au cœur de laquelle nous suivrons Byung-gi, In-hae, et la petite fille de celle-ci, Mi-re, elle-même atteinte du virus, tiraillés entre égoïsme, altruisme et bien commun, aussi bien personnellement que par les autorités, médicales et gouvernementales...

Pandémie ne démarre pas forcément sous les meilleurs augures : après un pré-générique sur-produit, Kim Sung-su s’abandonne à la force de l’inconscient collectif en reprenant la « germ cam » de Wolfgang Petersen dans Outbreak, et en singeant l’hymne viral de John Murphy pour 28 jours plus tard, incontournable empreinte sonore de l’apocalypse... Pourtant, dans son mélange entre escalade virale et romance contrariée, dans l’intelligence d’enjeux constamment redéfinis autour de son trio de protagonistes, Pandémie se défait progressivement de ses emprunts pour asseoir une personnalité propre, non dénuée de clichés mais terriblement efficace.

Si ses attentions sont multiples – équipe médicale, cellule de crise du gouvernement, militaires en charge du tri de la population – Pandémie ne cède pas pour autant à la structure chorale de bon nombre de films catastrophes. Plutôt que d’incarner une somme d’attitudes, conflictuelles et/ou à même de faire naître une forme d’héroïsme, dans un groupe de survivants représentatifs et bien définis, il fait évoluer son trio principal dans un univers en constante redéfinition, les soumet à des influences et autorités variées, croisant au passage des personnalités esquissées qui permettent au film d’embrasser le global par le détail. Le mouvement, libre ou imposé, de Byung-gi, In-hae et Mi-re est la véritable force narrative de Pandémie ; et s’il teinte le film d’un mélodramatisme très sud-coréen, il lui permet aussi de construire un crescendo de suspense remarquable. Des premières foules en panique à la menace d’une solution militaire, Kim Sung-su trouve le moyen de synthétiser autour de ses protagonistes l’ensemble des gradations d’une apocalypse virale, ses hésitations, ses responsabilités...

Pas vraiment timoré, Pandémie conjugue l’amour d’une mère, l’empathie d’un secouriste, la couardise d’hommes politiques préoccupés par leur réélection, au présent horrifique, s’appuyant sur l’échelle de la catastrophe pour livrer des images terrifiantes, plonge ses héros dans un charnier en flamme et les confronte aux tirs de militaires qui incarnent la peur déraisonnée de la contamination... Sa panique constamment nourrie par l’accumulation de menaces diverses, condensée dans le destin de trois protagonistes exacerbé au sein de mouvements de foules de plus en plus spectaculaires, finit par se transmettre au spectateur ; tant et si bien que j’ai pour ma part terminé la projection du film debout. Peu importe ses maladresses, sa caricature des relations américano-coréennes et ses toutes dernières images trop légères, Pandémie est une véritable réussite du film de genre grand public - fantastique et improbable mélo apocalyptique, dont on peut par ailleurs saluer les acteurs constamment entravés par des masques - car il parvient à concilier le global et l’individuel, resserrant toujours plus son étau émotionnel, à bout de souffle, alors même qu’il donne de l’ampleur à son cauchemar de masse.

Akatomy | 9.04.2014 | Corée du Sud

Pandémie sort en DVD et Blu-ray dans l’hexagone, doté d’une copie impeccable, chez Wild Side le 9 avril.
Remerciements à Benjamin Gaessler et Wild Side.

aka The Flu - 감기 | Corée du Sud | 2013 | Un film de Kim Sung-su | Avec Jang Hyuk, Soo-Ae, Park Min-ha, Yu Hae-jin, Ma Dong-seok, Lee Hee-joon
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