Panic Room

Sacré David Fincher... A part son fort respecté - et ce à juste titre - Se7en (1995), on ne peut pas dire que l’homme se soit forgé une réputation en bêton, que ce soit du point de vue critique ou public : du massacré (et pourtant excellent, un peu à la manière du 13ème Guerrier de MacTiernan/Crichton) Alien 3 (1992) au chef d’oeuvre absolu - et plantage en conséquence - qu’est Fight Club (1999) ; en passant par le revanchard The Game (1997) - qui porte fort bien son nom tant il se joue du spectateur -, Fincher a accumulé les exploits sans qu’aucun soit réellement reconnu. Du coup, il fallait bien que le réalisateur qui a entraîné la démission de Bill Mechanic (président de la Fox de 1996 à 2000) renoue avec un certain succés, sinon critique, tout au moins public. Bill Mechanic, d’ailleurs, est le seul homme du business a avoir saisi l’ampleur de l’adaptation du roman de Chuck Palahniuk (dont on pourrait presque croire qu’il est l’alter-ego littéraire de Fincher tant leur symbiose est remarquable). Dans une interview au magazine américain Premiere (septembre 2000), Mechanic déclairait : "Les gens regarderont encore Fight Club dans 20 ans. Fight Club a une vie propre. [...] Quoiqu’on puisse dire de la controverse qui entoure Fight Club, c’est une une oeuvre qui change la vie des gens, vous savez." Je ne pourrais pas être plus d’accord avec lui. Et pourtant, ce n’est pas ça qui fait de la production d’un film un choix "intelligent" pour une société. C’est là que David Koepp intervient avec son scénario de Panic Room, et que Fincher y voit l’occasion de se payer un petit film que l’on pourrait qualifier "de vacances"...

Le scénario de David Koepp est peut-être simple, mais il est loin d’être inefficace. Il faut dire aussi que Koepp est l’homme derrière Carlito’s Way (L’Impasse - Brian De Palma, 1993), The Shadow (Russel Mulcahy - 1994) ou encore Stir of Echoes (Hypnose - qu’il réalisa lui-même avec succés en 1999) : un auteur aussi classique que concis, et par conséquent hautement respectable.

Ici Koepp développe, le temps d’une nuit, le cauchemar vécu par Meg Altman (Jodie Foster) et sa fille Sarah (Kristen Stewart). Abandonnée par son mari Stephen, gros ponte d’une entreprise pharmaceutique, Meg se met en quête d’une nouvelle résidence à New York. Le marché de l’immobilier a beau être en crise dans la plus belle ville du monde, ça n’empêche pas la délaissée blasée (et blessée) de se trouver une baraque sur quatre étages de quelques 470 m², avec une petite particularité : celle-ci possède une "panic room", espèce de blockhaus intégré dans l’un des étages de la maison, permettant de s’isoler d’éventuelles agressions en attendant l’arrivée de la police. Ca tombe bien (ou mal d’ailleurs, selon le point de vue adopté) : lors de leur première nuit dans la maison, Meg et Sarah vont pouvoir tester l’efficacité de la chambre forte, "grâce à" l’intrusion de trois hommes en quête d’un secret - justement dissimulé dans la "panic room". La nuit risque d’être aussi longue que dangereuse...

Au vu de tels prémisces, on se doutait bien que ce Fincher cru 2002 ne pouvait pas avoir l’ampleur et la résonnance d’un Fight Club ; on savait aussi que l’utilisation d’un lieu fermé comme cadre unique de l’action allait permettre au jeune réalisateur (40 ans cette année... ce qui nous fait Alien 3 à 30 ans, rien que ça !) d’exprimer sa passion pour l’image avec talent. Et c’est effectivement le cas ; du coup l’attente satisfaite se double, paradoxalement, d’une certaine déception, que l’on va écarter tout de suite pour ne pas terminer cet article sur une touche négative - à savoir que nous attendons tellement plus de Fincher qu’un "vulgar display of power"...

Certes, mais il demeure tout de même que Panic Room est un monument de réalisation : pas évident de rendre claustrophobique une maison de près de 500 m² avec des plafonds hauts... Fincher cadre serré et filme avec intelligence, en "contaminant" l’espace de la maison avec l’éxiguïté de la pièce éponyme du film. Vues par écrans interposés, chambres délaissées... l’espace de la maison est esquissé mais toujours très limité. En fait, on a même du mal, à l’image de Meg et Sarah, à saisir l’espace qui entoure l’action. Extrèmement délimitée, celle-ci se déplace parfois de pièce en pièce mais reste toujours étroite, confinée.

Il serait donc malvenu de dire que je n’ai pas pris mon pied pendant la vision de Panic Room ; détaillons... Les acteurs sont excellents, de l’imparable Forest Whitaker (à la fois massif et tellement gracieux, contradiction qui se retrouve dans le comportement de son personnage) à Jared Leto (que l’on ne reconnaîtrait décidemment jamais d’un film à l’autre si ce n’était pour son regard si particulier) en passant par la jeune androgyne Kristen Stewart, tout le monde joue à la perfection, aidant Fincher à tirer le meilleur parti des possibilités de l’histoire. Jodie Foster en premier lieu, qui s’avère, on peut le deviner, un choix plus heureux que celui - initial - de Nicole Kidman dans le rôle de la mère acculée : plus sèche, plus nerveuse que la belle rousse n’aurait pu l’être, elle rend l’angoisse de son personnage parfaitement crédible. Qui en aurait douté de toute façon : c’est Jodie Foster, tout de même...

La réalisation est à la hauteur de nos espérances, et Fincher multiplie les morceaux de bravoure : de l’incroyable faux-plan séquence accompagnant l’intrusion des trois voleurs dans la maison, à la scène au ralenti dans laquelle Jodie Foster tente de retrouver son téléphone protable, on se surprend plus d’une fois à se taper sur les genoux de bonheur, avec le sourire jusqu’aux oreilles. Si, je vous assure, c’est à ce point...

Pour terminer, sa conclusion a beau être convenue (même si elle s’accorde un plan magnifique dont je vous laisse la surprise), Panic Room possède un petit quelque chose de dégénéré dans son utilisation du personnage de Stephen Altman ; je vous en laisse la (désagréable) surprise de constater que Fincher reste un personnage revanchard. Et les gens taxent Schumacher d’un certain intégrisme... Désolé, mais c’est jouissif !

Alors voilà, près d’une semaine après la vision de ce film, je me retrouve encore dans l’indécision la plus totale face à ma propre appréciation. Oui, c’est vachement bien foutu. Non, ce n’est pas ce que Fincher a fait de mieux. Mais ce n’est pas pour autant mauvais, non ? Même les génies ont le droit de se détendre. Cependant, je sais désormais que Bill Mechanic a raison, et que, dans 20 ans, ce n’est pas vers Panic Room que je reviendrais, mais bel et bien vers Fight Club. Mais ceci est un sujet pour un autre article-fleuve. J’aurais finalement conclus cet article sur une touche négative ; désolé, peut-être ne pouvait-il en être autrement...

Akatomy | 16.05.2002 | Hors-Asie

Panic Room est disponible... dans la plupart des cinémas de l’héxagone !

USA | 2002 | Un film de David Fincher | Avec Jodie Foster, Kristen Stewart, Forest Whitaker, Dwight Yoakam, Jared Leto, Patrick Bauchau, Ann Magnuson, Ian Buchanan, Andrew Kevin Walker
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