Paradise Villa

Le jackpot !
Bon, d’accord, j’exagère certainement un petit peu (comme souvent, me direz-vous...). Toujours est-il que, dans ma quête d’un film d’horreur coréen de qualité, je me suis mis en tête de jeter un coup d’oeil à Paradise Villa - qui semblait n’être rien d’autre qu’un slasher de plus - dans l’espoir (presque évident) qu’il soit au moins meilleur que le mythiquement minable The Record. Ah mais non, quelle erreur ! Sans le savoir, je me suis donc pris dans la tête l’un des films coréens les plus vicieux, les plus brutaux qu’il m’ait été donné de voir jusqu’ici (la fin de Say Yes mise à part, bien sûr)... Ca ne serait pas une définition du bonheur supplémentaire à rajouter au lexique Sancho, ça, des fois ?

La Paradise Villa qui donne son titre au film n’est qu’un bâtiment comme il y en a beaucoup dans la Corée moderne : quatre étages, une architecture neutre dans le but d’être "modifiable" tout au long du cycle de vie normal d’un bâtiment urbain. Et puis, à l’intérieur des murs qui le composent : nos voisins, messieurs-dames. Comment ça vous ne les reconnaissez pas ? Une jeune femme limite autiste qui s’envoie en l’air avec un voisin qui pourrait être son père ; et qui est d’ailleurs celui d’un jeune homme. Le fiston de cette famille dont la mère compte pour du beurre passe son temps à placer des caméras dans l’immeuble pour filmer autant d’accouplements - si possible extra-maritaux - que possible. Même celui de son père, tenez. Dans l’un des appartements de la villa habite d’ailleurs, en colocation avec une hystérique limite sortie d’un John Waters, une jeune femme qui ressemble à s’y méprendre à une actrice connue. Raison de plus pour tenter de la filmer et se faire un peu de pognon...

Vous ne reconnaissez toujours pas vos voisins ? Sans doute parce que j’ai oublié de mentionner la jeune femme représentante en purificateurs d’eau, tellement obsédée à l’idée de refourguer les appareils de sa société qu’elle en vient à contaminer le réservoir de l’immeuble. Ou encore cet autre couple illicite qui tue malencontreusement le père de notre cinéaste amateur, donnant le mot d’ordre d’une série de meurtres. Ou bien ces cinq amis qui se bourrent méchamment la gueule devant un match de foot. Car bien sûr, j’oubliais l’essentiel : notre petite tranche de vie se déroule devant un quart de finale hypothétique entre la Corée et le Japon au cours du Mondial 2002. Tout ceci vous semble décousu ? C’est parce qu’il vous manque encore l’un des éléments moteurs du film : notre pseudo-héros, joueur en réseau acharné qui s’est fait pirater le compte de son personnage surpuissant et voler une arme démentielle. Par notre vidéaste et un ami à lui. Pas de chance pour lui (et pour sa mère, et pour ses voisins), car ce héros improbable est prêt à tout pour récupérer le bien virtuel dérobé...

Et bien, Alex de la Iglesia peut aller se rhabiller avec son Mes chers voisins (La Communidad) ! Ceux de la Paradise Villa représentent en effet une certaine crème du voisinage. Toutefois, l’humour est ici parfaitement délaissé pour un trip halluciné dans la violence humaine la plus gratuite, mais aussi la plus banale qui soit. Enfin si, bien sûr, on sourit régulièrement devant les débordements de l’histoire, mais le tout est traité avec un tel détachement que l’on se prend rapidement au jeu de cette réalité, finalement bien plus irréelle que le monde persistant dans lequel évolue le héros/psychopathe...
La réalisation de Park Jong-Won exploite parfaitement les possibilités de l’immeuble éponyme, l’homme se livrant à un exercice de style et de narration particulièrement maîtrisé entre les différents niveaux, jouant des toits, des fenêtres, des portes et des cages d’escaliers pour assurer la fluidité de la mise en scène.

Alors voilà, Paradise Villa est un film malade, qui utilise avec talent l’image dans l’image pour faire rentrer les activités de l’immeuble dans le monde "réel" du tueur en série. Le meilleur exemple de cette translation paradoxale du virtuel (car l’histoire est irréelle) vers le réel (car l’écran semble plus réel au héros que son environnement palpable) reste le meurtre du vidéaste, accompagné en arrière plan du viol nécrophile du sosie de l’actrice... un grand moment de perversion, assurément !
L’exercice peut paraître gratuit, mais Paradise Villa parvient sans mal à redéfinir notre réalité comme étant parfaitement virtuelle... et bien moins reluisante finalement qu’un quelconque jeu en réseau. Notre héros n’est peut-être pas si fou que ça au milieu de ses congénères, et c’est justement là toute la force - finalement très simple - de ce film surprenant !

Akatomy | 19.08.2002 | Corée du Sud

Paradise Villa est disponible en DVD coréen et en VCD HK.

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