Parking

Dans les rues de Taipei, le jour de la fête des mères. Sur la route qui va lui permettre de rejoindre sa femme pour dîner, Chen Mo se gare le temps d’acheter un gâteau pour le dessert. Lorsqu’il ressort de la pâtisserie, une voiture en double file l’empêche de reprendre la route ; aussi se met-il en quête de son propriétaire. Tout au long de la nuit, du coiffeur manchot au maquereau méprisable, des parents endeuillés au tailleur endetté, Chen Mo multiplie les rencontres plus ou moins heureuses, sans pouvoir libérer son véhicule...

Le premier film du réalisateur taiwanais Chung Mong-Hong est un périple nocturne hors du temps, suspension cinématographique qui, au travers de son dispositif pince sans rire, dresse le portrait d’un microcosme d’immobilismes. Un univers en arrêt, substrat d’humanités contrariées ou résignées, dans lequel le jeune homme interprété par Chang Chen – lui-même dans une certaine impasse, comme nous le découvrirons au travers des flashbacks qui font l’état des lieux de son couple – est contraint de s’interrompre, comme aspiré par l’état stationnaire de ses interlocuteurs successifs. Ironique dans la forme autant que dans le fond, Parking ne cesse de piéger Chen Mo dans les mailles de son inertie ; alors qu’à chaque rencontre, celui-ci semble permettre, par le dialogue ou sa seule présence, la reprise du cours des choses pour tout autre que lui. Incapable de retrouver le chemin de sa nuit, et donner ainsi suite à sa relation fragile avec sa femme, Chen Mo donne involontairement aux autres l’impulsion nécessaire à leur remise en mouvement. Je soupçonne chaque personnage - coiffeur, tailleur ou mafieux - de s’immobiliser, dénué d’existence, dès lors qu’il repasse hors du champs de la narration, que Chen Mo s’extrait à son attraction gravitationnelle. Chen Mo, « victime » de Parking, est ainsi tout autant son catalyseur, étincelle qui libère chacun de ses tableaux. Comme si ceux-ci l’avaient attendu pour (re)prendre vie.

Certaines scènes illustrent très explicitement cette impression de pause – terme approprié pour décrire une existence cinématographique figée - comme lorsque Chen Mo, de retour à sa voiture, découvre qu’un autre véhicule a pris la place du premier. Exaspéré, le jeune homme donne un coup de pied dans la portière conducteur du monolithe noir aux vitres teintées ; immédiatement, toutes les portes s’ouvrent et la voiture se vide de ses occupants mafieux, « déclenchés » par le stimulus de l’interaction humaine. La première rencontre du film, entre Chen Mo, un couple de vieillards et leur petite fille, procède du même mécanisme, étiré sur une émotion plus longue. Le grand père voit en l’arrivée de cet inconnu matière à redonner vie à sa femme aveugle, en lui faisant croire que Chen Mo n’est autre que leur fils, qu’elle croit parti à l’étranger depuis des années alors qu’il a été exécuté. C’est en jouant le jeu que Chen Mo s’enfonce dans cette nuit a priori sans issue. Mais c’est aussi dans cette rencontre, récurrente au cours du film, qu’il trouvera une réciprocité, un nouveau moteur pour lui-même et son couple.

Ce vrai-faux piège nocturne, qui puise son existence dans celle de Chen Mo pour mieux la lui rendre, est étonnamment cinématographique en dépit de sa restreinte formelle. L’image, simple, évite de surligner les symbolismes du film de façon grossière, et la bande son de Tu Duu-Chih, plutôt que d’orienter notre perception, s’appuie principalement sur la respiration de Taipei pour faire de cet espace-temps un entre-deux singulier, entre le réel et l’irréel. Le souffle urbain, omniprésent, insiste pour maintenir Chen Mo en surface ; il nous aide à lutter contre l’aspiration, insidieuse et inexorable, de personnages qui brillent d’autant d’interprétations, de Jack Kao (Millennium Mambo) à Leon Dai (Je ne peux pas vivre sans toi). On se perd dans Parking avec plaisir, car l’abîme dans laquelle s’enfonce momentanément Chang Chen (Tigre et Dragon, Betelnut Beauty, Missing) est, à travers eux, d’une saisissante humanité. Comme le regard, complexe, empli d’histoires et sollicitations tues, d’un grand-père menteur.

Akatomy | 7.12.2010 | Taiwan

Parking est sorti courant novembre 2010 en DVD en France, chez Spectrum Films.
Remerciements à Antoine Guérin.

aka 停車 | Taiwan | 2008 | Un film de Chung Mong-Hong | Avec Chang Chen, Guey Lun-Mei, Jack Kao, Chapman To Man-Chat, Leon Dai, Peggy Tseng, Lin Kai-Jung
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